Wannes Van Laer : « A Rio, on navigue entre frigo et carcasse de cheval… »

Wannes Van Laer veut décrocher un 7e titre de champion de Belgique en Laser Standard, ce week-end. Avant de forcer sa qualification pour les Jeux de Rio. Photo Belga.

Wannes Van Laer veut décrocher un 7e titre de champion de Belgique en Laser Standard, ce week-end. Avant de forcer sa qualification pour les Jeux de Rio. Photo Belga.

Il y a des semaines comme ça, où rien ne va…. En débarquant il y a une dizaine de jours à Hyères pour y prendre part à la Semaine internationale de la voile, manche française de la Coupe du monde ISAF, Wannes Van Laer, avait logiquement l’intention de flirter avec les sommets de sa classe, le Laser Standard, un peu comme il l’avait fait début avril, à Palma de Majorque, où il avait fini 15e. Las, l’Ostendais (de naissance) a dû se contenter de la 47e place finale dans les eaux de la Méditerranée après avoir perdu beaucoup de point lors de sa dernière régate, en « volant » son départ, ce qui lui a valu une disqualification. Et, pour couronner le tout, on lui a subtilisé son téléphone portable juste avant son retour au pays où, à partir de ce jeudi 1er mai et jusqu’à dimanche, il tentera, à Nieuport, de remporter le 7e championnat de Belgique open de sa carrière…

« Ce n’était pas super, c’est vrai, reconnaît-il. Je suis, pour l’instant, en train de tester du matériel en vue des prochains championnats du monde et celui que j’ai utilisé à Hyères n’était pas optimal. Malheureusement, une fois que l’on entame une compétition, on ne peut plus en changer… »

S’il fait de la voile depuis sa plus tendre enfance, Wannes Van Laer, 29 ans aujourd’hui, n’a commencé à faire (un peu) parler de lui que peu de temps avant les JO de Londres. Barré en Flandre, où il a fait ses débuts, parce que sa fédération consacrait l’essentiel de son budget « haut niveau » à Evi Van Acker, il avait sollicité en désespoir de cause la fédération francophone dans l’espoir d’avoir – enfin – les moyens de ses ambitions, après avoir galéré deux ans pour financer sa passion à l’aide de petits boulots. Et celle-ci, séduite par son projet, lui avait tendu les bras, imitée ensuite par l’Adeps qui l’a, depuis, inclus dans son groupe d’élites sportives. Avec un père flamand, une mère wallonne et… un domicile à Bruxelles, il était un candidat au profil idéal !

Pour sa première participation olympique, Wannes Van Laer allait terminer 34e en Laser Standard à Weymouth, le site des épreuves olympiques des JO 2012. Un résultat quelconque, certes, mais doublé d’une expérience sportive qui, il le reconnaît, lui sert encore tous les jours… en attendant la suivante.

« Dans le petit monde de la voile, raconte-t-il, tout le monde a l’habitude de s’entraider, de se donner des conseils. Sauf aux Jeux. A Londres, je me suis rendu compte que les autres compétiteurs, que j’avais jusque-là tendance à considérer comme des copains, ne pensaient qu’à eux pendant ces quinze jours-là. Il m’arrivait, par exemple, de donner rendez-vous à d’autres collègues pour aller m’entraîner, mais quand j’arrivais à l’heure prévue au port, il n’y avait personne… Vous pouvez parler de tentative de déstabilisation ! Moi qui étais encore un peu naïf et gentil, j’ai retenu la leçon. Aujourd’hui, par exemple, quand un de mes rivaux commet une infraction, je n’hésite plus à déposer réclamation. Oui, j’ai dû apprendre à devenir un petit peu plus “salaud”!»

Au lendemain des Jeux de Londres, après quelques semaines de repos, il est reparti en campagne. Avec un nouvel entraîneur portugais, parce que précédent, un turc, surchargé de travail, lui consacrait trop peu de temps. Et avec, comme gestionnaire de sa préparation, le spécialiste Grégoire Litt, qui, via son agence Promosport basé dans le Brabant wallon, a bossé avec le nageur François Heersbrandt et le footballeur Anthony Vanden Borre, et s’occupe encore, entre autres, des élites de l’Aile francophone de la fédération belge de tennis de table et de deux clubs de hockey.

« Wannes a énormément progressé depuis deux ans, souligne Litt. Avant, il avait tendance à privilégier une préparation physique intuitive, en faisant notamment beaucoup de vélo. On a remis de l’ordre là-dedans, en adaptant les exercices de cardio et sa position corporelle. Il travaille aussi avec un diététicien, qui veille à ce qu’il ne prenne pas trop de poids (NDLR : il pèse actuellement 84 kg et devrait encore idéalement en perdre deux), et avec Philippe Godin (le professeur en psychologie du sport de l’UCL), qui fait en sorte qu’il ne perde plus trop d’influx au départ comme il avait tendance à le faire. »

Pour financer cette « Opération Rio », il peut compter sur sa fédération et sur la Communauté française. Mais le budget dont il bénéficie, s’il lui permet de « s’en sortir »« Je ne me plains pas, je ne dors pas sous les ponts ! » -, n’autorise aucun excès. «Plus on teste de matériel, plus on progresse, dit-il. Mais plus on teste, plus cela coûte…» C’est pour cette raison qu’il sollicitera bientôt le grand public via le crowdfunding (ou la finance participative) comme d’autres sportifs belges avant lui. « Pour fonctionner idéalement, je devrais avoir 100.000 euros par an, environ le double de ce que j’ai aujourd’hui. »

La qualification pour les Jeux de Rio, il tentera de la forcer du 8 au 21 septembre prochain, lors des Mondiaux de Santander. Pour gagner sa place, ou en tout cas en offrir une de quota à la Belgique dans sa classe, il lui faudra terminer par les 25 premiers pays, ce qui ne l’effraie pas parce que « je l’ai déjà fait plusieurs fois ».

Ce qui risque d’être plus effrayant, en revanche, ce sera d’affronter les eaux de la baie de la cité carioca s’il se qualifie et si rien n’est fait d’ici les Jeux pour les améliorer. A côté des nouvelles alarmistes sur les retards en termes de construction de sites encore diffusées cette semaine par John Coates, l’un des vice-présidents du CIO, l’état de la mer qui accueillera les épreuves de voile est, en effet, tout aussi préoccupant à Rio.

« J’y suis allé l’été dernier pour m’entraîner, raconte Wannes Van Laer. Ce que je peux dire, c’est qu’il vaudra mieux ne pas tomber dans l’eau si on veut éviter de remonter sur son bateau avec une maladie ! J’ai vu de tout. Des matières fécales , bien sûr, – mais ça j’en ai déjà vu ailleurs… – mais aussi des frigos, des tables en plastique, des emballages de toutes sortes. Un de mes collègues a vu, lui, une carcasse de cheval. Il y a de véritables lignes de déchets qu’il faut traverser en faisant attention de ne pas abîmer son bateau. Pour nous, en Laser Standard, comme nous n’allons pas trop vite, nous pouvons gérer, mais les bateaux plus rapides, comme les 49ers, peuvent briser leur dérive. Le pire, c’est quand il pleut ; après les orages, c’est un vrai dépotoir. Avec ce qu’on retrouve alors, on pourrait construire une maison ! Et puis, avec l’aéroport tout proche et les avions qui décollent ou atterrissent toutes les cinq minutes, il y a des risées permanentes sur la mer. »

Autant de conditions inacceptables qui ont fait fleurir les pétitions dans le milieu de la voile demandant aux organisateurs de trouver une solution le plus rapidement possible.

« J’y retourne cet été pour des épreuves test, conclut-il. Je suis curieux… »

Et, visiblement, téméraire !

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