Tarik Moukrime, la vie devant soi

Le plus dur est passé. Tarik Moukrime a plus que jamais le regard tourné vers Rio. Photo Photo News.

Le plus dur est passé. Tarik Moukrime a plus que jamais le regard tourné vers Rio. Photo Photo News.

Il a couru et couru encore. Sur la piste et sur la route. Jusqu’à plus soif, jusqu’à plus faim, jusqu’à plus mal. Comme si le simple fait d’être là était la plus belle des revanches sur la vie et qu’il fallait tout extérioriser en martyrisant ce corps dont il avait cru, l’espace de quelques mois, perdre la maîtrise. Jusqu’à craindre le pire, sans oser le dire. Il voulait montrer à qui voulait le voir qu’il était là et bien là. De retour parmi les siens.

A Lanzarote, à la mi-novembre, Tarik Moukrime est un peu plus redevenu athlète. Au milieu des autres membres du Team Belgium venus préparer leur campagne olympique, le Verviétois a savouré comme personne sa présence, tellement symbolique. Parce que c’est là, 12 mois plus tôt, qu’il avait entrevu les premiers contours de son futur enfer en sentant que, décidément, quelque chose ne tournait pas rond dans son organisme. Quelques jours plus tard, à son retour au pays, l’impitoyable verdict était tombé. Un sérieux soupçon de cancer aux testicules, qui allait, hélas, se vérifier, avec ses inévitables et terribles conséquences. Opération. Chimiothérapie. Nausées. Abattement. Convalescence. Epuisement. Moral en berne. Avant la longue et lente renaissance.

« Pour moi, c’était super important d’être là, a-t-il avoué sous le soleil des Canaries. Après celle contre la maladie, c’est ma deuxième victoire. La troisième, ce sera de me qualifier pour Rio. »

Cette issue, selon lui, ne fait aucun doute. Tarik Moukrime en a tellement bavé ces derniers mois qu’il est désormais prêt à beaucoup encaisser pour obtenir ce viatique qui s’annonçait comme une logique évidence, à l’été 2014, lorsqu’il était sorti de sa coquille pour briller à l’Euro de Zurich et y terminer 8e sur 1.500 m après y avoir fait preuve d’un cran dont on le pensait pas capable. Même si tout semble moins automatique aujourd’hui, le retard qu’il a forcément pris sur son tableau de marche le motive plus qu’il ne l’effraie.

« Ma maladie a changé mon regard vis-à-vis de la souffrance, dit-il. Comparé à une séance de chimiothérapie, un entraînement, ce n’est rien. Mon seuil de tolérance a reculé de quelques crans ; je n’ai pas peur de me faire mal, de repousser mes limites. Et puis, j’adore les défis. En faisant tout pour aller aux Jeux, je veux faire passer un message. Si j’y arrive, je marquerais l’histoire de l’athlétisme. »

Dans son combat, il a aussi pu compter sur le soutien de Thomas Van der Plaetsen, le décathlonien de Deinze, lui aussi frappé par le même mal deux mois à peine avant lui. Une malheureuse coïncidence qui a rapproché les deux hommes.

« Thomas m’a contacté quand j’ai repris les entraînements pour me faire part de son expérience et m’expliquer ce qu’il avait ressenti de son côté. Je pouvais lui poser toutes les questions que je voulais. Depuis lors, on s’épaule mutuellement. Ce sont des échanges sympas. »

Cet été, lors de son premier stage, effectué au Kenya sous la houlette de son entraîneur, Henri Salavarda, mis devant la réalité de cet organisme « retombé à zéro », Tarik Moukrime a pourtant failli tout laisser tomber en voyant les autres le doubler « comme des avions de chasse ». « C’est vrai, j’ai pensé arrêter… Puis, dans l’isolement de ma chambre, je me suis dit que je n’étais pas passé par tout ce que j’avais vécu pour abandonner. »

Sous le soleil de Lanzarote, Tarik Moukrime a retrouvé toutes ses sensations. Photo Photo News.

Sous le soleil de Lanzarote, Tarik Moukrime a retrouvé toutes ses sensations. Photo Photo News.

Le plaisir est alors revenu. Progressivement. Au fil de sorties de plus en plus convaincantes. Il va jusqu’à évoquer une « renaissance » parce qu’ « on a tout détruit pour tout reconstruire ». Une nouvelle vie entamée par une victoire, le 4 octobre, aux 10 Kilomètres de Liège. « Je voulais quelque chose de festif pour mon retour, pas forcément une course où on m’aurait attendu. Après 6 km, j’étais à bout, mais je me suis accroché ! » Puis, le 25 du même mois, il a goûté à nouveau au cross avec les Relais de Flandre orientale, organisés dans le cadre de la Crosscup. « C’était sympa et, en plus, j’ai fait le deuxième meilleur chrono ! » La suite, ce sera ce dimanche, à la Crosscup de Roulers, un autre rendez-vous particulier pour lui ; l’an dernier, c’est là qu’il avait disputé, un peu comme un zombie, sa dernière course avant le début de son traitement.

« Moralement, je n’étais pas là. On m’avait annoncé peu de temps avant ce qui m’attendait. Logiquement, je n’aurais pas dû courir mais comme je n’avais pas encore prévenu ma maman de ma maladie, je m’étais aligné pour ne pas l’inquiéter… »

Avec son coach, Tarik Moukrime a déjà esquissé les grandes lignes de sa saison 2016 idéale en sachant qu’il reste à la merci d’un rappel à l’ordre inopiné. Il verra « au coup par coup » mais parle, cet hiver, de l’Euro de cross, voire des Mondiaux en salle s’il parvient, comme il l’espère, à descendre sous les 3 min 40 sur 1.500 m (où le minimum exigé est de 3 min 39.50). Pour l’été, c’est vers la fin mai qu’il effectuera sa première tentative contre le chrono exigé pour Rio (3 min 36.00) en croisant les doigts pour que ce soit la bonne.

« Ce que je veux démontrer, c’est que l’on peut toujours rebondir dans la vie. Si je peux être un symbole d’espoir pour d’autres, je serais ravi. »

A le voir, il est sérieusement en train d’en prendre le chemin.

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