Le 4 x 400 m, entre opportunités et circonstances

Dylan Borlée, Julien Watrin, Jonathan et Kevin Borlée (de g. à dr.), un début d'année en fanfare. Photo Photo News.

Dylan Borlée, Julien Watrin, Jonathan et Kevin Borlée (de g. à dr.), un début d’année en fanfare. Photo Photo News.

L’avantage avec l’athlétisme, c’est qu’en tant que sport de chiffres, il est facile d’y établir des analyses objectives. Prenez le 4 x 400 m par exemple. Dans cette épreuve, les données sont claires. Depuis les Mondiaux de Berlin, en 2009, un chrono équivalent à celui réussi par l’équipe belge, ce week-end, lors des Relais mondiaux aux Bahamas, c’est à-dire 2 min 59.33, a toujours – nous disons bien toujours – rapporté une médaille à la formation qui le réussissait. De l’argent en 2009 (3.00.53 pour la Grande-Bretagne), mais aussi aux Mondiaux de Daegu 2011 (2.59.87 pour l’Afrique du Sud) et aux Mondiaux de Moscou 2013 (2.59.88 pour la Jamaïque) et du bronze aux Jeux olympiques de Londres 2012 (2.59.40 pour Trinité-et-Tobago).

Cette donnée, Jacques Borlée a dû l’enregistrer dans un coin de sa tête en quittant Nassau. Si ses fils étaient déjà persuadés qu’une médaille aux championnats du monde et aux Jeux olympiques était possible avant même la compétition, le résultat qu’ils y ont forgé va sans nul doute décupler leur confiance. Ils sont aujourd’hui dans le bon – le très bon, même ! – et les Mondiaux de Pékin, à la fin du mois d’août, s’annoncent d’ores et déjà particulièrement appétissants à cet égard.

Mais le problème avec les statistiques, c’est qu’elles font fi de l’aspect humain et des circonstances et les frères Borlée sont bien placés pour le savoir. L’an dernier, sur base de chiffres collectés depuis des années, Roger Moens, le médaillé d’argent sur 800 m des JO de Rome 60, avait ainsi décrété que les meilleures années des « twins » étaient derrière eux. Que leur âge – 27 ans aujourd’hui – excluait toute chance future de breloque (individuelle) puisque celui moyen des médaillés était, ces dernières olympiades, tombé à 24 ans. Une certitude que ce géant de l’athlétisme belge, toujours bon pied bon œil à 85 ans, avait d’autant plus martelée que les chronos 2014 de Kevin (45.28) et Jonathan (45.37) Borlée avaient sérieusement plafonné.

On sait, sans qu’ils ne l’aient jamais exprimé ouvertement, que cette sentence a profondément heurté les jumeaux bruxellois. Parce que si les chiffres, crus, étaient incontestables, leurs chronos 2014 avaient été largement biaisés, sans doute en grande partie parce qu’ils n’ont jamais pu vraiment défendre valablement leurs chances en 2014. Jonathan a longtemps subi les séquelles d’une pneumonie atypique avant de s’occasionner une élongation à l’ischio à quelques minutes de la finale du 400 m de l’Euro de Zurich et Kevin a été handicapé pendant plusieurs semaines par une déchirure des ligaments du coude suite à une chute aux Bahamas, fin mai. Les circonstances…

Ces circonstances, ce week-end, aux Bahamas, ont, cette fois, tourné à leur avantage. Outre le fait qu’ils n’avaient pas dû courir en individuel juste avant et donc conservé toute leur énergie pour deux courses de relais, les Belges avaient préparé, on l’a dit, minutieusement ce rendez-vous, ils étaient encore mentalement sur la lancée de brillants championnats d’Europe en salle – où ils avaient décroché l’or et le record continental – et, surtout, ils étaient à quatre en pleine possession de leurs moyens, sans le moindre bobo. Dans un relais, si un être manque, l’équipe peut rapidement se retrouver dépeuplée. Car l’équilibre y est précaire. Le maintenir jusqu’au grand rendez-vous fixé au Nid d’oiseau ne sera pas la tâche la plus facile.

Dylan Borlée (à g.) et Julien Watrin, deux vraies valeurs ajoutées qui permettent aux "twins" de moins supporter le poids du relais. Photo Photo News.

Dylan Borlée (à g.) et Julien Watrin, deux vraies valeurs ajoutées qui permettent aux “twins” de moins supporter le poids du relais. Photo Photo News.

Ce qui nous amène à la qualité de l’équipe qui, en moins de deux mois, a déjà décroché deux médailles cette année. Avec ses jumeaux, Jacques Borlée avait déjà la crème depuis 2008 et leur premier grand championnat, aux JO de Pékin. Aujourd’hui, avec son cadet Dylan et Julien Watrin, il a peut-être définitivement trouvé leurs compléments idéaux, deux gamins de 22 ans (bientôt 23) non seulement rapides (ils sont respectivement 6e et 5e performers belges de tous les temps derrière les « twins, Cédric Van Branteghem et Fons Brydenbach) mais surtout à la mentalité irréprochable. Il a sans doute raison de dire qu’ensemble, et avec les réservistes, ils forment un vrai groupe.

L’émergence de Dylan Borlée et Julien Watrin n’apporte pas qu’une nouvelle fraîcheur à l’équipe belge. Leurs qualités intrinsèques, leur intelligence tactique et leur maturité permettent aussi à Kevin et Jonathan Borlée de ne plus devoir assumer seuls tout le poids des responsabilités sur et à côté de la piste, ce qui est un avantage non négligeable. Libérés, ils ont assumé à merveille, tant à Prague en mars qu’à Nassau il y a quelques jours. A titre d’exemple, avec 44.01, Kevin a réussi le troisième « split » de la finale derrière le Jamaïquain Francis et l’Américain McQuay (tous les deux 44.00), un chrono qui, avec départ arrêté, vaut environ 44.80.

L’ensemble du groupe est aujourd’hui persuadé que Nassau n’était que l’apéritif d’une saison qui sera forcément brillante puisqu’on n’en est qu’au mois de mai et qu’il y a encore pas mal de travail spécifique à effectuer. Les jumeaux Borlée ont été les premiers à dire que le chrono record de dimanche pourra encore être affiné, d’autant que les passages de témoin, assurent-ils, étaient plutôt moyens aux Bahamas.

Et puis, on se doute que Julien Watrin et Dylan Borlée, qui ont des chronos de référence respectifs sur 400 m de 45.64 et 45.80, ne vont pas en rester là. La bagarre qu’ils vont se livrer pour décrocher le 3e billet individuel pour les Mondiaux de Pékin (les « twins » sont encore loin devant pour les deux premiers) risque d’être passionnante.

Reste à espérer qu’elle ne laissera pas trop de traces. Les opportunités, en sport, se présentent rarement deux fois.

Cette entrée a été publiée dans Athlétisme, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>