Thomas Van der Plaetsen, le corps et la raison

Thomas Van der Plaetsen revient en pleine lumière. Cet été, il veut briller à l'Universiade et aux Mondiaux. Photo Belga.

Thomas Van der Plaetsen revient en pleine lumière. Cet été, il veut briller à l’Universiade et aux Mondiaux. Photo Belga.

En français, on dit « revers » ou « coup d’arrêt ». Mais c’est en anglais que ce mot prend toute sa saveur et sa signification : « setback ». Dis comme ça, ça fuse et ça claque. Ca se goûte et ça se comprend. Ca fait trembler les lèvres quand on le prononce. Ca fait presque ressentir la frustration. Et la douleur.

Un « setback », le décathlonien Thomas Van der Plaetsen en avait connu un sérieux en septembre dernier. Six mois après un hiver de feu, qui l’avait vu décrocher la médaille de bronze à l’heptathlon aux Mondiaux en salle de Sopot, en Pologne, et quelques semaines après un été qui n’avait pas confirmé cette embellie sans que l’on sache trop pourquoi, le jeune (22 ans à l’époque) et prometteur athlète de Deinze avait été mis KO debout par le verdict d’un contrôle antidopage inopiné qui s’était révélé positif à l’hormone HCG. Avait vacillé suite à une fuite venue vraisemblablement de l’Agence flamande antidopage, instigatrice du contrôle, qui avait rapidement inondé les médias. Était tombé à terre en apprenant que ce résultat était la conséquence d’un cancer aux testicules. Tout ça en moins de deux jours.

Ce vendredi, lors d’un bref retour au pays entre deux stages de préparation en Afrique du Sud, il est revenu sur cette période trouble. D’abord sur ce moment, où, l’espace de quelques heures, il a été associé au dopage, pensant que son image serait salie à jamais. « Je me souviens du stigmate que j’ai ressenti, même pendant quelque temps, après avoir été faussement accusé. Quand la vérité a éclaté, il a rapidement disparu, mais je sais qu’il y a d’autres athlètes innocents qui n’ont pas cette chance et qui vivent avec ça toute leur vie… »

Il a parlé de ses appréhensions à l’heure de la première séance de chimiothérapie, « quand on se dit que l’on va entrer en enfer ». De son angoisse à l’heure de régler son réveil, la veille, pour être sûr d’arriver à temps à l’hôpital, « moi qui, d’habitude, ne le faisait qu’avant de partir en stage ou à l’entraînement », pour « un voyage auquel on ne peut plus échapper.» De la chute et de la repousse de ses cheveux, les vrais signes extérieurs de la maladie et de la guérison, « une grande étape ».

Aujourd’hui, il se dit guéri. Plus rapidement qu’initialement prévu par les médecins. Les derniers contrôles effectués pour vérifier les marqueurs de la tumeur et l’état des poumons sont « clean ». Il devra passer un nouvel examen approfondi en juin et puis d’autres dans les mois et les années à venir, mais le plus dur est derrière lui. Une vraie bonne nouvelle même si, pour lui « ça reste bizarre ». « Même si je me sens bien, il m’arrive encore de me dire : “Et si jamais…” »

Aux Mondiaux en salle de Sopot, en mars 2014, "TVDP" avait conquis une médaille de bronze à l'heptathlon. Photo Belga.

Aux Mondiaux en salle de Sopot, en mars 2014, “TVDP” avait conquis une médaille de bronze à l’heptathlon. Photo Belga.

Thomas Van der Plaetsen a repris un cycle d’entraînement presque normal. Son corps, qui l’avait laissé tomber, fonctionne à nouveau comme avant. Il a forcément du retard par rapport aux saisons « normales » mais espère être opérationnel cet été, à l’Universiade puis aux Mondiaux, une étape fondamentale dans sa quête olympique de 2016, où il compte bien être à Rio après avoir loupé Londres, à cause d’une blessure, il y a trois ans.

« Je n’ai jamais ressenti de sentiment d’injustice, affirme-t-il quand on lui demande si ce coup du sort, venu après d’autres, sportifs et familiaux, ne l’a pas tétanisé. Je n’ai pas de réponse à ce “Pourquoi moi ?”. J’ai accepté la situation. Je me dis que c’est une expérience de plus qui peut faire de moi un meilleur athlète. Je prends et j’apprends. »

Il n’est évidemment ni le premier ni le dernier à avoir souffert d’un cancer et à s’en être sorti. D’autres, avant lui, se sont exprimés sur le sujet, ont écrit des livres, donné des conférences et subjugué par leurs facultés de résilience. S’il parle « sans honte » de son expérience, c’est aussi avec l’espoir d’être pour les autres, « une source d’inspiration ». Et pour attirer l’attention sur cette maladie qui peut parfois être plus facilement guérie quand elle est détectée à temps.

« Quand je vois que (l’athlète de demi-fond verviétois) Tarik Moukrime s’est immédiatement rendu chez son médecin après avoir ressenti une gêne lors du stage de Lanzarote parce qu’il y avait évoqué mon cas avec d’autres athlètes et que ça l’avait perturbé, je me dis que mon expérience a peut-être servi à quelque chose… »

Sûrement, même.

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