Axel Zeebroek, un (tri)athlète bien s’en va

Axel Zeebroek tire sa révérence à 36 ans. Le triathlon belge perd une sacrée figure. Photo Bert Stephany.

Axel Zeebroek tire sa révérence à 36 ans. Le triathlon belge perd une sacrée figure. Photo Bert Stephany.

Il y a, dans une vie de journaliste sportif (comme dans d’autres d’ailleurs !) des rencontres qui marquent. En 2008, juste avant les Jeux de Pékin pour lesquels il venait de se qualifier, je suis ainsi tombé sur Axel Zeebroek, triathlète de son état, que l’on m’avait annoncé comme particulièrement sociable et bavard. « Le genre de mec que l’on n’oublie pas », m’avait-on dit. Je n’allais pas être déçu.

Pendant près de deux heures, assis à une table du snack de Neufchâteau géré par sa mère, qui n’allait cesser de l’observer et de sourire en l’écoutant se raconter pour alimenter le portrait que je comptais faire de lui, il m’avait dessiné les contours de sa vie. Il avait surtout parsemé son récit d’anecdotes tantôt hilarantes, tantôt touchantes avec un vrai talent de conteur. Ses débuts dans sa discipline, à Sambreville, avec son père, un ancien pistard qui lui avait « aménagé » un de ses anciens vélos en en sciant une partie et en retournant le guidon à l’envers – « J’avais l’air d’un demeuré, d’autant qu’après être sorti de l’eau avec 2 minutes d’avance sur les autres, j’avais mis un quart d’heure à enfiler mon cuissard… » Ses gaffes récurrentes, dont une mémorable, lors d’un championnat d’Europe, où, en prélude à la course, il s’était assoupi et n’avait, du coup, pas pu placer son vélo à temps dans le box de départ. Ses envies d’avenir comme éducateur « pour aider les gosses en difficulté, en décrochage scolaire, ou victimes de violences familiales. Je pense avoir un bon contact avec les enfants. »

Quelques semaines plus tard, à Pékin, pour le dernier triathlon « distance olympique » – 1,5 km de natation, 40 km à vélo, 10 km de course à pied – de sa carrière, il allait subjuguer toute la délégation belge en s’isolant, en compagnie du Luxembourgeois Dirk Bockel, en tête de l’épreuve dans la partie cyclisme. C’était son quart d’heure de gloire « warholien » à lui. On sentait, en le voyant, une vraie jouissance de l’instant. Un peu d’incrédulité aussi, que son visage hilare accentuait. Juste avant de déposer leur bécane, les deux compagnons d’échappée s’étaient tapé dans la main, heureux du bon coup qu’ils venaient de jouer à la face des caméras du monde entier. Ils savaient aussi que les 55 secondes d’avance qu’ils possédaient à cet instant sur le peloton ne suffiraient pas. Mais Axel Zeebroek allait mieux résister que prévu et terminer 13e, à un peu plus d’1 min 30 du vainqueur, l’Allemand Jan Frodeno. Un petit exploit.

Aux Jeux de Pékin, il a connu son heure de gloire en terminant 13e après avoir fini l'épreuve de cyclisme en tête. Photo Belga.

Aux Jeux de Pékin, il a connu son heure de gloire en terminant 13e après avoir fini l’épreuve de cyclisme en tête. Photo Belga.

« Cela reste une grande fierté et un énorme souvenir, dit-il aujourd’hui. Je me souviens des moindres détails de cette course comme si elle avait eu lieu hier. J’ai vécu ce moment pleinement, je n’ai aucun regret. »

Quelques mois plus tard, alors qu’il avait annoncé initialement son intention d’arrêter le sport, il allait brutalement changer d’avis. « Un changement dans ma vie privée, en décembre 2008, a eu un impact sur ma vie professionnelle. J’ai demandé à la Communauté française, qui m’avait proposé un contrat à la reconversion, si elle ne pouvait pas plutôt me prolonger comme athlète car je souhaitais faire du long. Les résultats ont suivi et en 2010, alors que les pouvoirs publics m’avaient dit qu’ils ne pourraient pas me prolonger au-delà de l’année, j’ai eu la chance d’être contacté pour faire partie de la structure Uplace-BMC, la première équipe professionnelle de triathlon en Belgique. »

Pendant quatre ans, il allait alterner le bon et le moins bon, trouvant, dit-il, mieux ses marques dans les demi-Ironmen que dans les Ironmen complets. « Les longues distances me convenaient assez bien, parce que j’y étais moins pénalisé par mon manque de vitesse en course à pied que sur 10 km. Mais, sur Ironman, j’ai malgré tout un petit regret : celui de n’avoir jamais réussi à faire LA course. Il m’a toujours manqué un truc. Je n’ai jamais réussi un marathon décent. »

Son fantasme, comme celui de beaucoup de triathlètes, était de disputer au moins une fois l’Ironman d’Hawaï. Axel Zeebroek y a pris part à quatre reprises, y obtenant, en 2012, son meilleur résultat avec une 15e place. Mais cette année, blessé depuis fin avril à l’insertion d’un tendon au talon, il savait qu’il n’irait pas jusqu’au bout et a, de fait, dû renoncer avant le marathon final. Sans doute l’une des raisons pour lesquelles son contrat avec son équipe ne sera pas reconduit et qu’il a, du coup, décidé, ce jeudi, de mettre un terme à sa carrière à 36 ans.

« Je savais que (pour la prolongation) ce serait du 50-50, avoue-t-il. Mes résultats n’avaient pas été super super ces derniers temps et n’étaient en tout cas plus suffisamment probants vu le niveau d’excellence de l’équipe. C’est la vie. Mais je tourne la page sans regret. Dans mon sport, j’ai fait toutes les distances et disputé toutes les courses que je voulais. »

S’il n’a pas encore trop eu le temps de penser à son avenir, il sait déjà qu’il ne restera pas (dans un premier temps du moins) dans le milieu du triathlon. On lui a proposé d’assurer le suivi de la jeune espoir Claire Michel « mais ce que je veux aujourd’hui, c’est rester chez moi à Bérisménil, au calme. Je ne souhaite plus courir le monde. » La direction technique de la Ligue francophone, très peu pour lui aussi, tant le boulot lui semble « ingrat ». « Des DT, j’en ai vus beaucoup. Tous, même les bons, sont toujours critiqués, que ce soit par les athlètes, les parents, les dirigeants. Ce serait trop donner pour avoir trop peu en retour. »

En attendant la naissance de son deuxième enfant, une fille, attendue en février, Axel Zeebroek va prendre le temps de se retourner. « Ce que j’aimerais, c’est trouver le moyen d’exploiter mes connaissances et mon expérience. Vous savez, je n’ai pas de grandes exigences ! »

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3 réponses à Axel Zeebroek, un (tri)athlète bien s’en va

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  2. Rafi dit :

    Je me souviens de lui lors du championnat de Belgique en mai 2000 à Middelkerke. Une demi-heure avant le départ, la partie natation était curieusement annulée. La plupart des compétiteurs avaient déjà enfilé leur combinaison de natation et ne masquaient pas leur étonnement.

    A l’époque, Axel était clairement favori d’autant qu’il était déjà le meilleur nageur du circuit. Beaucoup suspectaient une vile manœuvre des organisateurs afin qu’Axel ne remporte pas le titre. De plus, la mer était calme, le ciel bleu et le soleil tapait fort sur la côte. L’annulation de la natation était incontestablement injustifiée.

    Beaucoup ont râlé, certains n’ont pas couru ce duathlon improvisé en dernière minute.

    Privé de natation, Axel a quand-même couru et à la ligne d’arrivée, dans un geste d’orgueil, le champion a arraché son dossard et n’a donc pas été classé. Il finissait quand-même 3ème au scratch et a tué toutes les critiques.

    Axel, si tu lis ces lignes, sache que tu as fait preuve d’un rare esprit sportif. Quant à Hawaii, Craig Alexander l’a gagné à 38 ans. Tu n’es donc pas encore hors-circuit. Pour le reste, profite de chaque instant de la vie.

    Bien à toi,

    Raph.

    • Zeebroek Donald dit :

      Bonjour Raph.Je suis le papa d’Axel et ancien cycliste membre du team préolympique des Jeux de Munich 1972.Il m’étais arrivé dans une épreuve de sprint sur la piste que des adversaires vennais s’appuyer sur moi dans le dernier virage dans l’espoir de me battre ainsi. Après plusieurs incidents du genre je ne me suis plus laissér faire et j’aivais repoussé l’adversaire avec l’épaule, Les responsables juges m’ont déclassé et mes supporters allais tous se plaindre que c’était injuste mais ils n’ont rien voulu entendre et ne sonts pas revenus sur leur décission.Moi e mon côté je me suis pas énervé du tout et ma famille et les supporters me disaient que je devais pas accepter cette injustice…. je me suis couvert d’un essui pour me concentrer sur la course au points et la course par élimination !
      Résultat :j’ai gagné le classement du jour avec verve et un journalist écrit le lendemain:” Donald Coeur de Lion “par la grande porte……………….
      Pour te dire que à un moment il vaut mieux être grand par les prestations qu’en paroles. Il est de même pour mon fils qui apparrament à hérité son calme et sérénité via mes gênes.JE SUIS FIER DE LUI ET DE SA PERSONNE,qu’il c’est forgée avec abnégation et perséverance !

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