La Belgique, terre de marathon

Koen Naert a réussi le meilleur temps belge sur marathon depuis l'ère Vincent Rousseau. Photo Belga.

Koen Naert a réussi le meilleur temps belge sur marathon depuis l’ère Vincent Rousseau. Photo Belga.

L’an prochain, à Rio, ils seront six Belges. Trois hommes et trois femmes, soit le maximum de marathoniens autorisés à participer aux Jeux olympiques, un record dans l’histoire de l’athlétisme belge. Depuis ce week-end, où Veerle Dejaeghere et Manuela Soccol sont descendues à Berlin sous le minimum exigé (2 h 42.00), c’est désormais une certitude puisqu’elles ont rejoint Hanna Vandenbussche dans l’avion, alors que, côté masculin, ils étaient déjà quatre à se bagarrer pour les trois billets depuis le printemps dernier (1).

Depuis que le Comité olympique et interfédéral belge (COIB) avait annoncé, le 23 octobre 2014, qu’il s’en remettrait désormais aux critères internationaux sans les durcir, on se doutait de cette issue. Après tout, trouver trois hommes capables de courir en 2 h 17 et trois filles en 2 h 42 ne semblait guère compliqué. Mais ce qu’on avait peut-être sous-estimé, c’est les vocations que cette nouvelle règle allait susciter et l’intensité de la bagarre qui allait s’installer entre les candidats au voyage, avec, pour conséquence, la hausse forcée de leur niveau.

« Si l’on s’en était tenu aux critères habituels et inaccessibles du COIB (NDLR : pour les JO de Londres, ils étaient respectivement de 2 h 09.45 et 2 h 27), on n’aurait toujours encore aucun sélectionné à l’heure actuelle, insiste Henri Salavarda, entraîneur de Florent Caelen qui possède actuellement le 3e chrono des candidats pour Rio avec ses 2 h 12.51 réussis à Berlin. Ici, on a redonné espoir à plein d’athlètes qui vont devoir se battre jusqu’au bout – date limite : 30 avril 2016 – pour être assuré de l’une des trois places qualificatives. C’est très bon pour la discipline ! »

S’il y en a un, cependant, qui ne doit plus trop se faire de soucis pour Rio, c’est Koen Naert. Celui-ci a effectué des débuts tonitruants sur marathon cette année. Après avoir réussi 2 h 13.39 le 26 avril à Hambourg, il a fini 7e en 2 h 10.31, ce dimanche, à Berlin, s’installant avec autorité au quatrième rang de la hiérarchie belge derrière Vincent Rousseau (2 h 07.19), Armand Parmentier (2 h 09.57) et Marc Smet (2 h 10.00) et à la 6e place du ranking européen de l’année.

« J’avoue m’être surpris moi-même, dit le Roularien installé à Erembodegem. Le temps que j’ai réussi, je l’avais programmé pour dans trois ans ! Ici, j’avais simplement misé sur un chrono plus rapide que celui de Hambourg. Je m’étais, c’est vrai, idéalement préparé au sein d’un groupe professionnel, cet été, à Mammoth Lakes, en Californie, et les conditions de course étaient idéales dans la capitale allemande, mais, franchement, je ne pensais pas courir si vite ! »

Au départ, Naert, qui n’a que 26 ans, n’avait envisagé son passage sur 42,195 km qu’après les Jeux de Rio. Jusqu’à présent, il était surtout connu comme un spécialiste du 5.000 m (record : 13.32.83) et, surtout, du 10.000 m (28.32.29), distance sur laquelle il avait fini deux fois 11e aux championnats d’Europe, à Helsinki, en 2012, et à Zurich, en 2014. « Avec mon coach, Raymond Van Paemel, on a vu que mes tests de lactate effectués en 2014 et 2015 étaient suffisamment bons pour tenter le coup sur marathon un peu plus tôt que prévu, explique-t-il. Je supportais bien les longues séances d’entraînement. »

Son chrono de Berlin est d’autant plus remarquable qu’il court en véritable amateur. Infirmier à l’hôpital militaire de Neder-over-Heembeek, il ne bénéficie que d’un soutien logistique de la part de la Ligue francophone (LBFA) qu’il a rejointe au début de cette année en même temps qu’il était transféré à l’Excelsior, qui l’aide aussi. « La Ligue flamande (VAL) ne croyait plus en mes ambitions olympiques, explique-t-il. Alors, j’ai pris contact avec Bruno Schroeven, le manager de l’Excel, qui s’est tout de suite montré intéressé par mon profil. A la LBFA, aussi, j’ai rapidement senti du respect et de la confiance. »

Le résultat qu’il a enregistré ce week-end pourrait, comme il le dit lui « ouvrir des portes » sur le plan du sponsoring et inciter la Fédération Wallonie-Bruxelles à lui octroyer un contrat. Depuis Vincent Rousseau, dans les années 90, on n’avait, en effet, plus vu un marathonien belge courir aussi vite que lui. « C’est déjà un honneur que l’on me cite dans la même phrase que Vincent…, précise-t-il, un peu confus. Je suis encore quelques marches en-dessous de lui ! Je vais voir maintenant ce que 2016 va me réserver. A priori, je ne courrai plus de marathon avant les Jeux, pour lesquels je vais me préparer à fond. J’espère pouvoir y courir sous les 2 h 10. »

Veerle Dejaeghere était déjà présente aux JO de Sydney et de Pékin. Photo Belga.

Veerle Dejaeghere était déjà présente aux JO de Sydney et de Pékin. Photo Belga.

Veerle Dejaeghere, elle, aura des ambitions bien plus mesurées au Brésil. Jusqu’il y a peu, elle n’avait, il faut le dire, jamais songé à courir un marathon tant cette épreuve l’effrayait. « Je trouvais ça beaucoup trop long ! », lance-t-elle. Celle qui était allée, en 2000, aux Jeux de Sydney, sur 1.500 m, et en 2008, à ceux de Pékin, sur 3.000 m steeple était uniquement connue comme une spécialiste du demi-fond et du cross.

« C’est mon entourage qui m’a incitée à essayer quand on a appris que le minimum pour Rio n’était que de 2 h 42, admet-elle. Si, comme c’est le cas, aux Pays-Bas, il avait fallu courir en 2 h 28, jamais je ne me serais lancée. En juillet, « pour voir », j’ai commencé les entraînements. Les premières longues sorties ont été très difficiles, mais je me suis accrochée. »

Dimanche, partie sur des bases de 2 h 38, aidée par un lièvre, elle a tout de suite senti qu’elle était bien dans le rythme. « Aux 10 km, j’étais partie pour faire sous les 2 h 34 et je me suis ensuite accrochée à une fille qui voulait courir en 2 h 32. J’étais « facile ». Ma deuxième moitié de course a été plus rapide que la première. » Au bout du compte de ce “negative split”, elle a fini 16e en 2 h 31.56. « Une victoire sur moi-même. »

A l’instar de Koen Naert, elle ne courra plus de marathon avant Rio. Son chrono, en effet, est censé la mettre à l’abri de toute mauvaise surprise, malgré les assauts à la sélection qu’elle attend de la part de Veerle Van Linden, Ferahiwat Gamachu ou Almensh Belete.

« Jamais je n’avais pensé retourner un jour aux Jeux après mes deux premières expériences, avoue-t-elle. Surtout pas sur marathon. Mentalement, je ne me pensais pas capable de dépasser les 5 km ! Et pourtant… »

Et pourtant, elle devrait en être. A 43 ans, ce qui devrait en faire la « mammy » de l’équipe d’athlétisme au village olympique.

« Mais au départ de la course, je sais que je ne serai pas la plus âgée. A Berlin, j’ai rencontré une collègue hongroise, Simona Staicu, qui sera, elle aussi, aux Jeux. Elle m’a avouée qu’elle avait déjà 44 ans ! »

Ouf !

(1) Les marathoniens belges qui ont réussi le minimum pour Rio. Hommes (2 h 17): 1. Koen Naert 2.10.31 ; 2. Willem Van Schuerbeeck 2.12.49 ; 3. Florent Caelen 2.12.51; 4. Abdelhadi El Hachimi 2.13.46. Femmes (2 h 42): 1. Veerle Dejaeghere 2.31.56; 2. Manuela Soccol 2.39.29; 3. Hanna Vandenbussche 2.40.12.
Cette entrée a été publiée dans Athlétisme, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>