Cynthia Bolingo, des « pattes de poulet » qui tournent enfin sans grincer

Cynthia Bolingo a réussi jusqu'ici un sans-faute en ce début de saison. Pourvu que ça dure. Photo Mélissa Gillet/LBFA.

Cynthia Bolingo a réussi jusqu’ici un sans-faute en ce début de saison. Pourvu que ça dure. Photo Mélissa Gillet/LBFA.

Elle a des « pattes de poulet », des cannes fines et élégantes, un peu comme l’Américaine Allyson Felix, qui est l’un de ses modèles. Mais depuis toujours, ou presque, Cynthia Maduengele Bolingo Mbongo – « Dites Cynthia Bolingo, c’est plus simple ! » – les martyrisait. Et inévitablement, les blessures se multipliaient. « Des problèmes récurrents dus au placement de mon corps et, surtout, de mon bassin, reconnaît-elle. Je courais beaucoup trop cambrée. Plus jeune, on ne m’avait pas enseigné le gainage… »

Cette année, tout – ou presque – a changé pour elle. En moins d’un mois, elle a établi un record personnel sur 100 m (11.57), deux sur 200 m – dont le dernier, 23.52, lui a permis de s’imposer aux championnats francophones, samedi, sans véritable opposition – et un sur 400 m (53.70). Et on n’oubliera pas, pour la fine bouche, le record de Belgique en salle du 300 m battu cet hiver.

« C’est vrai que c’est différent !, reconnaît-elle. Avec ma coach, on a fait beaucoup de foncier et moins de vitesse, lors de la préparation. Grâce à ça, avant d’en remettre une couche, on a épargné mes adducteurs et mes ischios.»

Sa coach, c’est Carole Kaboud Mebam, 35 ans, Camerounaise d’origine et Belge d’adoption, dont Cynthia Bolingo a rejoint le groupe d’entraînement de 11 athlètes l’an dernier à Nivelles, le siège du Cercle athlétique du Brabant wallon (CABW), et où elle se rend deux fois par semaine, entre ses cours de sciences po à Saint-Louis. Une femme avec laquelle la complicité réciproque a été immédiate. « Elle m’appelle Tata !, dit-elle. Mais Cynthia, c’est ma fille. Il y a trop de connection entre nous ! Si j’avais fait un bébé plus tôt, ç’aurait pu être elle ! »

« C’est l’entraîneur qu’il me fallait, enchaîne Bolingo. Avec elle, on forme un duo de choc! Il y a une vraie confiance. Et, comme c’est une femme, il y a certaines choses que je peux plus facilement lui dire qu’à un entraîneur masculin. Elle me comprend mieux. »

Carole Kabou Mebam, arrivée en Belgique en 2004 où, sous les couleurs du CABW (et du Cameroun), elle a couru jusqu’en 2012, est l’une des rares coaches féminines à travailler avec des athlètes de haut niveau dans notre pays, une anomalie qu’elle est la première à regretter car « on apporte un peu de douceur dans un monde de brutes ! » « Le dernier entraîneur de Cynthia – un homme – criait beaucoup pour marquer sa suprématie. Moi, je pars plutôt sur la discussion, le partage. J’essaie de convaincre mes athlètes de croire en eux. En Belgique, on a tendance à trop vite baisser les bras. Je leur dis souvent que si moi j’ai réussi à aller deux fois aux Jeux olympiques (NDLR : sur 4 x 400 m à Athènes, en 2004 et sur 400 m haies à Pékin, en 2008), il n’y a pas de raison qu’ils n’y aillent pas eux aussi. »

C’est le discours qu’elle martèle depuis toujours aux oreilles de Cynthia Bolingo, dont elle loue les « qualités de base extraordinaires ». Du coup, ces derniers mois, elle a pris le temps d’étudier le problème de la fragilité récurrente de son élément le plus précieux et le plus doué.

« On est allé voir Lieven Maesschalck, le kiné des Diables rouges, au début de la préparation, raconte-t-elle. Avec lui, on a concocté un programme de renforcement musculaire qui a l’air de tenir la route. On a travaillé sur les muscles profonds de Cynthia, pour lui éviter les problèmes de pubalgie et de douleurs à l’arrière des cuisses.»

A 21 ans, l’heure est peut-être venue pour la Bruxelloise de justifier les espoirs qu’ils sont nombreux à avoir placés en elle depuis son apparition sur les pistes. Un biotope qu’elle n’a pourtant découvert que sur le tard, à 15 ans, après avoir été repérée au Racing de Bruxelles, à l’occasion d’une compétition interscolaires, où elle avait doublé 100 m et saut en longueur.

« Jusque-là, à part jouer au foot avec les garçons dans la cour de récréation, je n’avais jamais fait de sport, explique-t-elle. Je ne m’y intéressais pas, j’avais d’autres préoccupations… »

Rapidement, cette fille née à Uccle, au milieu de deux frères, de parents d’origine congolaise, allait prendre de l’ampleur, couvée au Trois-Tilleuls par Anne Zagré sa « grande sœur » d’athlétisme, complice des bons et mauvais jours. Naturalisée Belge à 18 ans, sélectionnée dans l’équipe belge de 4 x 100 m à l’Euro junior 2011 (5e) et l’Euro espoir 2013 (disqualifiée en série), Cynthia Bolingo allait décrocher sa première médaille internationale sur la même épreuve lors des Jeux de la Francophonie, à Nice, à l’automne dernier, en terminant 2e.

Avec son gabarit de « flyer » – 1,65 m pour 53,5 kg – Cynthia Bolingo fait, on l’a dit, inévitablement penser à l’Américaine Allyson Felix, qu’elle admire depuis toujours parce qu’ « elle est belle à voir courir, sa foulée est magnifique et elle n’est pas extraordinairement musclée. C’est pour ça qu’on l’appelle “chicken legs” ». Mais il y a quelques semaines, lors d’un stage au Sénégal, au centre d’entraînement de Dakar où l’avait emmenée Carole Kabou Mebam, elle est tombée sur la Botswanaise Amantle Montsho, la vice-championne du monde 2013 et championne du monde 2011 du 400 m, une coureuse beaucoup plus massive et musculeuse, avec laquelle elle a sympathisé. « J’ai pu un peu m’entraîner avec elle et j’ai vu la rage et la conviction qu’elle mettait lors de chaque séance. Elle m’a fait comprendre qu’il ne fallait jamais abandonner, qu’il fallait constamment se battre contre la piste, contre le chrono. »

Le talent de Felix, la volonté de Montsho : un mélange qui semble inspirer Cynthia Bolingo. De quoi la convaincre de faire de l’Euro de Zurich son objectif majeur de la saison, elle qui n’est plus qu’à 17 centièmes du minimum espoir sur 200 m. « Je veux me qualifier sur 200 m et, si possible, sur 4 x 100 m. Et, sur place, j’ambitionnerai les demi-finales ! »

Elle préfère ne pas donner les temps de référence auxquels elle pense cette année « parce que ça porte malheur » en ajoutant toutefois espérer « un 11.4 sur 100 m et un petit 23 sur 200 m ». Des chronos qui feraient le bonheur de beaucoup d’athlètes belges…

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