Pour le CIO, le plus dur va commencer

Thomas Bach, le président du CIO, a mené la première journée de la session de Monaco au pas de charge et avec réussite. Photo EPA.

Thomas Bach, le président du CIO, a mené la première journée de la session de Monaco au pas de charge et avec réussite. Photo EPA.

C’était, il faut le dire, cousu de fil blanc et seule la vitesse à laquelle tout s’est déroulé a surpris. En une journée menée tambour battant, Thomas Bach, le président du CIO, a réussi à faire voter à l’unanimité, une à une et chaque fois à main levée, les 40 résolutions de son Agenda 2020 par les membres de la vénérable institution, ce lundi, lors de la session de Monaco. « A force d’avoir tant dû voter oui, mon bras me fait mal! », a même ironisé Richard Peterkin, de la petite île de Sainte-Lucie, dans les Antilles.

Certains ont comparé la façon magistrale d’agir de l’Allemand à celle qu’adoptait feu Juan Antonio Samaranch lorsqu’il dirigeait le CIO. L’homme, de toute évidence, assume avec un certain aplomb les responsabilités de sa tâche. L’affaire avait été visiblement bien préparée en amont et il n’y a pas eu de fausse note malgré 83 interventions de l’assistance. C’est – déjà – un bon point.

Bach a obtenu ce qu’il souhaitait. Avec le vote de ce lundi, le CIO devrait entrer dans une nouvelle ère, et les Jeux olympiques avec lui. Parmi les principales mesures qui ont été adoptées par rapport à ceux-ci, citons l’assouplissement du processus de candidature des villes requérantes, ce qui devrait réduire le coût astronomique des campagnes de promotion, et une nouvelle approche du programme des Jeux axée plutôt sur des disciplines que sur des sports, ce qui, malgré le maintien d’un maximum de 10.500 athlètes, devrait permettre une plus grande souplesse quant à l’augmentation du nombre de disciplines représentées. La création d’une chaîne de télévision olympique a également été adoptée. La « non-discrimination selon l’orientation sexuelle » a été ajoutée aux principes fondamentaux de l’olympisme. Et l’âge limite de 70 ans pour les membres du CIO entrés après 1999 a été maintenu, même s’il pourra être exceptionnellement prolongé d’un mandat de quatre ans en fonction des compétences ou des responsabilités.

Même Sepp Blatter, l’omnipotent président de la Fifa, qui aurait bien aimé que l’on supprime cette règle, a voté en sa faveur. « C’est ce que voulaient le CIO et la grande majorité de ses membres, alors j’ai levé la main, a-t-il expliqué. J’ai accepté parce que je joue en équipe. » Agé de 78 ans et toujours membre parce qu’il a été coopté juste avant les changements de règlement en 1999, il devra impérativement quitter le CIO en 2016, à 80 ans, et ce même s’il est réélu à la tête de la Fifa l’an prochain.

Maintenant que les mesures sont adoptées, il va falloir les appliquer et c’est là que le plus dur va peut-être commencer pour le président du CIO.

Il faudra d’abord éclairer les prochaines villes qui souhaitent accueillir les Jeux sur les limites de ce que certains appellent déjà la désormais possibilité d’une « candidature commune » avec une autre ville ou un autre pays. Cette règle a été adoptée pour faciliter certaines candidatures régionales dans le cas des Jeux d’hiver ou pour réduire les coûts et éviter la construction de ce que le monde du sport appelle des « éléphants blancs », c’est-à-dire des enceintes qui ne servent que pendant la durée des Jeux. Tout le monde a en mémoire les photos, révélées cet été, du stade de beach-volley, du bassin de canoë-kayak en eau vive et même de la piscine des derniers JO d’Athènes qui, dix ans après, sont complètement à l’abandon et dévorées par les mauvaises herbes… Pour que cela ne se reproduise plus, le CIO va encourager des constructions temporaires ou l’utilisation de stades existants avec, si nécessaire, le déplacement de certaines épreuves dans d’autres villes du pays requérant, voire dans un autre pays.

Cette dernière possibilité ne pourrait toutefois être adoptée que de manière homéopathique, pour des raisons d’économie, de durabilité et/ou de bon sens. La force des Jeux a toujours été son unicité de lieu et – tous les athlètes vous le diront – le fait que les sportifs soient réunis dans un village olympique commun, tous, ce qui garantit par ailleurs une vraie sécurité et rend les déplacements vers les lieux de compétition moins compliqués. Les disperser sur tout un territoire leur ferait perdre tout leur sel. Si l’on comprend l’Agenda 2020, il n’est, par exemple, pas question que les Jeux de Rio deviennent les Jeux du Brésil, ou les Jeux d’Amérique du Sud. En clair, dans le cas (très hypothétique !) d’une candidature de Bruxelles, les épreuves d’aviron pourraient avoir lieu sur le plan d’eau d’Hazewinkel plutôt que sur le canal, entre la place de l’Yser et le pont Van Praet. Mais pas question de les déplacer à Amsterdam !

La possibilité, pour les villes organisatrices, d’ajouter certains sports au programme pour autant que le nombre total d’athlètes (10.500 aux Jeux d’été, 2.900 aux Jeux d’hiver) soit maintenu pourrait, elle-aussi, poser certains problèmes. Quelle fédération internationale acceptera de « sacrifier » certains de ses athlètes pour laisser la place à d’autres provenant d’autres sports ? Si Tokyo 2020, comme on le subodore, veut réintégrer le baseball et le softball, qui sont très populaires au Japon, avec un nombre décent d’équipes dans son tournoi, ce sera au détriment de qui ?

Le triple saut (ici Jonathan Edwards, le recordman du monde) supprimé du programme des Jeux? Seb Coe a déjà dit non! Photo EPA.

Le triple saut (ici Jonathan Edwards, le recordman du monde) supprimé du programme des Jeux? Seb Coe a déjà dit non! Photo EPA.

Des pistes ont déjà été évoquées : réduire le nombre d’équipes dans certains sports collectifs (en faut-il 16 en football, dont les JO ne sont pas la compétition majeure ?), supprimer quelques épreuves dans des sports que l’on pensait intouchables comme l’athlétisme ou la natation, qui sont très gâtés, ou y diminuer leur nombre de participants en imposant des critères de sélection plus sévères…

Ce sera, en tout état de cause, une opération très délicate, qui risque de faire des dégâts. Lundi, lors de la session, le membre canadien Richard Pound, qui n’a pas l’habitude d’avoir sa langue en poche, a suggéré, que l’on supprime du programme des Jeux la natation synchronisée et, en athlétisme, la marche et le triple saut. Dans la foulée, Sebastian Coe, candidat déclaré à la présidence de la Fédération internationale d’athlétisme et… compatriote de Jonathan Edwards, le recordman du monde, a répliqué que le triple saut était « sacro-saint » et a suggéré que Pound s’occupe de son sport (la natation)…

Comme quoi, si Thomas Bach a bel et bien remporté un beau succès, il n’est pas encore tout à fait au bout de ses peines !

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