Le long chemin de Tarik Moukrime

Tarik Moukrime travaille à son retour à l'abri des regards indiscrets. Enfin, presque... Photo D.R.

Tarik Moukrime travaille à son retour à l’abri des regards indiscrets. Enfin, presque… Photo D.R.

Dimanche, il s’est fait un peu mal, mais c’était plus fort que lui. Lui qui affirme que « le plus dur, c’est de voir courir les autres » n’a pu résister à l’appel du Brussels Grand Prix, le meeting organisé au stade Roi-Baudouin. Réfugié tout en haut de la tribune principale, seul, la casquette vissée sur la tête comme s’il avait voulu la jouer incognito, Tarik Moukrime a tout observé. Puis, après avoir été saluer quelques-uns de ses potes, est reparti à Verviers. Deux-cent cinquante bornes pour s’offrir un plaisir masochiste. En fait, une paille par rapport à ce qu’il a déjà pris dans la figure depuis huit mois.

Après la découverte de son cancer des testicules, fin novembre 2014, et le traitement brutal qui a suivi pour l’éradiquer, le coureur de demi-fond dont on pensait la carrière lancée après sa 8e place sur 1.500 m à l’Euro de Zurich, est en train de remonter la pente. Lentement mais sûrement. Mais si physiquement, les progrès qu’il enregistre sont réels, sur le plan psychologique, en revanche, tout reste encore difficile.

« Cette maladie, explique-t-il, c’est un peu comme une bombe à retardement. Quand elle se déclare, on fait face, on l’affronte. Mais c’est après que c’est dur. Il faut que tout se remette en place, même psychologiquement. En fait, j’ai eu un sacré contrecoup quand j’ai réalisé ce qui s’était passé. Et j’ai eu un peu tendance à me renfermer sur moi-même.»

Musulman pratiquant, Tarik Moukrime affirme par ailleurs se sentir mal dans sa peau depuis que son oncologue lui a déconseillé de faire le ramadan, qui a débuté peu après la mi-juin. « Elle m’a dit que j’étais en période de rémission et qu’il valait mieux ne pas soumettre mon corps à trop de privations. Cela m’a fait réaliser que j’étais encore malade et relativement faible… »

Pourtant, depuis le début du mois de mai, il a résolument repris le chemin de l’entraînement. Celui-ci a débuté par une période de « réathlétisation » de six semaines mise sur pied par l’ancien coureur français José Marajo, qu’il était allé consulter à Paris. Des exercices de reconstruction de base nécessaires pour remettre la machine musculaire et cardio-vasculaire en marche après six mois d’arrêt pour lui qui, à l’époque, avait du mal à faire « un simple tape-fesses. »

Des exercices de base qui, parfois, s'assimilent à un calvaire. Photo D.R.

Des exercices de base qui, parfois, s’assimilent à un calvaire. Photo D.R.

« On a fait ça progressivement, raconte-t-il. Et ça s’est bien passé. Après huit semaines, j’ai dû faire un test à l’effort intense assez poussé pour voir où j’en étais et s’il n’y avait pas de risque d’aller au-delà de mes limites. Cela a été horrible ! J’ai senti l’acide lactique envahir mon corps. Une fois que ça s’est arrêté, je suis resté une demi-heure couché par terre pour récupérer. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on m’a dit que tous les feux étaient au vert pour une reprise « normale » de l’entraînement. »

Une reprise normale mais progressive, avec des sorties de plus en plus longues. Avec des jours « avec ». Et parfois des jours « sans ». De quoi inciter son entraîneur, Henri Salavarda, à ne pas trop forcer la dose. « Je lui ai dit qu’il était étonnamment gentil avec moi, s’amuse Moukrime. Il m’a répondu que je ne perdais rien pour attendre ! »

Tarik Moukrime l’avoue, il pensait que son retour aux affaires se ferait plus facilement. Et s’il affirme garder toute sa motivation, il reconnaît aussi que cette période estivale est un peu difficile à vivre. « Je vois les autres se battre pour les minimums ou partir en compétition à l’étranger ; c’est dur… »

Dans quelques jours, il partira, lui-aussi, sur les hauteurs de Font-Romeu pour un stage de quinze jours avant de repartir peu après la mi-août, pour plus d’un mois au Kenya. Il ne s’est fixé aucune limite de temps pour sa reprise sur les pistes.

« Tout ce que je sais, c’est que tant que je ne vaudrai pas 1 min 46 sur 800 m ou 3 min 36 sur 1.500 m, je ne sortirai pas, précise-t-il. Mon objectif, c’est de revenir au top niveau. »

Tarik Moukrime met la barre très haut. Ces temps, en effet, équivalent, à peu de choses près, à ses records personnels !

Cette entrée a été publiée dans Athlétisme, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Le long chemin de Tarik Moukrime

  1. dourcy dit :

    bravo mon garcon, une belle lecon de courage et de tenacite
    je te souhaite tout le bonheur du monde et l’epanouissement dans ton sport

  2. m schapira dit :

    lui et van der plaetsen les vrais heros du sport Belge, et pas les footballeurs milionnaires…..

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>