Tyson Gay? Vraiment?

Tyson Gay, à peine revenu de (courte) suspension, déjà engagé au Van Damme... Photo AFP.

Tyson Gay, à peine revenu de (courte) suspension, déjà engagé au Van Damme… Photo AFP.

C’était cousu de fil blanc. Après l’annonce, lundi, de la non-participation, cette année, d’Usain Bolt à leur meeting, il était évident que les organisateurs du Mémorial Van Damme allaient rapidement sortir du bois pour annoncer que le 100 m du meeting bruxellois serait malgré tout relevé. Cela n’a pas raté. Moins de 48 heures plus tard, un communiqué est tombé annonçant la présence conjuguée de Justin Gatlin, le n° 1 de la saison avec ses 9.80, Michael Rodgers (n° 3), Tyson Gay (n° 5) et Kim Collins (n° 8) sur la piste du Heysel le 5 septembre prochain. On y courra vite, à coup sûr…

Deux remarques s’imposent après la diffusion de cette info.

La première, c’est que la nouvelle de la présence de Rodgers, Gatlin et Collins… n’en est pas une. Ces trois hommes occupent à l’heure actuelle, dans l’ordre, la première, deuxième et septième place au classement « Diamond League » du 100 m. Celui du Mémorial faisant office de finale dans cette épreuve, il est évident que les mieux classés seront dans l’obligation de venir à Bruxelles, à la fois pour s’assurer de leur prime et, surtout, pour tenter de remporter les 40.000 dollars (29.690 euros) réservés au vainqueur du général. En finale, rappelons-le, les points comptent double et les athlètes sont tout sauf des philanthropes !

Le deuxième, c’est que l’engagement de Gay ne pouvait tomber à un pire moment. Le même jour, en effet, Usain Bolt s’est fendu d’une critique en règle de la réduction de peine de l’Américain, seulement suspendu un an par son agence antidopage (Usada), malgré un contrôle positif aux anabolisants en mai 2013 et de retour aux affaires depuis le 3 juillet dernier. Une sanction incroyablement « light », pour ne pas dire choquante, qui n’a pas été remise en cause par l’Agence mondiale antidopage ou la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), qui auraient pu saisir le Tribunal arbitral du sport pour la contester. La raison de cette étonnante magnanimité pour un cas de dopage qui est généralement pénalisé de deux ans de suspension ? Gay, après avoir admis sa faute, a accepté de collaborer avec l’Usada. Il aurait « donné » des noms et convaincu le panel de sa bonne foi.

« En agissant ainsi, on envoie un mauvais signal, a déclaré Bolt. C’est comme si on disait (aux athlètes) “Faites-le, et si vous collaborez, nous réduirons votre suspension”»

L’étonnement de Bolt vient également du fait que son compatriote jamaïquain Asafa Powell, contrôlé positif à un stimulant, un produit interdit nettement moins lourd qu’un stéroïde anabolisant, avait été initialement suspendu 18 mois – avant que le TAS ne ramène sa sanction à 6 mois. Le sextuple champion olympique a également été surpris par la non-réaction de l’IAAF qui, dans cette affaire, a précisé que « la sanction d’une année décidée dans le cas de Tyson Gay était appropriée aux circonstances et en accord avec le règlement antidopage (de l’IAAF) »

« Je ne pense pas qu’il s’agisse de la bonne marche à suivre, a-t-il ajouté, parce que vous dites pratiquement aux gens qu’il y a moyen de s’en sortir, qu’il y a moyen de battre le système. »

Tolérer la présence d’anciens dopés qui ont purgé leur suspension n’est évidemment pas une première, ni au Mémorial Van Damme ni ailleurs. Si certains estiment que ceux qui ont fauté devraient être bannis à vie, d’autres pensent – et nous en sommes – que tout le monde a droit à une deuxième chance et qu’il faut pouvoir tourner la page. A Bruxelles, Gay ne sera d’ailleurs pas le seul ancien dopé au départ du 100 m puisque Gatlin a purgé 4 ans de suspension de 2006 à 2010 pour contrôle positif à la testostérone et Rodgers 9 mois à partir de mars 2012 parce qu’on avait retrouvé un stimulant dans ses urines.

Ce qui est gênant dans le cas de Gay, c’est la rapidité avec laquelle il est réintégré « dans la famille » comme si de rien n’était, rapidité qui se confirmera à Bruxelles. Une précipitation que l’on a du mal à comprendre car, au contraire de Bolt, l’Américain, aussi charismatique qu’un starting-block, n’a pas la réputation d’attirer les foules. Certes, il a réussi, en 9.93, le 5e temps de l’année dès sa rentrée, mais cela exonère-t-il tout ?

« Bien sûr que non, affirme Wilfried Meert, le directeur du Mémorial, mais si nous l’avons finalement c’est aussi pour ne pas risquer un procès. Il y a quelques années, avec les autres réunions du groupe Euromeetings, nous avions refusé la présence de (la Française) Hind Dehiba, qui avait été suspendue deux ans de 2007 à 2009. Elle a été en justice et nous avons perdu parce que, pour le tribunal suisse auquel elle s’était adressée, nous abusions de notre position dominante pour l’empêcher de gagner sa vie. Depuis lors, nous sommes plus prudents. »

Entre les bonnes intentions et l’implacable réalité du terrain, il y a un fossé qui est souvent difficile à combler. Pas sûr que le sport en sorte grandi…

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