Si Mohamed Ketbi , vice-champion du monde et toujours mineur !

Si Mohamed Ketbi, une carrière qui commence en fanfare! Photo D.R.

Si Mohamed Ketbi, une carrière qui commence en fanfare! Photo D.R.

Le taekwondo sera-t-il pour la délégation belge aux Jeux de Rio, l’an prochain, ce que le judo a été à ceux d’Atlanta en 1996, c’est-à-dire son plus gros pourvoyeur de médailles ? S’il reste encore quelques mois à attendre pour connaître la réponse à cette question, les indications enregistrées ces derniers jours aux Mondiaux de Chelyabinsk sont plutôt encourageantes. Ce lundi, Jaouad Achab a confirmé tout le bien que l’on pensait de lui puisque, un an après son titre européen (le seul remporté par un sportif belge dans un sport olympique en 2014), il a été sacré champion du monde dans la catégorie des moins de 63 kg, devenant le premier taekwondoka noir-jaune-rouge de l’histoire à réussir cet exploit. Et quatre jours plus tôt, dans la catégorie des moins de 58 kg, Si Mohamed Ketbi avait bien failli le devancer, ne s’inclinant qu’en finale ; une performance tout aussi remarquable quand on sait qu’il n’est âgé que de… 17 ans.

« Cela peut effectivement étonner le grand public, admet Eric Maréchal, le directeur technique de l’Association francophone de taekwondo (ABFT). Dans sa catégorie de poids, on arrive généralement à maturité vers 22-23 ans. Mais il y avait eu des signes avant-coureurs prouvant que Si Mohamed avait le niveau pour déjà revendiquer une médaille à Chelyabinsk. En 2013, il avait ainsi terminé 3e aux championnats d’Europe junior, l’an dernier, il avait aussi décroché le bronze aux Jeux olympiques de la jeunesse, à Nanjing, et, lors de son premier tournoi d’importance chez les seniors, en Allemagne, où il avait fini 2e, il avait battu le vice-champion du monde. Au cours de la saison 2014-2015, il s’était également hissé au 9e rang mondial de sa catégorie de poids. Cela dit, je dois reconnaître que c’est un athlète hors-norme ! »

La preuve ? Rien que cette année, avant les Mondiaux, celui qui fait partie du projet Be Gold qui encadre quelques-uns des plus grands espoirs du sport belge et qui est également soutenu par l’Adeps, était déjà monté neuf fois sur un podium au cours des onze tournois auxquels il avait participé. Un ratio étonnant qui avait gonflé sa confiance à l’hélium.

« J’étais parti à Chelyabinsk pour l’or, dit Si Mohamed Ketbi. Après les résultats que j’avais obtenus, je me sentais prêt. C’est pour ça que j’ai eu un petit moment de déception après ma défaite en finale (NDLR : contre Farzan Ashour Zadeh Fallah, surnommé « Le tsunami iranien ») où j’ai un peu manqué de lucidité en raison de la fatigue. Mais depuis, j’ai digéré. »

Né à Ixelles le 27 décembre 1997 de parents d’origine marocaine, aîné d’une famille de quatre – « J’ai trois petites sœurs » – vivant à Schaerbeek, « Simo », comme l’appellent ses potes à l’Institut de la Vierge Fidèle où il est en train de boucler sa rhéto, a découvert le taekwondo à l’âge de 9 ans au club Fung Sing Taekwondo. « Mon père en faisait et je l’ai suivi. C’est lui qui a été mon premier entraîneur. »

S’il a gagné en assurance au fil des ans, lui qui n’hésite pas à afficher aujourd’hui ses ambitions d’or européen, mondial et olympique, le Bruxellois reconnaît pourtant qu’il n’était « pas plus doué que ça » pour son sport au départ. « Je n’étais effectivement pas très fort, poursuit-il. Ce n’est qu’à partir des juniors que j’ai commencé à faire des résultats. Essentiellement grâce à l’intensité de mon travail. »

Avec son coach Leonard Gambluch (à g.), Si Mohamed Ketbi pose fièrement avec sa médaille d'argent conquise aux Mondiaux. Photo ABFT

Avec son coach Leonard Gambluch (à g.), Si Mohamed Ketbi pose fièrement avec sa médaille d’argent conquise aux Mondiaux. Photo ABFT

Le régime auquel qu’il s’astreint n’est pas mince, en effet. Le plus souvent sous la direction du coach fédéral, l’Argentin Leonardo Gambluch, il s’entraîne au centre fédéral de l’ABFT situé sur le campus de l’ULB « entre 3 et 4 heures par jour », sauf le dimanche, et est souvent à l’étranger en compétition. Tout ça en essayant de combiner avec ses études secondaires, parfois à l’aide d’un répétiteur, qu’il veut impérativement terminer le mois prochain. « Ce n’est pas facile tous les jours, mais j’assume… » Après ? « J’aimerais entrer à l’université pour entamer des études d’ingénieur industriel »

Avec sa gueule d’ange, Si Mohamed Ketbi possède un potentiel médiatique évident. Aux Mondiaux, il ne s’en est ainsi pas trop mal sorti quand il a fallu répondre aux questions en anglais de la journaliste travaillant pour la chaîne officielle de sa fédération internationale (WTF). « Je me débrouille pourtant moins bien en anglais qu’en néerlandais !, affirme-t-il. Il est vrai que dans mon école, depuis le début de mes humanités, j’ai des cours en immersion ». Mais il sait qu’il ne connaîtra jamais la gloire de ses « collègues » footballeurs. Et que celle-ci passera forcément par d’autres résultats de premier plan comme celui qu’il vient de réussir en Russie. Ce qui ne semble pas trop le tracasser.

« Nous avons une équipe très ambitieuse, précise-t-il. Même si on ne se voit pas trop parce qu’il est interne à la Topsportschool de la Fédération flamande, je m’entends très bien avec Jaouad (Achab), qui m’a un peu pris sous son aile et partage son expérience avec moi. Avec lui et les autres, on veut prouver que la Belgique n’est pas un si petit pays ! Nous aussi, on peut faire des résultats. Les deux médailles remportées aux Mondiaux, c’est du jamais vu dans l’histoire du taekwondo belge. Et c’est extrêmement motivant pour tous les jeunes qui pratiquent ce sport chez nous. »

Les deux compères, accompagnés par l’espoir Indra Craen, tenteront de remettre ça dans un mois lors de la première édition des Jeux européens, à Bakou, où ils iront à la pêche à d’autres points précieux en vue de la qualification pour Rio. En décembre, en effet, un premier « cut » sera effectué. Les 6 premiers des classements olympiques dans les différentes catégories de poids seront d’ores et déjà sûrs de leur place au Brésil.

« A Bakou, j’irai pour gagner ! », lance-t-il.

Les jeunes n’ont décidément plus peur de rien !

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4 réponses à Si Mohamed Ketbi , vice-champion du monde et toujours mineur !

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