La première heure de vérité d’Anne Zagré

Anne Zagré (à g.) qui transmet ici le témoin à son équipière Der’Renae Freeman, espère également atteindre la finale sur 4 x 100 m aux NCAA. Photo Ross Obley/FSU.

Anne Zagré (à g.) qui transmet ici le témoin à son équipière Der’Renae Freeman, espère également atteindre la finale sur 4 x 100 m aux NCAA. Photo Ross Obley/FSU.

Dans une bonne semaine, le 18 juin, elle sera de retour à Bruxelles. Mais, avant cela, Anne Zagré aura, ce week-end, un dernier rendez-vous à honorer avec l’université de Florida State, où elle est en train de boucler sa deuxième (et dernière) année : la finale des championnats universitaires, les impitoyables « NCAA Outdoor Championships », programmés de mercredi à samedi à Eugene, dans l’Oregon, où elle disputera le 100 m haies, avec le 11e temps des engagées, et le 4 x 100 m, comme deuxième relayeuse.

« Mis à part le fait que je suis un peu accablée par des allergies, je me sens plutôt bien, assure-t-elle. Les problèmes aux ischios et au dos que j’ai eus ces derniers mois et qui ont fait que j’ai passé presque autant de temps sur la table du kiné que sur la piste sont réglés ! Tant mieux parce qu’il s’agit du rendez-vous le plus important de mon début de saison. Je veux absolument arriver en finale du 100 m haies et du relais avec mes équipières. »

L’an dernier, lors de la même compétition, la recordwoman de Belgique avait dû s’avouer vaincue en demi-finale, malgré un meilleur temps de la saison (à l’époque) de 13.01, un petit contretemps qui ne l’avait pas trop enchantée.

« C’est vrai, se souvient-elle. Je ne connaissais pas bien le niveau de la NCAA et je m’étais laissé surprendre… tout en réussissant un bon chrono malgré tout. Désormais, je suis bien consciente qu’il faudra que je descende sous les 13 secondes jeudi pour arriver en finale samedi. Il n’y a plus, cette année, d’ « extraterrestre » comme Briana Rollins (NDLR : l’Américaine qui avait dominé la saison universitaire de la tête et des épaules avant d’être sacrée championne du monde à Moscou) mais tout est très serré entre les filles au sommet. Il faudra se frayer une place. »

Descendre sous les 13 secondes lui permettrait également de reprendre le leadership belge que vient de s’attribuer Eline Berings, qui a couru en 13.01 à Hengelo dimanche. Entre les deux athlètes, qui s’encouragent régulièrement via les réseaux sociaux, le chassé-croisé a été permanent depuis le début de la saison estivale. Après être descendue toutes les deux sous les 13 secondes – 12.87 pour Zagré, 12.94 pour Berings – … avec trop de vent, après avoir toutes les deux réussi le même chrono de 13.03, le petit avantage qu’a repris la Gantoise a titillé la sociétaire de l’Excelsior.

« C’est vraiment cool !, affirme Zagré. C’est une belle motivation pour me pousser à aller plus vite ! »

Pour sa deuxième année à Tallahassee, la Bruxelloise, 24 ans, a, en tout cas, l’impression d’avoir bien progressé sous la houlette de Brandon Hon, un nouveau coach de haies arrivé cette année sur le campus, qui travaille en bonne intelligence avec Jonathan Nsenga, son entraîneur belge, qui est venu sur place à plusieurs reprises pour superviser son élève.

« J’aime bien travailler avec Brandon, confirme-t-elle. On est sur la même longueur d’ondes. Avec lui, j’ai appris à être plus agressive et à mieux me plier sur les haies. J’ai également beaucoup travaillé ma fréquence entre les obstacles. »

Comme c’est de plus en plus fréquent chez les coureurs de haies, Anne Zagré a aussi sacrifié avec lui (temporairement) à la mode des 7 appuis (au lieu de 8) en sortie de blocs avant d’attaquer le premier obstacle, un changement radical qui permet de gagner pas mal de précieux centièmes de seconde quand il est bien assimilé. Mais après deux compétitions en salle qu’elle estimait peu convaincantes, elle a préféré revenir à ses anciennes habitudes.

« Il m’aurait fallu pas mal de temps pour intégrer ce changement et je ne voulais pas en perdre cette année, explique-t-elle. C’était un peu trop perturbant, je ne me sentais pas vraiment en confiance. »

Grâce au travail effectué avec son coach Brandon Hon, Anne Zagré a appris à devenir plus agressive sur les obstacles. Photo Ross Obley/FSU.

Grâce au travail effectué avec son coach Brandon Hon, Anne Zagré a appris à devenir plus agressive sur les obstacles. Photo Ross Obley/FSU.

De la confiance, elle en a pourtant accumulé des tonnes au cours de ces deux années passées à Florida State, l’université par laquelle Kevin et Jonathan Borlée étaient passés avant elle. Alors que sa fédération n’était pas très chaude pour la laisser s’exiler outre-Atlantique en janvier 2013, moins de 6 mois après sa place de demi-finaliste aux Jeux de Londres, sa 5e place à l’Euro d’Helsinki et son record de Belgique de 12.79 (qui tient toujours), Anne Zagré est persuadée que son passage chez les « Seminoles » ne pourra être que bénéfique à court, moyen et long terme.

« C’est parfois bon de sortir de la Belgique et d’aller voir ce qui se passe ailleurs, argumente-t-elle. Je suis arrivée ici avec un chrono de 12.79 en tant que meilleure Belge et je me suis vite rendue compte qu’il y avait plein de jeunes qui, ici, couraient aussi vite ! Cela m’a aidé à relativiser et à me motiver. Sur le plan personnel, aussi, j’ai retiré plein de choses de ce séjour de deux ans à FSU, notamment à m’ouvrir aux autres. Je fais désormais partie de la famille, ici. Si je ne courrai plus pour l’université l’an prochain alors que, réglementairement, je pourrais le faire, je pourrai toujours revenir m’y entraîner. »

Une fois de retour au pays, dans moins de 10 jours, Anne Zagré ne va pas chômer. Le week-end des 21 et 22 juin, elle disputera la Coupe d’Europe à Tallin avec la sélection belge, puis, une semaine plus tard, elle s’alignera sur 100 m haies au meeting de Nivelles aux côtés de l’Australienne Sally Pearson, la championne olympique de Londres pour un « remake » de la course qu’elle avait disputée contre elle au stade du Parc de la Dodaine en 2012.

« Cela reste un très bon souvenir ! J’avais pu accrocher cette locomotive et battre mon record en terminant, à l’époque, en 12.89. J’espère remettre ça cette année. »

Mais c’est bien entendu l’Euro de Zurich, en août, qu’Anne Zagré attend avec le plus d’impatience. Après sa 5e place il y a deux ans, c’est le podium qu’elle visera cette année. Un objectif ambitieux qui ne l’effraie pas.

« Cela ne va pas être évident, admet-elle. Je devrai être extrêmement concentrée… ce qui est toujours un peu compliqué pour moi. C’est quand je parviens à rester dans ma bulle que je suis la plus forte. Je sais qu’il y a déjà deux Européennes qui ont couru en moins de 12.70 cette année, la Britannique Tiffany Porter (12.65) et la Française Cindy Billaud (12.69). Mais je me sens capable de courir, moi aussi, dans les 12.60… »

Il n’y a pas de doute : son séjour américain a transformé Anne Zagré !

Cette entrée a été publiée dans Athlétisme, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>