Denis Colle, un snowboard, une jambe, deux raisons de vivre

Denis Colle espère briller aux Jeux paralympiques de Sotchi où il vise "le top 7, voire le top 5". Photo Luc Percival.

Denis Colle espère briller aux Jeux paralympiques de Sotchi où il vise “le top 7, voire le top 5″. Photo Luc Percival.

Il est un peu grande gueule et s’en amuserait presque. « To win big you have to dream big », dit-il l’ambition en bandoulière et le sourire en coin, avec une assurance made in USA, ce pays qu’il a rejoint il y a deux ans pour intégrer le « team Utah », établi à Park City. « A l’époque où je commençais à faire de la compétition, j’ai discuté un jour avec le coach de l’équipe qui m’a convaincu de le rejoindre dans ce groupe où les moins-valides se partagent les pistes avec les valides. »

Denis Colle, 25 ans, teint hâlé et fringues décontractées, n’est pas mécontent de son choix. En quittant son havre de Latem-Saint-Martin pour les Rocheuses avec sa planche dans la soute, il s’est hissé à un niveau qui lui permettra, à partir de ce vendredi 7 mars, de représenter la Belgique en snowboard cross aux Jeux paralympiques de Sotchi en compagnie du skieur hémiplégique Jasper Balcaen, avec des ambitions « de top 7, voire de top 5 » (sur 32 participants). Mieux, il fera office de porte-drapeau lors de la cérémonie d’ouverture, « un bel honneur ».

Son handicap à lui lui est tombé brutalement dessus à 17 ans, au détour d’une funeste sortie à moto. « Cela s’est passé le 27 mai 2005, à Gand, raconte-t-il avec une précision déconcertante. Je remontais une file de voitures à l’arrêt à un carrefour quand l’une d’entre elles a déboîté. La conductrice voulait faire demi-tour sans attendre le rond-point qui arrivait. J’ai freiné, j’ai glissé et mon pied droit a été arraché après s’être fiché dans son garde-boue. J’ai tout vu, tout senti ; je suis toujours resté conscient. »

Ce drame « qui a changé toute ma vie », il l’évoque avec un détachement incroyable, comme si ses conséquences n’étaient finalement qu’anecdotiques. Une amputation tibiale devenue inévitable plus tard, il a pris sur lui d’assumer « même si à côté des bons jours, il y en a aussi eu des moins bons. » « Mais, ajoute-t-il, aujourd’hui, je ne me sens pas handicapé, je n’ai aucune frustration. J’ai une prothèse parfaite – de la bonne marchandise ! – qui s’adapte parfaitement à mon corps. Le matin, je la glisse à mon moignon à l’aide d’un gel – un peu comme on enfile un préservatif ! – et voilà. Et quand je dois mettre mes bottes de snowboard, j’enfile 12 chaussettes pour bien la caler ! »

Avant son accident, Denis Colle n’avait jamais été tenté par ce sport où il s’est désormais fixé à la 6e place du ranking mondial handisport. Son truc à lui, quand il partait aux sports d’hiver, c’était le ski, rien que le ski, et toujours du slalom. « Comme je n’allais en vacances qu’une ou deux semaines par an, je ne voulais pas perdre 4 ou 5 jours à apprendre à maîtriser un nouveau sport. Je voulais rentabiliser mon temps et en profiter. Ce n’est qu’après mon amputation, comme je devais de toute façon tout reprendre à zéro, que j’ai opté pour le snowboard. Comme j’avais déjà fait du surf et du kitesurf en été, je me suis dit que je m’en sortirais. »

Ses progrès, de fait, ont été radicaux en très peu de temps. « Je ne suis pas né dans les montagnes comme les autres, mais j’arrive… sur leurs talons. Ils ont peur du « Belge » ! » Ces derniers mois, il a terminé deux fois 4e en Coupe du monde, à Copper, dans le Colorado, et à Big White, au Canada, respectivement à 4 centièmes et 5 dixièmes du podium en étant les deux fois le meilleur Européen du lot, puis s’est classé 5e et 7e aux World Cup Finals 2014, à la Molina, en Espagne.

« J’aime ma vie, dit-il. A Park City, je ne dois penser qu’à mon sport. Je partage mon temps entre les séances de fitness, les parcours que j’effectue sans relâche et les déplacements pour les compétitions. Je peux me le permettre grâce au soutien du Bloso, de la Fédération flamande handisport (Parantee), de ma famille et de mes sponsors. J’ai aussi la chance d’avoir un patron compréhensif. Je bosse comme vendeur chez Opel Willy – merci de mentionner son nom! -, un concessionnaire automobile à Gand, mais une fois qu’arrive l’hiver, il me permet de partir en congé sans solde en me donnant la garantie de me reprendre quand je reviens au pays. C’est d’autant plus sympa que je suis toujours parti au moment du Salon de l’auto ! »

Toujours féru de vitesse – « Même si j’ai revendu ma moto pour avoir de l’argent pour voyager en 2010 ! » -, il a opté pour le cross – la descente – plutôt que le freestyle – les sauts et les figures. A Sotchi, sur les trois « runs » qu’il effectuera le vendredi 14 mars, jour de sa compétition, on additionnera les temps des deux meilleurs, ce qui lui laissera une petite marge.

Mais comme il rêve « big »…

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