Et si l’Inde se lançait dans la course aux Jeux ?

Le hockey reste le sport indien le plus performant... mais très loin derrière le cricket. Photo Belgaimage

Le hockey reste le sport indien le plus performant… mais très loin derrière le cricket. Photo Belgaimage

Si le choix de la ville qui organisera les Jeux olympiques d’hiver 2022 se résumera à un duel entre Pékin et Almaty (Kazakstan), la course aux JO d’été 2024 s’annonce, elle, bien plus prometteuse et palpitante. A l’heure actuelle, on sait déjà que Rome, Boston, Hambourg et vraisemblablement Paris devraient être sur la ligne de départ le 15 septembre prochain, date limite du dépôt des soumissions. Mais d’autres candidatures surprises pourraient émerger d’ici là.

Parmi elles, il y a des chances que l’on retrouve une ville indienne, vraisemblablement la capitale New Delhi (même si Ahmadabad, la septième ville en importance a également été citée). Tout ça alors que la dernière expérience d’une grande compétition dans le pays, les Jeux du Commonwealth 2010 à Delhi, s’était soldée par un sacré fiasco avec des retards sur les chantiers, des soupçons de corruption et l’accueil de certaines délégations dans des conditions indignes d’une épreuve d’une telle importance.

La visite en Inde de Thomas Bach, le président du CIO, dans deux semaines devrait s’avérer déterminante dans cette optique. Il se chuchote que l’Allemand qui y rencontrera le président du comité national olympique Narayana Ramachandran (qui est également président de la Fédération internationale de squash) mais aussi – et surtout – le Premier ministre Narendra Modi, a l’intention de sérieusement les encourager à franchir le pas. Le CIO a évidemment intérêt à ce qu’un maximum de villes, si possible de plusieurs continents, se déclarent, histoire de prouver la vitalité du mouvement olympique ; mais dans le cas de l’Inde, la pression amicale de Bach sera aussi une manière de secouer le cocotier dans un pays qui, malgré sa taille, son réservoir humain (1,26 milliard d’habitants) et sa vigueur économique, reste de manière assez incompréhensible un nain dans le paysage sportif mondial.

C’est ainsi qu’alors qu’elle participe aux Jeux olympiques depuis 1900, la nation asiatique n’y a remporté que… 26 médailles (à titre de comparaison, la Belgique en a décroché 142). Sur les 9 médailles d’or gagnées, 8 l’ont été en hockey, mais son dernier titre olympique dans cette discipline date de 1980. Depuis, et même si on constate une embellie depuis quelques mois maintenant, elle a abandonné à d’autres nations sa suprématie ; l’arrivée des terrains synthétiques et le caractère de plus en plus physique du hockey ont eu raison d’elle.

Plusieurs arguments ont été avancés pour expliquer cette indigence sportive. Le premier serait d’ordre « culturel ». Sur son blog Onion Rings, la journaliste Sara Nosratian avance ainsi que « pendant longtemps, le sport n’a pas été une priorité pour cette démocratie en mouvement ». Sauf en cricket, le sport (non olympique) n°1 qui fait courir les foules, il y aurait, en Inde, « une exclusion culturelle du record et de la performance » appuyée par « la désinvolture et le désintérêt des pouvoirs publics » en la matière.

Cette désinvolture se traduit notamment par le mauvais état des infrastructures dans le pays, à l’exception de celles de cricket, sport complètement privatisé et géré par le BCCI (Board of Control for Cricket in India). Ajoutez à cela, comme le précise The Times of India, « une administration sportive vénale et des fédérations où règnent politisation, bureaucratie et népotisme » et vous avez toutes les conditions pour ne pas performer au plus haut niveau sportif.

Certes, des initiatives privées ont vu le jour pour soutenir financièrement les meilleurs éléments du pays. Créé en 2005, le « Mittal Champions Trust », initié par le magnat de l’acier Lakshmi Mittal, a aidé une quarantaine d’athlètes provenant de sept sports différents (athlétisme, badminton, boxe, natation, squash, tir et tir à l’arc) avec un budget annuel de 9 millions de dollars. Mais il a été dissous l’an dernier, les laissant tous sur le carreau.

Le Premier ministre indien Narendra Modi se laissera-t-il convaincre par le président du CIO Thomas Bach? Photo D.R.

Le Premier ministre indien Narendra Modi se laissera-t-il convaincre par le président du CIO Thomas Bach? Photo D.R.

Ce renoncement démontre la nécessité pour les pouvoirs publics de prendre les affaires en main. Ils sont nombreux à réclamer une vraie politique du sport dans le pays, à la fois pour permettre la détection et le développement de talents et, surtout, pour améliorer la santé publique. « Se concentrer sur cette problématique, en faire une vraie priorité, pourrait nous aider à encore grandir en tant que nation », lit-on également dans The Times of India.

Le Premier ministre Narendra Modi devrait être sensible à ces arguments. Dans une interview récente accordée au Figaro, il a déclaré vouloir faire de l’Inde « une nation moderne » et en « éliminer la pauvreté en une génération ».

A Thomas Bach de jouer maintenant.

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