Toma Nikiforov, « maître » en devenir

Toma Nikiforov (en blanc) poursuit sa longue marche vers les sommets dont il n'est plus très éloigné. Photo Carlos Ferreira.

Toma Nikiforov (en blanc) poursuit sa longue marche vers les sommets dont il n’est plus très éloigné. Photo Carlos Ferreira.

Il porte encore les stigmates de son exploit. Des ecchymoses aux quatre coins de son visage et une douleur persistante au flanc, témoins de la dureté des quatre combats effectués lors de son premier Masters, à Rabat, où il a raflé le bronze en moins de 100 kg. « J’ai l’habitude ! », sourit Toma Nikiforov, en croulant sous les félicitations de la grande famille du judo francophone, réunie à Louvain-la-Neuve pour la pose de la première pierre du futur dojo fédéral.

A 22 ans, le Schaerbeekois, qui se profile depuis plusieurs années comme l’un des grands espoirs du sport belge, vient de réussir le résultat le plus significatif de sa jeune carrière, mais cela ne semble pas trop l’affoler. « Je commence à réaliser mais le danger, ce serait de croire que c’est arrivé, dit-il. Ma médaille, je l’ai déjà rangée avec les autres. Il faut savourer le moment… mais pas trop longtemps. D’autres échéances ne vont pas tarder à arriver. »

Cette participation au Masters, épreuve créée en 2010 et qui réunit les 16 meilleurs de chaque catégorie de poids, il ne l’avait, en fait, pas vue venir. Alors qu’il souhaitait depuis longtemps y participer, il pensait que certains de ses résultats de l’année – une élimination précoce à Zagreb et une 5e place au GP de Samsun, notamment –, un peu en deçà de ceux obtenus en 2014, l’année de sa percée au plus haut niveau, ne lui permettraient pas d’avoir suffisamment de points pour y être invité.

« Quand j’ai vu que j’étais 17e au ranking au moment du lancement des invitations, je me suis dit que c’était raté. Et puis, il y a eu deux forfaits et j’ai été repêché. C’était un beau cadeau. Du coup, je suis parti là-bas dans l’idée de réaliser une grosse performance. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais plus en confiance que d’habitude. Et après avoir assisté au premier jour de compétition, je me suis dit que j’étais au paradis ! »

Le Masters, pourtant, est loin d’être le tournoi le plus facile à dompter. La qualité du plateau qui s’y produit oblige tout le monde à être prêt d’emblée, dès le premier combat. Pas question de tour de chauffe pour bien « rentrer » dans sa compétition, pas le temps de trop réfléchir à la manière de bien l’aborder. Comme Toma Nikiforov le dit très bien lui-même, « le seul moment facile au Masters, c’est l’échauffement ! »

Lors de la pose de la première pierre du futur dojo fédéral, ce lundi, René Collin, le ministre des Sports, a mis Toma Nikiforov au défi de décrocher l'or, l'an prochain, aux JO de Rio. Photo Carlos Ferreira.

Lors de la pose de la première pierre du futur dojo fédéral, ce lundi, René Collin, le ministre des Sports, a mis Toma Nikiforov au défi de décrocher l’or, l’an prochain, aux JO de Rio. Photo Carlos Ferreira.

De toute évidence, lui était très bien échauffé. Il a commencé par conjurer le sort en sortant le Français Maret, le n° 5 mondial, qu’il n’avait jamais battu lors de leurs trois précédentes confrontations et avec lequel il avoue avoir « une grosse rivalité », avant de se défaire de l’Egyptien Darwish, le n° 9. En demi-finale, contre le Tchèque Krpalek, le n° 1, une petite erreur au sol lui a été fatale. « Il m’a pris en immobilisation tout en m’étranglant et je suis tombé dans les pommes sans que l’arbitre ne le voit. Il a alors relâché l’étreinte, ce qui m’a permis de revenir à moi et de sortir à une seconde de l’ippon. Mais quand je me suis relevé, j’ai senti que j’étais un peu groggy et que je ne pourrais pas continuer comme ça… » Il y avait heureusement encore le combat pour la 3e place pour se remettre. Là, face au Suédois Pacek (IJF 11), alors qu’il était encore mené d’un yuko à 23 secondes de la fin, il a sorti son « spécial », une projection par l’arrière aussi risquée que spectaculaire (ura nage) qui lui a permis de triompher sur le fil. « Je sais qu’on m’a dit de ne plus trop l’utiliser mais là, c’était ma dernière chance ! »

Pour l’avoir saisie à pleines mains, Toma Nikiforov se retrouve aujourd’hui 12e mondial en moins de 100 kg. « Je ne m’attendais pas à monter si haut si vite », reconnaît-il après avoir réussi sans trop d’encombres la transition des juniors aux seniors, une étape généralement très délicate dans un sport de combat. Et ce nouveau classement en fera plus que jamais l’un des hommes à suivre, dans un mois, à l’Euro de Bakou, et à la fin août, aux Mondiaux d’Almaty.

« Ma 3e place à Rabat m’a apporté encore plus de confiance en moi et de crédibilité par rapport à mes adversaires, dit-il. C’est bien pour la Belgique et j’espère que cela va motiver les autres judokas à persévérer. A Bakou, j’irai clairement avec l’ambition de remporter une médaille, si possible d’or. Tout le monde se tient de près, cela se jouera sans doute à pas grand-chose. Et à Almaty, je partirai avec un gros esprit de revanche après m’être planté l’an dernier à cause d’une préparation perturbée par une blessure. »

Il sait aussi qu’il est loin d’être à son sommet et que la direction technique de la Fédération francophone sera toujours là pour le ramener sur terre en cas de besoin. Comme il le dit lui-même, « je dois encore progresser tactiquement, apprendre à mieux gérer mes combats. Ma manière de défendre… c’est l’attaque. Et dans ces moments-là, je m’épuise encore beaucoup trop. »

La pression de son nouveau statut ? Il n’y pense pas vraiment.

« J’ai toujours fait du judo pour m’amuser et, même si c’est désormais devenu un métier, que je peux exercer grâce au soutien de la Défense nationale, ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer. Cette médaille, c’est plus une source de motivation qu’autre chose ! »

Cette entrée a été publiée dans Judo, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Toma Nikiforov, « maître » en devenir

  1. Mr Wang dit :

    La façon dont il a retourné la situation face à Maret aux tout récents Mondiaux d’Astana alors que sa main gauche était en morceaux est un modèle du genre. Vraiment revenu de nulle part alors qu’il combattait à une main, il arrive à aligner un waza-hari et un ippon en 30 secondes dans la dernière minute du combat. Incroyable!

Répondre à Mr Wang Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>