Borlée-LBFA : qui est le vrai gagnant ?

Jonathan et Kevin Borlée sont repartis sans arrière-pensée jusqu'aux Jeux de Rio comme leaders du 4 x 400 m. Photo Belga.

Jonathan et Kevin Borlée sont repartis sans arrière-pensée jusqu’aux Jeux de Rio comme leaders du relais 4 x 400 m belge. Photo Belga.

« Tous perdants », avions-nous indiqué, en septembre dernier, lorsque le désaccord entre Jacques Borlée et la Ligue francophone d’athlétisme (LBFA) avait éclaté au grand jour suite à la virulente sortie du père/entraîneur des « twins » à l’issue du Mémorial Van Damme et mis en lumière des mois, voire des années d’incompréhension mutuelle qui risquaient de déboucher sur un divorce en bonne et due forme.

« Tous gagnants », serait-on tenté de dire aujourd’hui, au lendemain de la résolution du conflit entre les deux parties, un mois après l’annonce du renoncement de Jonathan et Kevin Borlée au projet du 4 x 400 m lors d’une conférence de presse d’une tristesse absolue, qui aura, au bout du compte, servi d’électrochoc puisqu’elle a convaincu toutes les parties impliquées dans ce dossier de se parler pour arriver, vendredi, à la solution que tout le monde espérait, c’est-à-dire un accord de collaboration clair, qui ne lèse personne, et qui doit baliser la route du relais et de la famille Borlée jusqu’aux Jeux de Rio.

Les instances. Avec son président Pierre-Olivier Beckers, le nouveau “Ban Ki-moon du sport belge”, en démineur masqué, le Comité olympique et interfédéral belge (COIB) a parfaitement joué un rôle qu’il était peut-être le seul à pouvoir tenir dans ce dossier. Il avait évidemment son intérêt dans l’histoire car le 4 x 400 m sans doute l’un de ses fers de lance à Rio et il ne pouvait se permettre de voir ce projet se déliter. Mais Beckers a su agir avec le recul et la hauteur nécessaires, sans vexer les egos, et en préparant très bien le terrain avant la réunion de conciliation de vendredi. Le ministre des Sports André Antoine (CDH) et son administration, dirigée par Alain Laitat, peuvent également se féliciter de ne pas avoir ménagé leurs efforts ces derniers mois et l’accord leur a permis de ne pas voir filer les Borlée au nord du pays, ce qui semblait de plus en plus inéluctable. Partagés entre leur souhait d’offrir aux Borlée les meilleures conditions de travail et leur volonté de ne pas interférer dans les affaires de la LBFA, qui, par décret, est souveraine dans la gestion de l’athlétisme au sud du pays, ils ont constamment marché sur un fil d’équilibriste sans tomber. Mieux, ils ont promis d’offrir à Antoine Gillet et Will Oyowe, deux des membres du relais, une révision à la hausse de leur contrat d’élite. Un beau geste.

Le clan Borlée. Depuis des mois, minés par un conflit qui, quelques fois, les dépassait et dans lequel ils s’étaient laissé entraîner à l’insu de leur plein gré, les frères Borlée donnaient l’impression de courir plus par obligation que par plaisir. Ils « faisaient le boulot » mais la situation de leur père jouait sur leur moral. Leur conférence presse du 31 mars dernier avait, à ce sujet, constitué un modèle paroxysmique d’exutoire à frustrations. Un moment qui, s’il les avait soulagés ( ?) dans l’instant et avait, paraît-il, été bien compris par le « milieu », avait aussi soulevé un torrent d’incompréhension de la part du grand public. L’accord va leur permettre de courir à nouveau sans arrière-pensée et avec sérénité, la condition première, selon leur père Jacques, pour être performants et on attendra donc avec une certaine impatience leur rentrée sur la piste, le 9 mai prochain, en Floride, ainsi que les Mondiaux de relais, les 24 et 25 mai, aux Bahamas. Pour Jacques Borlée, la résolution du conflit va lui permettre d’être (enfin !) rémunéré pour le travail d’entraîneur effectué en 2013. Elle pérennise aussi, jusqu’à la fin de l’olympiade, sa fonction de coach du 4 x 400 m, qui avait un moment été menacée par sa fédération et ne le bridera plus dans son travail si un nouvel athlète devait un jour le solliciter pour rejoindre son groupe. Autant de points qui apparaissaient comme logiques mais qui n’avaient, jusqu’ici, pas été réglés.

La fédération. Longtemps considérée comme la « mauvaise » dans ce dossier, en grande partie à cause d’un déficit de communication qu’elle ne parvenait pas à combler face à la « machine » Borlée, la LBFA est peut-être la grande gagnante du week-end, même si son président, Thomas Lefèbvre, refuse logiquement de parler de victoire ou de défaite pour les uns ou les autres. Celui-ci aurait pu camper sur ses positions, parce qu’il était conforté par l’ordonnance en référé qui lui avait donné raison dans le procès que lui avaient intenté Jonathan et Kevin Borlée et par le décret sport de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il aurait pu se braquer par mesure de rétorsion vis-à-vis des attaques publiques de Jacques Borlée à son égard. La LBFA courait évidemment le risque, en cas de blocage, de voir filer les Borlée à la Ligue flamande et de devoir assumer la fin du projet 4 x 400 m et sa réaction relevait sans doute du bon sens. Mais la main tendue de Thomas Lefèbvre, dont certains observateurs avaient demandé la démission sans connaître tous les tenants et aboutissants du dossier, dans les circonstances de cette intense mise sous pression, a été le vrai moteur de cette réconciliation. Il a agi dans l’intérêt de son sport. S’il y en a un qui peut être fier de lui ce lundi, c’est lui.

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