Jean-Mi, on t’aime!

Jean-Michel Saive franchit le premier tour des Jeux européens: du bonheur à l'état pur. Photo Eric Lalmand/Belga.

Jean-Michel Saive franchit le premier tour des Jeux européens: du bonheur à l’état pur. Photo Eric Lalmand/Belga.

Regardez bien le document ci-dessus. Il représente tout ce que le sport ne devrait jamais cesser d’être. Un athlète qui a largement dépassé sa date « normale » de validité mais qui continue à se faire plaisir et à offrir du ravissement à ceux qui le suivent. Un homme de 45 ans à la mentalité de cadet, amoureux fou du jeu, jusqu’à être incapable de s’en priver. Un sportif increvable et que personne n’a envie de voir crever tant il rayonne quand il se retrouve dans son élément. Une table, un filet, une palette, une balle et un short remonté : c’est tout ce qu’il faut au bonheur de Jean-Michel Saive.

Mardi, à Bakou, lors de la première édition des Jeux européens, entre deux réunions auxquelles il doit s’astreindre en tant que président de la commission des athlètes des comités olympiques européens, « Jean-Mi » a connu l’une des plus belles émotions du crépuscule de sa carrière de pongiste. Après s’être battu comme un chien ces dernières semaines pour aller récolter les quelques points qui lui manquaient pour être sûr de pouvoir prendre part à cette compétition qui lui tenait forcément à cœur, il a troqué son costume de dirigeant pour celui de joueur de « ping » et est venu s’amuser avec le Russe Kirill Skachkov, un gamin de 27 ans, à qui il rendait près de 80 places au ranking mondial. Et celui qui doit être « le plus vieux joueur en simple messieurs du tournoi de tennis de table… mais sans doute aussi le plus relax » a contrôlé toute la rencontre avant de s’imposer relativement facilement sur le score de 4-1 (11-9, 10-12, 11-9, 11-8, 11-5).

« J’avais remarqué dès l’entame du match qu’il était assez stressé, a-t-il déclaré après être tombé dans les bras de son coach Martin Bratanov et être aller saluer tout la direction du COIB qui n’en croyait pas ses yeux. J’ai pu lui chiper le premier set et le faire douter. Dans le deuxième set, alors que je menais 7-2, je n’ai pas réussi à lui « casser la tête » et à faire le match devant. Heureusement, j’ai pu continuer. Au troisième set, c’est lui qui était devant et j’ai senti qu’il avait beaucoup de pression et j’ai continué à me battre jusqu’au bout avec beaucoup de plaisir et de volonté. C’est un miracle de me retrouver ici et du pur bonheur de pouvoir continuer encore un tour… ou plus. »

Plaisir, volonté, bonheur : en une déclaration d’après-match, Saive a résumé son état d’esprit et les mots qui vont avec. L’homme qui a toujours dit préférer « faire l’année de trop que l’année trop peu » sait qu’il ne peut plus être ce qu’il a été, dans le désordre n° 1 mondial d’un sport vraiment mondial, vice-champion du monde et champion d’Europe individuel, multiple vainqueur de la Ligue européenne avec son pays et de la Ligue des champions avec son club et on en oublie ; mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas continuer à (bien) taper la balle et à viser l’un ou l’autre exploit dès que l’occasion se présente. La preuve.

A 45 ans, Jean-Mi a encore de sacrés restes! Photo Eric Lalmand/Belga.

A 45 ans, Jean-Mi a encore de sacrés restes! Photo Eric Lalmand/Belga.

C’est d’autant plus vrai qu’il continue de rendre à son sport ce que celui-ci lui a donné, et ce avec une éthique qui l’honore. Moins de dix jours avant son exploit de Bakou, il était encore, avec son frère Philippe, dans une petite salle bruxelloise, dans le cadre des festivités d’un club plus que centenaire, pour venir illuminer les yeux de plusieurs centaines de spectateurs venus assister à son « show ping » et ceux d’une bonne dizaine de gamins sélectionnés pour taper la balle avec lui. Du beau prosélytisme dispensé dans une ambiance bon enfant qui a peut-être, qui sait ?, fait mouche auprès de certains. Le sport d’en haut qui vient tendre la main à celui d’en bas sans se prendre la tête. Juste pour le plaisir de le faire connaître et de le faire apprécier.

Alors, même s’il a déjà plus qu’entamé sa reconversion en décrochant plusieurs casquettes, que ce soit dans sa propre fédération (directeur technique), au COIB (administrateur et président de la commission des athlètes), aux Comités olympiques européens (président de la commission des athlètes) ou au cabinet du ministre des Sports René Collin, on se dit que Saive n’est finalement nulle part mieux qu’à la table. On veut qu’il continue de tirer sur la corde pour vivre sa passion, on rêve qu’il puisse disputer, à Rio, ses huitièmes Jeux consécutifs pour qu’il ajoute un autre record à son palmarès, et on n’a plus trop envie, en le voyant ainsi, de lui poser les sempiternelles questions liées à son âge et à son niveau, de lui demander pour la millième fois quand il va se résoudre à être raisonnable et arrêter.

Pourquoi, d’ailleurs, le ferait-on ? Jean-Mi, après tout, ne vole rien à personne. Ceux qui ont envie d’aller le chercher n’ont qu’à prendre leur palette et venir l’attaquer sur son terrain favori. Pas sûr qu’ils en sortiront indemnes.

« Tchô » !

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8 réponses à Jean-Mi, on t’aime!

  1. Jean-Marc dit :

    Comme je le dis souvent, tant qu’il s’amuse à la table, qu’il continue. Oui, il n’est plus dans les meilleurs mondiaux, mais si tous ceux qui ne sont pas 1er mondial dans leur discipline devaient arrêter, il n’y aurait plus beaucoup de sportifs dans le monde…

  2. Olivier dit :

    Un excellent article admirablement bien écrit .. Bravo ! Et c’est vrai qu’on l’aime Jean-Mi…

  3. Enfin une bonne bouffée d’oxygène !

  4. Arnaud dit :

    Merci de remettre un peu en lumière l’un des sportifs les plus admirables et les plus sympathiques du paysage belge!

    Un grand coup de chapeau à Jean-Mi pour toute sa carrière et sa forme actuelle!

  5. PICARD Dominique dit :

    Comme je l’ai déjà dit lors d’autres commentaires, Jean-Michel est un exemple auquel tous nos jeunes sportifs (filles et garçons) doivent s’imprégner , faire du sport pour le plaisir et le garder même en plus haut niveau. Il est sur qu’il faut de l’argent pour y arriver, mais si on a pas la foi, l’ardeur pour y arriver, l’argent ne servira à rien. Mais il y a aussi nos pauvres fédérations qui sont trop molles à aider nos jeunes, elles sont trop politisées trop égoïstes ,je dirais même trop vieilles, pas une âme suffisamment sportive…
    Un grand merci à toi JEAN-MICHEL pour ton grand esprit sportif que tu montre non seulement à nos jeunes mais aux jeunes du monde entier.

  6. Nicolay dit :

    Quel chemin accompli depuis la rue Branche Planchard! Ce petit ansois est devenu une icône comme Eddy Merckx. Sans le vélo mais avec la petite raquette.
    Que dire, il n’y a pas de mot juste au dictionnaire. Alors taisons nous et admirons.
    Ou il a commencé à jouer, moi c” était le patronage, pas le même sport!
    Continue Jean-Mi.

  7. Bonjour à tous,

    Le match de Jean-Michel face à Karlsson au deuxième tour des premiers Jeux Européens de Baku est disponible sur la Chaîne Youtube :

    https://www.youtube.com/c/TableTennisBelgiumTV

    Bon visionnage à tous !

  8. Cédric dit :

    Je ne commente que rarement un article mais là… tchôôôô !! La pensée du ping (et du “beau” monde du sport) est remarquablement résumée dans ces quelques lignes.

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