Seppe Van Holsbeke, ou la solitude de l’escrimeur de fond

Seppe Van Holsbeke est à la croisée des chemins. Le sabreur gantois va perdre son statut d'élite à la rentrée. Photo D.R.

Seppe Van Holsbeke est à la croisée des chemins. Le sabreur gantois va perdre son statut d’élite à la rentrée. Photo D.R.

« Just ended a disappointing season with a disappointing result. Time to reflect and make some decisions. Thanks for all the support » (1)

Il n’a fallu que quelques heures à Seppe Van Holsbeke, la semaine dernière, pour faire connaître à l’ensemble de ses amis et followers sur les réseaux sociaux toute l’étendue de sa frustration. Le meilleur escrimeur belge, spécialiste du sabre, venait de se faire sortir par le Hongrois Tamas Desci dès son premier combat aux Mondiaux de Kazan et il était clair pour lui que cette défaite allait avoir des lourdes conséquences pour la suite de sa carrière.

Dire que celle-ci s’est terminée sur les bords de la Volga est sans doute prématuré. Mais, en tout état de cause, le Gantois, âgé aujourd’hui de 26 ans, va devoir l’aborder d’une autre manière à partir du 1er octobre, moment où s’achèvera le contrat de sportif de haut niveau dont il bénéficiait à la Communauté flamande.

« Je n’ai pas rempli les critères qui m’étaient imposés cette saison pour pouvoir le conserver, dit-il. Il fallait que je termine parmi les 16 premiers des Mondiaux, les 12 premiers de l’Euro ou que je me hisse dans le top 25 mondial au ranking de ma discipline. Il s’agissait d’objectifs raisonnables, auxquels j’avais souscris. Si on veut un jour aller aux Jeux olympiques, il faut impérativement avoir ce niveau. Mais j’ai donc échoué… »

Sur aucun des trois tableaux, en effet, il n’a pu atteindre ses objectifs. Outre son élimination dès les 32es de finale aux Mondiaux, il ne s’est classé que 25e à l’Euro de Strasbourg, en juin, et il n’occupe que la 45e place au classement de la FIE. Trop peu. Trop bas.

L’échec, ce n’est pas la première fois que Seppe Van Holsbeke, 1,98 m sous la toise, le prend en pleine figure. En 2012, à quelques semaines des Jeux de Londres, il avait été sorti en quarts de finale du tournoi de zone européenne, la dernière épreuve qualificative pour les JO, alors qu’il devait impérativement y terminer à l’une des deux premières places. Pour lui, c’était le rêve d’une vie qui s’envolait.

« J’ai mis du temps à digérer, se souvient-il. Quand les Jeux ont commencé, j’ai tout fait pour ne pas les regarder. J’ai occupé mes vacances du mieux que je pouvais… »

Heureusement, dans la foulée de son élimination, il avait disputé un bon championnat d’Europe et conservé la confiance du Bloso. Et, après avoir pansé ses plaies, il avait établi, en compagnie de son entraîneur Paul Corteyn, un nouveau plan de bataille pour les quatre années à venir. Mais celui-ci n’a pu être mené à son terme.

« Je pratique un sport où, de toute évidence, il faut au minimum être deux pour s’entraîner, explique-t-il. Je suis bien sûr allé chercher des sparring-partners à l’étranger, lors de stages, mais le problème se pose à nouveau chaque fois que je rentre au pays : avec qui dois-je travailler ? La plupart des espoirs avec lesquels je pourrais le faire raccrochent une fois qu’ils abordent leurs études supérieures. Je suis donc souvent tout seul et cette solitude me pèse de plus en plus, d’autant qu’elle débouche inévitablement sur une énorme pression lors des compétitions. Comme je suis souvent l’unique escrimeur belge présent, c’est sur mes épaules que reposent toutes les attentes… »

A l’instar de sa « collègue » francophone Julie Groslambert, qui s’est exilée – sans succès, il est vrai – en Italie, il aurait pu tenter l’aventure à l’étranger et se fixer dans un pays d’escrime. Mais il a vite abandonné cette idée car « si pendant les périodes de préparation, les coachs s’occupent de vous, une fois qu’arrivent les grandes échéances, ils ne s’intéressent plus qu’à leurs nationaux. »

A moins de deux ans des Jeux de Rio, un rêve auquel il continue de s’accrocher, Seppe Van Holsbeke, 14 ans d’escrime dans les bras à la Confrérie Saint-Michel, se retrouve aujourd’hui face à un sacré défi. Il va devoir continuer à s’entraîner comme un athlète de haut niveau mais sans en avoir le statut, et donc les revenus. Et comme il ne peut pas vivre d’amour et d’eau fraîche et que, surtout, il a un emprunt immobilier à rembourser, il va devoir combiner un boulot d’enseignant (il est régent en éducation physique) avec sa carrière de sportif d’élite dès la rentrée.

« Ce ne sera pas évident, mais je veux y croire. Je sais que je suis proche des meilleurs même si gagner dans les moments importants reste très difficile pour moi. De plus, comme il n’y aura pas de tournoi par équipes au sabre aux Jeux de Rio, il y aura plus de places à prendre pour l’épreuve individuelle. Je veux tout faire pour continuer à m’améliorer. »

Rio est à ce prix.

(1) « Je viens de boucler une saison décevante avec un résultat décevant. Il est temps de réfléchir et de prendre certaines décisions. Merci pour tout le soutien »

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