Arnaud Ghislain, revoir Pékin au dessus d’une haie

Arnaud Ghislain refait surface. Il s'est mis en tête d'aller aux Jeux de Rio sur 400 m haies. Photo Belga.

Arnaud Ghislain refait surface. Il s’est mis en tête d’aller aux Jeux de Rio sur 400 m haies. Photo Belga.

Le monde de l’athlétisme s’apprête, cet été, à retourner à Pékin, théâtre des Mondiaux 2015, et la perspective de revoir le superbe Nid d’oiseau, sept ans après les Jeux, en fait saliver plus d’un. Comme Arnaud Ghislain, par exemple, qui se verrait bien fouler à nouveau la piste chinoise. Peu de gens s’en souviennent mais, à côté des frères Borlée, qui ont le même âge que lui, et de Cédric Van Branteghem, c’est le Hennuyer qui faisait partie du relais 4 x 400 m belge qui avait terminé à une remarquable et inattendue 5e place aux JO 2008 ; un résultat agrémenté d’un record national (2.59.37) qui tient toujours la route aujourd’hui, ce que peu avaient sans doute imaginé.

Depuis ce moment de grâce, sa carrière a pourtant connu plus de bas que de hauts. « Je n’ai pas le talent de Kevin et Jonathan, admet-il humblement. J’aurais sans doute pu descendre sous les 46 secondes sur 400 m (son record personnel est fixé depuis 2010 à 46.43), peut-être autour des 45.80, mais j’aurais ensuite été inévitablement barré par d’autres… »

L’athlète de l’Excelsior, âgé de 26 ans, a, il faut le dire, connu sa part de malchance sous la forme de blessures à répétition au fil des saisons. Un syndrome des loges en 2009, une déchirure du quadriceps en 2011, une inflammation du tendon d’Achille en 2012 – qui l’a finalement privé des Jeux de Londres où il était pourtant sélectionné comme deuxième réserviste du 4 x 400 m. Autant de contrecoups qui ont logiquement fini par avoir raison du contrat d’élite qu’il avait avec la Fédération Wallonie-Bruxelles.

« En 2012, j’ai vraiment commis une erreur, admet-il. Quand les premières douleurs aux tendons sont apparues, au lieu de prendre du repos et de me soigner, j’ai continué à courir par peur de perdre ma place dans le groupe du 4 x 400 m. Quand les Jeux sont arrivés, je n’avais toujours pas récupéré et malgré ma sélection, j’ai été obligé de rester à la maison et de regarder les courses à la télé… C’est d’autant plus râlant que, vu ce qui s’est passé à Londres (NDLR : la blessure de Jente Bouckaert et le coup de moins bien de Nils Duerinck en séries), j’aurais couru à coup sûr. Alors, on m’a supprimé mon contrat ; en revanche, j’ai dû continuer, pendant un an, à remplir mes “whereabouts”… »

Pendant deux ans, en 2013 et 2014, Arnaud Ghislain s’est un peu cherché. Il est passé du 400 au 800 m (en offrant souvent, sur cette distance, ses services en tant que lièvre) avant de s’essayer sur 400 m haies. On avait un peu l’impression qu’il ne savait plus très bien sur quel pied danser. Un comble quand, comme lui, on est podologue…

« Tout, pour moi, s’est joué l’été dernier, quand j’ai réussi un chrono de 50.17 sur 400 m haies en séries des championnats de Belgique, avoue-t-il. Cela m’a ouvert les yeux sur mes capacités dans cette épreuve. Et même si je n’ai pas réussi à me qualifier pour l’Euro de Zurich (pour 4 malheureux petits centièmes) cela m’a redonné confiance. J’avais dit à mon épouse que si je n’y arrivais pas, j’arrêterais l’athlétisme. Mais j’ai finalement mangé ma parole ! »

En 2008, Arnaud Ghislain (à dr.) avait forcé l'exploit avec Kevin Borlée, Cédric Van Branteghem et Jonathan Borlée (de g. à dr.) sur 4 x 400 m. Un souvenir inoubliable. Photo Belga.

En 2008, Arnaud Ghislain (à dr.) avait forcé l’exploit avec Kevin Borlée, Cédric Van Branteghem et Jonathan Borlée (de g. à dr.) sur 4 x 400 m. Un souvenir inoubliable. Photo Belga.

Le chrono qu’il a réussi l’été dernier l’a, en effet, replacé en ordre utile pour faire partie des 16 athlètes de haut niveau recensés par la Ligue francophone (LBFA). Du coup, s’il n’a toujours pas récupéré son contrat, il bénéficie au moins d’une bourse dite « de fonctionnement » qui l’aide, notamment, à financer ses stages. Et il clairement placé Rio au sommet de sa liste d’objectifs.

Son boulot l’oblige évidemment à jouer les équilibristes. « Je m’entraîne 6 fois par semaine et il faut pouvoir gérer ça entre mes consultations et le reste de mon travail. Généralement, je suis sur la piste le matin et j’arrive à gérer. »

Pour aller aux Mondiaux, cet été, il sait qu’il va devoir sortir le grand jeu. Le temps limite à été fixé à 49.50, 67 centièmes sous son meilleur chrono, ce qui n’est pas rien. Du coup, à côté de son entraîneur « historique », Alain Carpentier, il a décidé de faire appel à Juan Da Silva, coach spécialiste des haies, et sollicite parfois Marc Dollendorf, le toujours recordman de Belgique, qui entraîne un hurdler luxembourgeois avec lequel il collabore lors de week-ends au Grand-Duché.

« Je veux d’abord descendre à tout prix sous les 50 secondes, dit Arnaud Ghislain. Les 49.50, on y pensera après, mais c’est un chrono que je me suis également résolument fixé. »

Et pourquoi, finalement, ne pas rêver d’un retour sur 4 x 400 m par cette voie détournée? A l’Euro de Zurich, aux côtés de Kevin Borlée et de Julien Watrin, les deux autres places n’étaient-elles pas occupées par Michael Bultheel et Stef Vanhaeren, deux spécialistes du 400 m haies ?

« C’est ce que je me suis dit en blaguant… Ce serait sympa, mais, franchement, ce n’est pas l’objectif. »

Pas encore…

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