Elke Vanhoof, l’Europe du BMX à ses pieds

Aux Jeux européens de Bakou, Elke Vanhoof avait déjà terminé première lors du contre-la-montre destiné à attribuer les places sur la ligne de départ. Photo Belga.

Aux Jeux européens de Bakou, Elke Vanhoof avait déjà terminé première lors du contre-la-montre destiné à attribuer les places sur la ligne de départ. Photo Eric Lalmand/Belga.

Jusqu’il y a un peu moins de deux ans, quand on parlait de BMX en Belgique, on pensait invariablement à Arnaud Dubois. Avec son physique de bûcheron, son éternel sourire aux lèvres (malgré une succession de blessures à rendre jaloux le plus vicieux des masochistes…) et son parler « cash », l’homme de Theux était un ambassadeur de choix pour ce sport spectaculaire, surtout après avoir reçu l’ « onction olympique » à Londres, quatre ans après l’arrivée de sa discipline au programme des Jeux.

Depuis sa retraite, fin octobre 2013, le BMX noir-jaune-rouge se cherchait une nouvelle figure de proue. Il semble enfin l’avoir trouvée. Moins d’un mois après avoir pris part à la finale des Jeux européens de Bakou – et y avoir effectué une lourde chute, heureusement sans gravité –, la Campinoise Elke Vanhoof, avec son éternel dossard 91, a été sacrée championne d’Europe de la spécialité, ce dimanche, à Erp, aux Pays-Bas. Un premier titre « élite » et donc un résultat historique pour le petit gabarit de Dessel (1,63 m, 54 kg), qui tombe à point nommé à deux semaines des championnats du monde la spécialité qui se dérouleront à Zolder, du 21 au 25 juillet.

« Si j’avais dû choisir à l’avance entre les Jeux européens et les championnats d’Europe, j’aurais toujours opté pour cette deuxième compétition, dit-elle. Il y avait nettement plus de concurrence en Hollande qu’en Azerbaïdjan ! »

Pas de quoi l’effrayer, en tout cas, puisque après avoir remporté sa série et sa demi-finale, elle a d’emblée pris la tête dans la finale (à huit), d’où elle était partie à l’intérieur, pour ne plus la lâcher. « En général, c’est dans les premiers instants que tout se joue. Il faut absolument tenter de tout de suite prendre la tête pour ne pas se laisser enfermer. Etre devant d’emblée est primordial »

A 23 ans, la native de Mol, professionnelle depuis 2010, récolte enfin les fruits d’un long apprentissage et d’années de travail. C’est à… 8 ans, en effet, qu’elle a découvert et adopté le BMX avant de patiemment grimper les échelons… même si ses résultats furent assez immédiats avec ce premier titre national en « boys and girls » décroché un an après avoir posé les pieds sur les pédales de cet étonnant engin qui ressemble à un vélo d’enfant qui n’aurait jamais voulu grandir. Un engin qui « pèse » quand même 2.500 euros quand on arrive dans le haut de gamme…

« Si je me suis lancée dans le BMX, c’est surtout parce qu’il y avait un parcours, chez moi, à Dessel, raconte-t-elle. J’ai commencé avec mes cousins, cela m’a tout de suite plu et je n’ai jamais arrêté. Malgré les blessures… »

En quinze années de pratique, Elke Vanhoof a, en effet, fréquenté les hôpitaux plus qu’à son tour. La clavicule… deux fois, les ligaments croisés, le ménisque, les côtes, la main, la cheville, le poignet : il y a peu de parties de son corps qui n’ont pas encaissé lors de chutes en tous genres. « Quand ça vous arrive la première fois, ça fait un peu peur. Mais aujourd’hui, je n’y pense plus. »

Pour éviter les accidents ou pour atténuer leurs conséquences, elle s’entraîne dur. De la musculation (qui lui a donné des épaules de déménageur), de la technique, des exercices de coordination : tout y passe. Un programme qu’elle peut suivre sous la direction de Chris Jacobs, le coach national, grâce à son statut de sportive d’élite à la Défense, qui lui offre un maximum de liberté sur le plan horaire.
« Je dois me rendre une fois par semaine à la caserne de Bourg-Léopold. Le reste du temps, je peux le passer à m’entraîner. »

Entourée de la Danoise Christensen, médaillée d'argent, et de la Néerlandaise Smulders, médaillée de bronze, Elke Vanhoof savoure son premier titre européen. Photo D.R.

Entourée de la Danoise Christensen, médaillée d’argent, et de la Néerlandaise Smulders, médaillée de bronze, Elke Vanhoof savoure son premier titre européen. Photo D.R.

Selon Arnaud Dubois, jusqu’il y a peu, le problème que rencontrait Elke Vanhoof était un stress trop prononcé au départ, une peur du contact qui l’inhibait un peu et la pénalisait beaucoup. Il faut dire qu’il y a de quoi avoir la frousse quand on s’élance à 50 km/h sur une rampe de 5 à 8 mètres qui descend à pic avant de remonter vers une première butte qui pointe à 12 mètres et qui annonce une succession de bosses et de virages que l’on enchaîne à fond les manettes pendant 40 secondes jusqu’à l’arrivée.

« On a beaucoup travaillé cette partie de la course », soutient-elle désormais.

Un travail qui, elle l’espère, paiera dans sa course à la sélection pour les Jeux de Rio. En 2012, elle avait loupé de peu celle pour les Jeux de Londres après avoir souscrit aux critères du COIB… mais pas à ceux de l’UCI. Les places, il faut le dire, sont très chères en BMX féminin.

« Il n’y a que 16 filles qui peuvent prendre part aux JO et le système de qualification favorise les pays qui ont plusieurs bonnes coureuses au sommet du ranking mondial comme les Etats-Unis, l’Australie, la Colombie, les Pays-Bas ou la France. Toutes peuvent rapporter des points alors que moi, je suis la seule Belge à le faire. C’est pour ça que je privilégie désormais les compétitions où il y en a le plus à gagner. »

Actuellement 14e mondiale (mais le classement ne tient pas encore compte de son titre européen), elle va être servie dans deux semaines à Zolder pour les Mondiaux. Toutes les meilleures seront de la partie et Elke Vanhoof salive déjà à l’idée de les accueillir sur « son » terrain.

« Mon premier objectif sera d’arriver en finale. Après, tout peut arriver… »

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