Claire Michel, le triathlon quatre à quatre

A Lanzarote, lors du stage mis sur pied par le COIB, Claire Michel a multiplié les sorties en natation. Photo PhotoNews.

A Lanzarote, lors du stage mis sur pied par le COIB, Claire Michel a multiplié les sorties en natation. Photo PhotoNews.

Maîtriser un sport en moins de deux ans, jusqu’à se poser, à mi-olympiade, en candidate avérée aux JO: certains en rêvent, Claire Michel, l’a fait! A 26 ans, cette (relative) nouvelle venue dans le paysage sportif noir-jaune-rouge, élue récemment «triathlète belge de l’année», pointe, en effet, à la 33e place au ranking mondial de triathlon et se dirige lentement mais sûrement vers Rio. Avec passion.

Dire qu’elle a tout découvert de sa nouvelle discipline quand elle s’y est lancée, en 2012 est, en fait, un peu exagéré. Il n’y a vraiment que sa partie «cyclisme» qu’elle a dû apprendre à maîtriser à l’époque; en natation et en course à pied, elle avait déjà largement fait ses preuves aux Etats-Unis, le pays où elle a grandi, tant au lycée qu’à l’université.

«Je suis née à Bruxelles de parents d’origine liégeoise mais j’ai vécu en Oregon dès l’âge de 1 an et jusqu’à mes 23 ans, dit-elle. Mon père, qui travaille pour une société qui fabrique des chaînes de tronçonneuse, y avait été envoyé pour son boulot. Toute la famille a suivi. Et y est resté.»

Pour Claire Michel, c’est le début d’une grande aventure. A Portland, son premier «chez elle», elle embrasse goulûment le système scolaire à l’américaine où, à côté des cours, le sport n’est pas qu’un pis-aller. «J’ai commencé par faire de la danse, puis du football, du tennis, du basket et de la gymnastique, raconte-t-elle avec un enthousiasme débordant. Je voulais tout faire, tout essayer! Mais je me suis rapidement rendu compte que j’étais plutôt une athlète endurante que rapide ou technique. J’avais quelques problèmes de coordination!»

Colette Crabbé, la mère de Claire Michel, a représenté la Belgique aux Jeux de Montréal, en 1976. Photo Le Soir.

Colette Crabbé, la mère de Claire Michel, a représenté la Belgique aux Jeux de Montréal, en 1976. Photo Le Soir.

La natation se présente à elle de manière complètement inattendue. «Un jour, en fouillant dans le garage, j’ai découvert des coupures de presse qui parlaient de ma maman, Colette Crabbé. Elle m’a expliqué qu’elle avait représenté la Belgique aux Jeux de Montréal, en 1976, en natation, sur 200 m brasse et 400 m 4 nages; j’avais 10 ou 11 ans et, jusque-là, parce qu’elle est vraiment trop modeste, elle ne m’avait jamais rien dit!» Du coup, elle a, elle aussi, envie de plonger dans l’eau à l’entrée de l’adolescence. «J’ai rejoint un club du coin avant de nager en compétition pour mon high school»

Comme si cela ne lui suffit pas, à 17 ans, elle se laisse embarquer dans l’équipe d’athlétisme de son école «parce que tous mes amis en faisaient». Elle commence, en hiver, par le cross-country. Lors de sa première course, elle s’inquiète parce qu’elle ne connaît pas le parcours; on lui conseille de simplement suivre le groupe. «Le problème, c’est que je me suis vite retrouvée en tête!», s’esclaffe-t-elle. Sur la piste, tout est plus simple. Il lui suffit de tourner en rond et de franchir les obstacles et la rivière sur ce 3.000 m steeple qu’elle parvient à rapidement maîtriser. Tellement bien qu’elle obtient une bourse d’études à l’Université d’Oregon, à Eugene, où, à côté de ses diplômes en commerce international et langues romanes, elle s’offre une 8e place lors des championnats NCAA, en 2011. Une place de «finaliste» qui lui vaut d’être considérée comme une «All American», suprême honneur pour les sportifs universitaires outre-Atlantique.

«A l’époque, je n’étais pas loin des critères belges en steeple pour aller aux JO de Londres, raconte-t-elle. J’ai mis les bouchées doubles pour essayer. Et je me suis occasionné une double fracture de fatigue…»

Ce coup du sort la refroidit un peu. D’autant que, revenue en Belgique pour y travailler à la chambre de commerce américaine à Bruxelles et pour y entamer un post-master en «Innovations et Stratégies Managériales» à Solvay (qu’elle a bouclé avec grande distinction en juillet dernier), son temps libre est compté. «J’avais mis le sport de côté. Avant de me dire que je n’étais peut-être pas arrivée au maximum de mes possibilités. Du coup, en 2012, j’ai décidé de me mettre au triathlon, en rejoignant le Brussels Triathlon Club (BTC).»

Elle se souvient avec émotion de sa première compétition à Huy, fin 2012, «où je m’étais présentée au départ avec une combi de surf, parsemée de petites fleurs roses!» Malgré son inexpérience en cyclisme – épreuve pour laquelle on lui a prêté un vélo – elle réussit un des meilleurs temps, hommes et femmes confondus, performance qu’elle réitère quelques semaines plus tard aux championnats de Belgique.

«C’est là que Daniel Hartkopf, le directeur technique adjoint de la Ligue francophone est venu me trouver et m’a demandé si je ne souhaitais pas m’y mettre sérieusement. Je me suis dit: Pourquoi pas?»

Bénéficiant désormais d’un statut d’athlète de haut niveau pour sa fédération (mais toujours en attente d’un contrat Adeps…), Claire Michel avoue qu’elle en a bavé dans les premiers mois quand il a lui a fallu combiner les entraînements et ses études. «A certains moments, c’était trop. Il m’arrivait d’avoir des crises d’hyperventilation.» Apprendre un nouveau sport lui a aussi demandé de la patience. «Je suis partie de zéro. Je ne savais pas ce que c’était que de nager en eau libre, d’effectuer une transition ou de finir une course à pied.» Mais, elle l’affirme haut et fort avec un enthousiasme communicatif, elle ne regrette rien. «Je suis même très contente de mon choix; j’ai trouvé ma niche!»

Vaincre ses peurs à vélo sera l'une des priorités de Claire Michel dans les prochains mois. Photo PhotoNews.

Vaincre ses peurs à vélo sera l’une des priorités de Claire Michel dans les prochains mois. Photo PhotoNews.

Si elle continue à avoir un peu peur à vélo, surtout quand elle doit rouler en peloton, une réminiscence des cinq chutes survenues lors de ses deux premiers mois de pratique, elle essaie de se soigner, en allant notamment rouler régulièrement avec des amis sur le circuit de Zolder pour mieux appréhender la course en groupe et en effectuant des sorties en VTT en hiver. «Je sais que si j’arrive à vaincre cette peur et que je m’améliore techniquement, je peux gagner beaucoup de temps dans cette partie de mon épreuve.» Dans les deux autres disciplines du «tri», elle est nettement plus à l’aise. Affiliée au CNSW, à Woluwe Saint-Pierre, elle a encore pris part, sur 800 m, aux derniers championnats de Belgique de natation en petit bassin. Et, en athlétisme, sous les couleurs du FC Liégeois, elle espère pouvoir disputer l’une ou l’autre manche de la Crosscup cet hiver.

Au-delà du plaisir qu’elle ressent, le défi qu’elle s’est fixé n’est pas mince: arriver aux Jeux olympiques en trois ans. Ses yeux pétillent quand en elle en parle. Quand elle était étudiante à Eugene, elle a eu l’occasion de fréquenter quelques «pointures» qui ont pu lui parler de leur expérience des cinq anneaux à Londres, comme les coureurs américains Galen Rupp (2e du 10.000 m) et Matthew Centrowitz (4e du 1.500 m) ou «le» couple des épreuves combinées constitué du décathlonien américain Ashton Eaton (champion olympique en titre) et de l’heptathlonienne canadienne Brianne Theisen (10e), «de vrais amis avec lesquels j’ai partagé une maison quand nous étions étudiants avant d’avoir l’honneur d’être le témoin de mariage!»

Claire Michel, qui a fini cette année 3e de la manche de Chengdu (Chine) et 6e de celle de Yokohama (Japon) en Coupe du monde, est également émue quand elle repense à son premier «grand» podium, aux championnats du monde d’aquathlon (800 m de natation, 5 km de course à pied) en 2013, où elle avait terminé 2e. «J’avais opté pour cette épreuve parce que je n’étais pas encore suffisamment expérimentée à vélo à l’époque, justifie-t-elle. Quand je suis montée sur le podium et que j’ai vu le drapeau belge, j’ai ressenti une immense fierté. Et j’ai développé une profonde envie de remettre ça en 2016, à Rio»

Une envie qu’il ne reste plus qu’à transformer en obsession.

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Une réponse à Claire Michel, le triathlon quatre à quatre

  1. Yves Haerden dit :

    Très bel article. Les autres portraits aussi d’ailleurs. Très agréables à lire.

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