Le dernier bout de chemin d’Ilse Heylen. Vraiment le dernier !

Pour aller à Rio, Ilse Heylen devra sans doute se battre jusqu'au bout. Elle est prête à faire cet ultime sacrifice. Photo Photo News.

Pour aller à Rio, Ilse Heylen devra sans doute se battre jusqu’au bout. Elle est prête à faire cet ultime sacrifice. Photo Photo News.

Cette fois, promis, juré, craché, ce sera la « der ». Si elle arrive à se qualifier pour les Jeux de Rio, Ilse Heylen n’ira pas plus loin… enfin pas plus loin que la fin de l’année 2016, histoire de se donner l’occasion de son propre choix de sortie de tatami, aux championnats de Belgique, par exemple. A 39 ans, il sera alors temps de vraiment renoncer et de penser à autre chose pour la judokate anversoise, qui a récolté, il y a trois semaines, sa 50e médaille internationale en terminant deuxième en moins de 52 kg à l’African Open de Port-Louis, à la Réunion.

« Cinquante médailles, on interprète ça comme on veut, dit-elle modestement. Cela veut surtout dire que j’ai eu une très longue carrière ! Et si je suis la Belge qui en a remporté le plus, c’est également parce que le calendrier international actuel est nettement plus fourni qu’il y a quelques années, ce qui nous offre beaucoup plus de possibilités. Pour tout vous dire, je n’ai pas trop apprécié cette dernière médaille ; je me suis, en effet, fait battre en finale sur une clé de bras, ce qui n’était plus arrivé depuis des années. Cela n’aurait jamais dû arriver parce que le travail au sol, c’est quand même un de mes points forts… Il va falloir retravailler tout ça. »

A quelques mois de sa retraite sportive, Ilse Heylen continue à rechercher la perfection du détail. Dans son emploi du temps, ce n’est pourtant pas simple. Vu sa situation au ranking olympique de la Fédération internationale de judo, où elle est actuellement la dernière qualifiée automatique de sa catégorie, elle est obligée d’enchaîner les compétitions – comme ce week-end, au Grand Prix de Jeju, en Corée – au détriment des entraînements et des périodes de repos.

« Je sais que si j’obtiens mon billet pour Rio, ce sera de justesse, reconnaît-elle. Pour bien faire, il me faudrait une médaille dans un tournoi important – un Grand Prix ou un Grand Chelem – pour prendre des points et me donner un peu d’air. Mais ce n’est pas évident. D’abord, parce que je ne suis jamais tête de série, ce qui m’offre généralement des tirages au sort compliqués. Ensuite, parce qu’il faut enchaîner les compétitions et que j’ai peu de temps entre celles-ci pour travailler les détails. »

Cette précipitation forcée, on le sent, n’est pas trop du goût de Heylen. Arrivée sur le circuit international… en 1998, elle a vu son sport évoluer et se développer mais, selon elle, pas forcément de la meilleure des manières.

« Il y a beaucoup trop de compétitions au calendrier. Tout le monde, aujourd’hui, veut son tournoi et les athlètes sont plus souvent dans l’avion que sur le tapis. Pour faire des économies, on nous oblige à rentrer dès que l’on en a terminé avec sa compétition. Cela crée aussi des inégalités. Il y a des pays qui n’ont financièrement pas les moyens de suivre et qui ne peuvent pas faire participer leurs judokas à toutes les épreuves. »

Médaillée de bronze aux Jeux d'Athènes, le sommet de sa carrière. Photo Belga.

Médaillée de bronze aux Jeux d’Athènes, le sommet de sa carrière. Photo Belga.

Si elle est toujours là, prête à tout faire pour être présente à ses quatrièmes Jeux, c’est à la fois par passion, celle qui lui a notamment permis de surmonter sept opérations, mais aussi parce que, dans sa catégorie, personne n’est jamais parvenu à avoir raison d’elle en Belgique depuis sa percée au plus haut niveau et cette médaille de bronze aux JO d’Athènes, en 2004, ce qui est plutôt surprenant.

« C’est vrai, reconnaît-elle. J’ai même l’impression que la concurrence a diminué au fil des ans. Le sport de haut niveau, c’est une vie de sacrifices et je pense que certains n’ont plus envie de tout sacrifier… Cette mentalité, on l’a où on ne l’a pas. »

Ilse Heylen, elle, n’a jamais trop réfléchi et a traversé les tempêtes. Avec, malgré tout, au bout du compte, un regret, celui de « ne pas avoir eu d’enfant ». « On repousse, on repousse, et puis, un jour, on se rend compte que c’est trop tard… » Pourtant, elle affirme que « si c’était à refaire, je ferais tout pareil, enfin presque… J’aurais peut-être dû croire en moi un peu plus tôt, ce qui m’aurait peut-être permis d’aller aux Jeux de Sydney, en 2000. Mais cela a constitué une bonne leçon et m’a motivée pour 2004. Où ma médaille a arrangé beaucoup de choses ! C’est amusant : aux Jeux olympiques, j’ai toujours terminé dans le top 8, aux championnats du monde, jamais…»

Le judo fait tellement partie de sa vie qu’elle ne se voit pas le délaisser une fois qu’elle aura arrêté la compétition de haut niveau. Avec son mari Olivier, qui est également son coach, elle se verrait bien partir à l’étranger pour intégrer la direction sportive d’une fédération. « Nous avons envoyé notre CV à la Fédération internationale, ajoute-t-elle. Tout le monde sait que nous sommes sur le marché ! »

Sa fin de carrière devrait également correspondre au passage de Charline Van Snick dans sa catégorie des moins de 52 kg ; la Liégeoise, qui a de plus en plus de mal à faire le poids chez les moins de 48 kg, l’a laissé entendre lors du stage olympique de Lanzarote.

« Au début, Charline va sans doute surprendre avec sa mentalité de bagarreuse, admet Ilse Heylen. Mais elle devra adapter son judo parce que celui-ci est plus technique en moins de 52 kg. Cela risque de ne pas être simple, d’autant qu’elle n’est pas très grande. Je me souviens qu’elle avait déjà tenté le coup après les Jeux de Londres et que cela n’avait pas trop bien marché… »

Quand on lui demande sur quel membre de l’équipe belge il faudra compter, l’été prochain, pour briller en judo à Rio, Ilse Heylen n’hésite pas. « Toma Nikiforov ! C’est incroyable comme il a évolué ces derniers mois. Il n’y a pratiquement plus un tournoi d’où il rentre sans médaille. Il est doué techniquement mais c’est surtout mentalement qu’il m’impressionne. Il a une incroyable confiance en lui. Et puis, il a appris à se contenir ; avant, il voulait chaque fois s’imposer avec panache, maintenant, il se contente de gagner. »

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