Lavillenie-Adams, la belle revanche des athlètes de concours

Renaud Lavillenie et Valerie Adams, deux lauréats incontestables. Photo Giancarlo Colombo/IAAF.

Renaud Lavillenie et Valerie Adams, deux lauréats incontestables. Photo Giancarlo Colombo/IAAF.

En anglais, athlétisme se traduit par « track and field », littéralement « piste et terrain ». Mais depuis que la Fédération internationale a instauré ses trophées récompensant les Athlètes de l’année, en 1988, ceux évoluant sur la piste (41 titres) avaient triomphé bien plus souvent que ceux qui sont le terrain (11). Vendredi soir, à Monaco, c’est donc un petit événement qui s’est produit avec le sacré conjugué du perchiste français Renaud Lavillenie et de la lanceuse de poids néo-zélandaise Valerie Adams. Une belle revanche, aussi, pour les concours qui passent souvent au deuxième plan lors des grands championnats ou des meetings.

« C’est toujours difficile de rivaliser avec les épreuves plus glamour que sont les courses », dit Valerie Adams, rappelant, à propose des lanceurs que « nous nous entraînons pourtant autant que les autres. » On ajoutera que c’est d’autant plus vrai quand, comme ce fut encore le cas lors du dernier Mémorial Van Damme, où elle a établi le meilleure performance de la saison, son épreuve se déroule en avant-programme, devant des tribunes aux trois-quarts vides…

A 30 ans, la grande Kiwi n’a, en tout cas, pas volé son trophée. Comme lors des trois années précédentes, elle est demeurée invaincue en 2014, ce qui lui fait désormais 56 victoires consécutives depuis août 2010, un exploit peu banal qu’elle explique par « l’énorme passion » qu’elle a pour sa discipline « qui m’aide à oublier la souffrance et les opérations (dont celle qu’elle a subie à l’épaule et au coude en octobre). Il y a un feu qui brûle en moi et j’espère qu’il brûlera le plus longtemps possible ! »

Adams est non seulement la première Néo-Zélandaise à être élue – « Je suis très fière de venir d’un pays où il y a 4 millions d’habitants et 16 millions de moutons ! » – mais aussi la première lanceuse. Les « femmes fortes » du circuit ont, il est vrai, eu longtemps une image rendue négative par le spectre du dopage. Mieux que quiconque, elle en sait quelque chose après avoir été sacrée championne olympique aux JO de Londres suite au déclassement de la Biélorusse Nadzheya Ostapchuk pour contrôle positif aux stéroïdes anabolisants.

« C’est vrai que mon épreuve a souvent été marquée par des tricheuses, avoue-t-elle. Mais je n’ai aucune prise sur ce que font les autres. Tout ce que je peux faire, c’est essayer d’être un exemple pour les jeunes athlètes et leur montrer qu’il est possible de performer au plus haut niveau en étant propre si on travaille intensément. Le seul dopage que je prends, c’est un peu de kiwi, du mouton néo-zélandais et du bœuf ! J’ajouterai que j’ai aussi quelques bons gènes ! »

Une alimentation qui ne devrait pourtant pas lui permettre de battre un jour le record du monde, établi en 1987, dans une période trouble, par la Soviétique Natalya Lisovskaya. Un jet improbable à 22,63 m, bien loin de son record personnel fixé à 21,24 m, en 2011, lors des Mondiaux de Daegu. « Ce record n’est pas à mon programme, précise-t-elle, sans pour autant suggérer qu’il faudrait repartir de zéro dans les épreuves de lancer ou alourdir ou alléger le poids.

Renaud Lavillenie aurait pu, lui aussi, pour d’autres raisons, se décourager devant la « montagne » que représentait le record du monde de la perche de Serguei Bubka, fixé depuis 1993 à 6,15 m. Mais le Français, qui s’en rapprochait depuis plusieurs mois, a préféré persévérer pour se l’offrir, en février, en franchissant 6,16 m, à Donetsk, sous les yeux du « tsar ». Une progression de 8 cm sur sa meilleure marque précédente (6,08 m) établie en janvier à Bydgoszcz, en Pologne

« Même si je savais que je pouvais y arriver, cela a quand même été une surprise pour moi, avoue-t-il. Et ce record m’a motivé à vouloir encore plus de titres et de victoires. Je dis toujours que quand j’en ai deux, j’en veux trois, que quand j’en ai trois, j’en veux quatre. Je veux avoir la boîte à médailles la plus remplie possible ! »

L’immense performance réussie par Lavillenie, qui l’a clairement fait entrer dans une nouvelle dimension médiatique, a également resserré un peu plus les liens avec Bubka.

« Avec Serguei, on se connaît depuis 2009 et depuis que je lui ai pris son record, on est encore plus amis qu’avant. Cette année, il a été présent à plusieurs de mes compétitions. J’apprécie d’autant plus que ce doit être compliqué pour lui, vu ce qui se passe dans sa ville depuis plusieurs mois. »

La guerre qui frappe l’est de l’Ukraine, entre les séparatistes pro-russes ukrainiens et les autorités de Kiev, a, en effet, complètement transfiguré la cité du Donbass. La Droujba Arena, là où le Français a établi son fameux record il y a seulement neuf mois d’ici, a d’ailleurs été rendue inutilisable par un incendie qui l’a sérieusement ravagée.

Quand on lui a demandé si un athlète était sensible aux lieux où il a réussi ses exploits, Renaud Lavillenie n’a pas hésité. « Complètement… Les moments que l’on y a passés sont gravés dans nos esprits et on s’y attache. » Du coup, la vision des photos de l’enceinte ravagée l’ont terriblement peiné. « J’ai pris pour comparaison le stade Olympique de Londres. Quand j’y suis revenu, un an après ma médaille d’or des Jeux (NDLR : pour les « Anniversary Games »), j’ai ressenti beaucoup d’émotion. Mais ce que j’ai vécu avec Londres, je sais que je ne pourrai pas le revivre avec Donetsk. Il me sera impossible de revenir dans cette salle alors qu’il y a quelques mois, il n’y avait que ça dans ma tête. Ce sont les aléas du sport et de la vie : il y a parfois des choses magnifiques et il y a parfois des choses très dures… »

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