Pourquoi les résultats des judokas belges francophones valent le détour

Cédric Taymans, un directeur technique comme il y en a peu... Photo Pierre-Yves Thienpont/Le Soir.

Cédric Taymans, un directeur technique comme il y en a peu… Photo Pierre-Yves Thienpont/Le Soir.

Neuf médailles internationales (1) depuis le début de l’année alors que le mois de février n’est pas encore terminé (et on aurait pu ajouter les deux conquises à l’Open de Visé, un tournoi qui ne fait pas partie du circuit de la Fédération internationale et ne rapporte donc pas de points) : pour ceux qui en doutaient encore, le judo belge – et francophone, en particulier – a bel et bien retrouvé une santé florissante. Le triomphe, ce week-end, au très relevé Grand Prix de Dusseldorf, de Joachim Bottieau (moins de 81 kg) et de Charline Van Snick (moins de 48 kg), sans doute le succès le plus significatif de leur carrière, n’a fait que le confirmer.

Le Hennuyer et la Liégeoise ont accompli un parcours titanesque pour décrocher l’or dans un tournoi qui pouvait s’assimiler à un mini-championnat du monde au vu de la liste des engagés. Au cours d’une journée longue et harassante, tant physiquement que nerveusement, tous les deux ont battu, en cours de route, le (la) n°1 mondial(e) et le (la) champion(ne) du monde en titre de leur catégorie respective pour y arriver. On ne leur a vraiment pas déroulé le tapis rouge et leur succès n’en est que plus remarquable !

Il l’est d’autant plus qu’il intervient à l’heure d’une mondialisation et d’un alourdissement du calendrier accrus du plus important des arts martiaux. A l’implosion de l’URSS, qui a multiplié les nations phares et les adversaires durant les années 90, se sont ajoutées, au cours de la dernière décennie, la possibilité offerte à un pays d’aligner désormais deux judokas par catégorie (sauf aux Jeux olympiques) et la création d’un véritable circuit international pour occuper l’espace médiatique, avec la création et la multiplication de tournois rapportant des points pour alimenter un ranking mondial. Y occuper une bonne place est vital pour bénéficier d’un statut de tête de série, ce qui, dans un sport aussi éprouvant, est un avantage non négligeable. Du coup, les judokas se dispersent sur beaucoup plus de fronts pour les emmagasiner, avec les risques de blessure que ceci génère.

« A l’époque où j’étais judoka sur le circuit (NDLR : de 1996 à 2006), raconte Cédric Taymans, le directeur technique francophone, je disputais 6 ou 7 compétitions par an ; aujourd’hui, nos élites en font le double ! »

La planification des calendriers individuels a, dès lors, pris de plus en plus d’importance. Où faut-il aller pour tenter de ramasser le plus de points ou pour éviter les gros bras ? Quel tournoi vaut-il mieux laisser tomber pour mieux préparer le suivant ? Et la préparation physique est devenue, bien plus qu’avant, une opération de « fine tuning » dans laquelle il vaut mieux ne pas trop se tromper. Car les adversaires sont de plus en plus affûtés.

« Dans les tournois, il n’y a pratiquement plus de premier tour facile, comme c’était le cas il y a dix ou vingt ans, ajoute Taymans. Je ne vois plus que des super-athlètes, chez les hommes comme chez les femmes, de la plus légère à la plus lourde des catégories. »

A ce petit jeu de la préparation efficace, la Fédération francophone de judo peut être considérée comme exemplaire. Avec Cédric Taymans à sa tête, sa direction technique et sportive composée d’une douzaine de personnes, n’a jamais semblé aussi cohérente et compétente. Chacun y est à sa place et personne ne tire la couverture à lui. L’ex-double médaillé mondial, dont l’expertise n’a d’égale que la modestie, a réussi à créer un véritable esprit de corps avec un « commando » qui semble prêt à aller au feu pour lui. Et l’inverse est également vrai.

Sa politique sportive est basée en grande partie sur les concentrations d’élite, par le biais d’entraînements ou de stages. On travaille mieux ensemble que seul dans son coin, même si des adaptations sont toujours possibles, comme c’est le cas avec Charline Van Snick, qui vit et s’entraîne dans la région parisienne.

Comme tous ses collègues européens, Taymans va devoir d’urgence revoir son programme pour les semaines à venir. Le « transfert » des championnats d’Europe de Glasgow, où ils étaient initialement prévus du 9 au 12 avril, vers Bakou, où ils feront partie des Jeux européens, du 25 au 28 juin, va poser de gros problèmes de préparation et va obliger à repenser le calendrier des compétitions préparatoires. En clair, cette décision qui apparaît comme éminemment politique va obliger les judokas et leur entourage à faire des choix.

« Comme toujours, nous nous adapterons, précise, fataliste le DT francophone. Ce n’est pas pour rien que nous sommes des judokas ! »

(1) African Open Tunis : 3. Sami Chouchi (-73), 3. Ilse Heylen (-52), 3. Lola Mansour (-70). European Open Sofia: 2. Sami Chouchi (-73), 3. Dirk Van Tichelt (-73). European Open Rome: 2. Toma Nikiforov (-100). European Open Oberwart: 3. Lola Mansour (-70). Grand Prix Dusseldorf: 1. Joachim Bottieau (-81), 1. Charline Van Snick (-48).

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