Ilse Heylen, voir Rio et puis partir

En compagnie de son mari et entraîneur Olivier Berghmans, Ilse Heylen est bien décidée à aller jusqu'à Rio pour y effacer sa terrible déception de Londres. Photo Belga.

En compagnie de son mari et entraîneur Olivier Berghmans, Ilse Heylen est bien décidée à aller jusqu’à Rio et effacer sa terrible déception de Londres. Photo Belga.

Tomber. Se relever. Sept fois déjà depuis le début de sa carrière, Ilse Heylen a dû se résoudre à passer sur le billard. Les deux épaules, un genou et un coude ont subi tour à tour, et parfois plus d’une fois, une énergique réfection. « A choisir, je préfère une blessure grave, qu’on peut réparer, à une douleur lancinante, face à laquelle il n’y a rien à faire… », dit-elle.

Pourtant, elle sera bien là, cette semaine, prête à l’assaut, au coup d’envoi des championnats du monde de judo, à Chelyabinsk, en Russie. Toujours 9e mondiale dans sa catégorie des moins de 52 kg, elle a comme aspiration de faire mieux que lors de ses cinq premières participations à ce grand rendez-vous planétaire qui lui a rarement souri. « J’ai fini deux fois 9e, à Rio en 2007 et à Paris en 2011. Terminer dans le top 8 cette année me semble être un bel objectif. »

A 37 ans, le défi au temps qu’Ilse Heylen continue à s’imposer dans un sport aussi dur et aussi traumatisant que le judo a à la fois quelque chose de fou et de remarquable. Fou, parce que les risques d’une nouvelle blessure face à une concurrence plus jeune et plus rapide qu’elle sont réels. Remarquable, parce qu’il démontre que la passion reste la plus belle addiction dans le sport de haut niveau.
« Si je continue, confirme-t-elle, c’est avant tout parce que j’aime ça. »

Ces dernières semaines, au bout d’une nouvelle et longue convalescence pour remettre à niveau son épaule droite, elle a fait le plein de confiance lors de deux tournois de reprise, en Amérique. Une victoire à Santiago, au Chili, et une troisième place à l’US Open, à Miami, où, elle l’admet, les meilleures étaient absentes, l’ont remise sur les bons rails. « Il me fallait une ou deux compétitions pour retrouver mes habitudes et ma routine, explique-t-elle. Cela m’a fait du bien ! »

Cela fait près de 20 ans, maintenant, qu’elle combat au plus haut niveau, avec des premiers succès remontant à 1997, avec une victoire individuelle à l’Open de Suisse et une deuxième place avec l’équipe belge à l’Euro de Rome. Mais quand on lui demande où elle a disputé son tournoi le plus abouti, elle répond sans l’ombre d’une hésitation : « A Londres, lors des derniers JO. » Une compétition où, alors qu’elle avait déjà 35 ans, elle avait loupé d’un rien la médaille de bronze en se faisant battre au « golden score » par la Française Priscilla Gneto lors de la « petite finale ».

Est-ce parce que ce résultat inattendu l’a encouragée ou est-ce pour effacer ce traumatisme qu’elle a décidé de poursuivre sa carrière jusqu’aux Jeux de Rio 2016 ? Un peu les deux, sans doute. Ilse Heylen, après un premier rendez-vous manqué en 2000, où elle était encore en moins de 48 kg – « J’ai perdu d’un rien le test-match qui m’opposait à Ann Simons juste avant la sélection finale, c’est elle qui est partie à Sydney… et qui a décroché une médaille de bronze » – a toujours répondu à l’attente aux JO. En 2004, à Athènes, elle a décroché une médaille de bronze « dont personne ne se souvient », ajoute-t-elle un peu provocatrice et amère ; en 2008, à Pékin, elle a fini 7e en étant blessée à l’épaule ; et en 2012, à Londres, c’est avec une 5e place qu’elle s’en est allée. Trois Jeux, trois diplômes olympiques.

Avec Ingrid Berghmans, lors des Jeux de Londres. Photo Belga.

Avec Ingrid Berghmans, lors des Jeux de Londres. Photo Belga.

« Après Londres, je m’étais dit que je continuerais un an avant de voir, explique-t-elle. Et finalement, j’ai décidé d’aller jusqu’à Rio. Mais si j’y arrive et si je rêve d’y montrer ce que je vaux encore, ce sera bel et bien mon dernier tournoi. Après cela, je crois que mon corps ne voudra plus ! »

Avec, à ses côtés, son mari et entraîneur, Olivier Berghmans, qui est souvent là pour tempérer ses ardeurs, elle a appris à ne pas (plus) trop en faire pour ne pas casser le moteur. « Si je devais encore me blesser grièvement, cela signifierait la fin de ma carrière, reconnaît-elle. Du coup, j’ai parfois l’impression de faire plutôt de la kiné que du judo ! » Ses séances de travail sont, il est vrai, devenues moins longues et moins intensives. « Ce que je dois absolument éviter, c’est de perdre ma concentration. C’est dans ces moments-là que surviennent généralement les accidents. Olivier m’oblige à m’arrêter quand il voit que je pars pour le randori (NDLR : combat d’entraînement) de trop ! »

Si Rio constituera l’étape ultime, il faudra d’abord, comme elle le dit, y arriver. Fin mai 2016, au moment de la sélection finale, seules les 14 premières judokates du ranking olympique (un ranking parallèle au ranking mondial, avec prise en compte des résultats depuis le 1er juin dernier) de chaque catégorie seront qualifiées pour les Jeux. Une sélection nominative qui n’autorisera par ailleurs qu’une seule athlète par pays.

« A l’heure actuelle, selon mes calculs, Ilse est 12e de la liste olympique « nettoyée », dit Olivier Berghmans. Il va falloir continuer à accumuler les points. C’est pourquoi nous avons encore prévu six tournois cette année : en Croatie en septembre, en Ouzbekistan et au Kazakhstan en octobre, à Abu Dhabi et en Corée en novembre, et à Tokyo en décembre. »

Six tournois qui, avec les Mondiaux de cette semaine, lui permettront de voir si ses ultimes espoirs ne sont pas de douces illusions.

« Certains disent que je suis en train de faire l’année de trop. J’espère les contredire… »

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