Maxime Mottet, l’arme adroite

Photo Bruno D'Alimonte.

Photo Bruno D’Alimonte.

Borquin. Quand on planche sur la définition de ce curieux patronyme, sur le blog de la commune de Saint-Hubert, les définitions jouent à saute-mouton. On y parle de saucisson cuit à la vapeur. D’un hôtel qui fait face à la basilique. D’un nom de famille originaire de France. Avant d’avouer, en bout de course, qu’il s’agit aussi – surtout – du surnom des habitants de la commune, qui sont « fiers » d’être ainsi catalogués « malgré que les Borquins aient parfois une mauvaise réputation. » La raison ? « Leur caractère très ardennais. Plus têtu que ça, tu meurs ! »

Maxime Mottet se reconnaît tout à fait dans cette description. A 24 ans, il fait aujourd’hui partie des porte-drapeaux de sa cité, lui le « BC » (Borquin connu), ou plutôt « BDC » (Borquin désormais connu), sorti du bois en septembre dernier à la faveur d’une médaille de bronze brillamment décrochée aux Mondiaux de tir aux clays, à Lonato, en Italie, qui lui a ouvert la route des Jeux de Rio. « Je suis un peu brut de décoffrage, avoue-t-il. Ma devise, c’est celle des Chasseurs ardennnais : “Résiste et mords”. Mais quand on me connaît, ça va. Je suis naturellement sociable ! »

Dans le salon attenant au cabinet d’avocat de son père, il s’amuse un peu de cette soudaine notoriété locale « juste bizarre ». « L’engouement suscité par mon résultat m’a très étonné, comme toutes les félicitations que j’ai reçues. J’essaie de comprendre. Je fais avec. »

Il a juste ce qu’il faut de modestie qui transpire de son corps tatoué, barbu et mi-chevelu. Un look hors-norme dans le sport de haut niveau qu’il entretient avec un plaisir à peine dissimulé et une pointe de provoc. « Un jour, j’ai eu la flemme de me raser, mais aujourd’hui, je ne pourrais plus, je perdrais 10 ans d’un coup. De plus, pour moi, quelqu’un qui n’a pas de barbe, c’est une femme ! »

La cigarette, aussi, fait partie de son biotope. Une mauvaise habitude dont il n’arrive pas à se débarrasser comme bon nombre de ses congénères tireurs. « Notre sport se joue à 90% sur le mental. En griller une calme les nerfs. »

D’autres décisions péremptoires ont jalonné sa courte vie. Celle, par exemple, de renoncer à boucler ses études secondaires à l’âge de la majorité. « Je n’en voyais pas l’utilité, c’était d’un ennui mortel. J’ai tout arrêté. » Ses parents ont, paraît-il, moyennement apprécié. Et lui ont imposé, avant qu’il ne finisse par obtenir des résultats probants en sport qui lui garantissent, depuis ce début d’année, un contrat d’élite à la Fédération Wallonie-Bruxelles, de filer un coup de main rémunéré au bureau paternel. « J’ai notamment scanné, puis détruit 25 ans d’archives. J’avoue que ce n’était pas la chose la plus intéressante au monde ! »

D’abord biberonné, comme son frère aîné, au basket qu’il a fini par abandonner à l’heure de sa crise d’adolescence, il a découvert le tir plus ou moins au même moment, vers 14-15 ans, à Bras, à quelques encablures de son domicile, lorsqu’on l’y a envoyé pour qu’il arrête de s’exercer sur des cannettes, dans son jardin, avec sa carabine à plombs. Il avait développé le goût des armes assez jeune, au contact de son grand-père, ingénieur des eaux et forêts, dont le mode de vie l’intéressait, la chasse exceptée. « Je n’ai jamais eu ni le temps ni les moyens de m’y adonner. »

C'est sa troisième place aux Mondiaux de Lonato, à l'automne dernier, qui a ouvert à Maxime Mottet la porte des Jeux. Photo Belga.

C’est sa troisième place aux Mondiaux de Lonato, à l’automne dernier, qui a ouvert à Maxime Mottet la porte des Jeux. Photo Belga.

Entre le tir aux clays et le tir sur cible, Maxime Mottet a vite choisi sa religion en optant pour la première spécialité. « La précision pure et dure, rester sans bouger d’un millimètre, très peu pour moi. J’ai besoin d’être debout, de faire quelque chose, d’être en mouvement. Je suis un “calme agressif”, l’une des qualités requises dans ma discipline, où il faut exploser des plateaux. Mettez-moi à la place de Lionel Cox et je ne touche pas une fois la cible ! »

Au fil des ans, il a d’abord appris les règles élémentaires de sécurité liées à sa discipline – « Ne jamais avoir le doigt sur la détente, ne jamais pointer le fusil vers les autres, le laisser ouvert, parce qu’un fusil fermé est un fusil chargé, même sans cartouche ». Puis, à maîtriser son arme – « Il faut un an pour s’y faire et trois pour bien le connaître. Je me suis viandé au début… mais j’ai fini par comprendre. » Ensuite, à affûter son regard laser aiguisé aux lentilles de contact, moins nécessaire, pourtant, que la technique et les bons réflexes. Enfin, à contrôler ses nerfs parce que, dans un mauvais jour, « tout peut très vite partir en c… C’est alors qu’il faut pouvoir redescendre tout de suite. En tir aux clays, on se bat contre soi-même, pas contre les autres. »

Son sport s’appuie par ailleurs sur une répétition des gestes, une inamovible routine parfois lassante et robotisée, mais toujours utile. « Aligner les séries, c’est essentiel, rappelle-t-il. On apprend la maîtrise, on gère sa respiration. Mon seul souci, c’est que mon club n’est autorisé à être ouvert que le dimanche matin à cause du bruit. Je dois donc souvent chercher à bosser ailleurs en Belgique ou à l’étranger. »

Ses premiers souvenirs de résultats probants remontent à 2007 avec une 6e place à l’Euro junior, un an avant un titre de vice-champion d’Europe dans la même catégorie d’âge décroché à Nicosie. « J’étais un perpétuel insatisfait, c’est ce qui m’a aidé à progresser. » Son premier sans-faute, un 25 sur 25, il l’a réussi à 17 ans, en finale du GP d’Alsace. « Les Jeux, j’ai commencé à y songer en 2011, quand j’ai obtenu un total de 120 sur 125 en Serbie. En tir aux clays, c’est un cap. Malheureusement, il fallait 122 pour décrocher une place de quota. Je suis passé à deux plateaux des JO de Londres… »

Cette fois, il a réussi à viser plus juste. Un rétablissement magistral au terme d’une olympiade marquée d’entrée par « une mise en quarantaine » d’un an de l’équipe nationale où, selon ses dires, « certains n’aimaient pas que je prenne leur place et ont tout fait pour me dégoûter et fossoyer (sic) ma carrière. »

Aujourd’hui, Maxime Mottet est devenu incontournable et « incontourné ». Il ne dit pas (encore) qu’il ira à Rio à la conquête de l’or, mais assure qu’il fera tout pour finir « dans le top 12 », « ce qui signifierait que j’aurais mis deux tiers des meilleurs tireurs du monde derrière moi. Je signerais à deux mains pour un tel résultat. »

Fusil ouvert, de préférence.

CARTE D’IDENTITE

Naissance. Libramont, 17 mai 1991.
Taille, poids. 1,78 m, 82 kg.
Résidence. Saint-Hubert.
Discipline. Tir aux clays.
Club. Club de tir aux clays de Bras.
Entraîneur. Marc Menessier.
Passé olympique. /

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