Wannes Van Laer, à voile et à sueur

Lors du stage organisé il y a quinze jours à Lanzarote par le COIB, Wannes Van Laer a travaillé sa condition physique. Photo Belga.

Lors du stage organisé il y a quinze jours à Lanzarote par le COIB, Wannes Van Laer a travaillé sa condition physique. Photo Belga.

Vingt bateaux par classe olympique avec la fine fleur mondiale au départ, un prize-money – inhabituel dans ce sport – de 200.000 dollars (réservé aux trois premiers de chaque épreuve), le Golfe persique comme terrain de jeu avec Abou Dhabi en arrière-fond : la finale de la Coupe du monde de voile promet beaucoup, ce week-end, dans les Emirats. Et à quelques heures du début de l’événement, Wannes Van Laer, l’un des trois Belges qui y prendra part avec Evi Van Acker et Emma Plasschaert, est chaud bouillant dans les blocs de départ.

« Ce sera d’un niveau encore plus relevé que les Jeux, où il n’y a qu’un bateau par pays! », dit-il.

Il y a quelques mois d’ici, il n’aurait sans doute jamais osé rêver de ce rendez-vous. Mais après avoir décroché coup sur coup une place de quota pour les Jeux de Rio pour la Belgique en Laser, lors des Mondiaux de Santander, et une 4e place en Coupe du monde lors de la manche de Qingdao, en Chine, il a grimpé au 20e rang du ranking mondial et a ainsi décroché son billet pour Abou Dhabi.

« Jusqu’aux Jeux de Londres, il m’arrivait de faire de bons résultats de temps en temps, reconnaît-il. Mais depuis les JO, je suis devenu plus régulier et une valeur sûre dans les “gold fleet” » (les régates réservées aux meilleurs skippers).

A 29 ans, Wannes Van Laer est lentement mais sûrement en train de percer au plus haut niveau après avoir connu un parcours atypique. Longtemps considéré comme un espoir en Flandre, il s’était vu couper les vivres peu de temps avant les Jeux de Londres, faute de résultats et de moyens dans sa fédération d’origine, qui avait préféré miser sur d’autres skippers que lui. La Fédération francophone de yachting lui avait alors fort opportunément ouvert les bras pour lui consacrer l’essentiel de son budget « haut niveau ». Sans cela, vu les coûts engendrés par son sport, il aurait sans doute dû ranger sa voile… ou sérieusement la rabaisser.

Aujourd’hui, il est toujours considéré comme athlète d’élite par la Fédération Wallonie-Bruxelles, à qui il doit sa survie sportive, et ce financement « sudiste » n’est pas aussi incongru que cela quand on sait que s’il est né à Ostende, d’un père flamand, il a par ailleurs une mère wallonne et il réside aujourd’hui à Laeken – « à peine une soixantaine de jours par an… » – après voir longtemps habité à Tournai.

« En fait, je suis d’un peu partout !, ajoute-t-il. Je suis très souvent à l’étranger, soit en compétition, soit à l’entraînement. Heureusement, je suis de plus en plus souvent invité chez certains de mes collègues, notamment chez l’Australien Tom Burton, le n° 1 mondial, à Sydney, avec lequel je m’entends fort bien. Sans cela, ce ne serait financièrement pas tenable. Pour l’instant, je me débrouille, sans plus. En voile, il faut avoir recours à quelques combines, être économe. »

Histoire de se serrer financièrement la ceinture, Wannes Van Laer « partage » aussi son coach, le Portugais Gonçalo Pereira de Carvalho, avec deux autre skippers, l’un espagnol et l’autre portugais. « Mais, ajoute-t-il, contrairement à ce qui s’était passé avant Londres, avec l’entraîneur turc que j’avais à l’époque, je suis désormais prioritaire quand nous nous retrouvons à trois sur les mêmes régates. »

Un petit "selfie" en compagnie de Kirsten Flipkens pour le skipper ostendais. Photo Belga

Un petit “selfie” en compagnie de Kirsten Flipkens pour le skipper ostendais. Photo Belga

Après une première expérience plutôt moyenne aux JO 2012, où il avait dû se contenter de la 34e place après avoir un peu « bâclé » sa préparation finale en voulant trop bien faire, Wannes Van Laer a entamé l’olympiade 2013-2016 avec d’autres ambitions et un « suivi » bien plus serré, organisé par le préparateur physique Grégoire Litt, de l’ASBL Promosport, qui avait été sollicité, dès la fin 2012 par le regretté Guy Namurois, qui dirigeait, à l’époque, la cellule « haut niveau » de l’Adeps.

« Quand j’ai commencé à travailler avec Wannes, je n’y connaissais rien à la voile, avoue Litt. Mais je savais, en revanche, qu’il ne pouvait plus arriver aux Jeux en étant 40e mondial. Avec les gens avec lesquels je bosse, avec un bagage scientifique et technique, on l’a « éduqué » pendant un an en lui concoctant un programme de conditionnement physique adapté. Cela lui a permis de resserrer ses résultats et de progresser. Il est top 20 en 2014. L’objectif suivant, c’est qu’il soit top 15 en 2015 et top 10 en 2016, parce que c’est quand tu arrives à ce niveau que tu peux espérer te battre pour la première place. »

Un niveau qu’il devra maintenir voire élever pour ne pas se faire « chauffer » la place olympique (non nominative) qu’il a gagnée à Santander par un autre Belge. Le jeune Sam Vandormael, l’une des jeunes pousses du nord du pays, qui l’a devancé lors des derniers championnats de Belgique open, est bien décidé à lui mener la vie dure d’ici là.

« Mais je ne me laisserai pas faire ! », conclut Wannes Van Laer.

Cette entrée a été publiée dans Voile, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>