Sven Nys, ce géant

Sven Nys entourant son fils Thibau avant sa dernière course. L'émotion était au rendez-vous pour sa dernière course, à Oostmalle, ce dimanche. Photo News.

Sven Nys entourant son fils Thibau avant sa dernière course. L’émotion était au rendez-vous pour sa dernière course, à Oostmalle, ce dimanche. Photo News.

On dit souvent que c’est quand ils ne sont plus là que l’on se rend compte de l’importance des gens. Nul doute que le monde du cyclo-cross belge tremblera à la reprise de la saison prochaine quand, pour la première fois depuis une petite vingtaine d’années, il devra vivre sans Sven Nys qui, ce 21 février 2016, à Oostmalle, a fait ses adieux à un sport qui lui a tout donné et auquel il a tant rendu. Un sport anecdotique en dehors des frontières de la Flandre, certes, mais que celui que l’on a baptisé « le cannibale de Baal » a sublimé comme personne grâce à son talent, son sérieux, son professionnalisme et une éthique de travail que l’on rencontre rarement. Un œil sur les images de cette ultime course et sur l’hommage que lui a rendu une foule immense vaut tous les discours.

A 39 ans au compteur, Nys, avec ses 2 titres mondiaux, ses 9 titres de champion de Belgique et ses 291 victoires dont 50 en Coupe du monde a un palmarès qui se pose, même si certains grincheux contestent encore son titre de « meilleur cyclocrossman de l’histoire » qui lui a récemment été attribué par référendum. Ce dimanche, au micro de la VRT, loin de s’offusquer de ces chicaneries de bas étage, il a rétorqué qu’il comprenait ces remarques mais qu’il espérait simplement « avoir signifié quelque chose pour (sa) discipline. » « Ma plus belle victoire, a-t-il ajouté, c’est d’avoir gagné au fil des ans le respect de mes adversaires, du public et de la presse. »

Un respect qu’il a dû reconquérir pied à pied après un début de carrière marqué par l’épisode tragi-comique des Mondiaux 2000, à Sint-Michielsgestel, aux Pays-Bas. Ce jour-là, jouant la carte de son équipe pro, la néerlandaise Rabobank, dont il avait reçu des ordres formels et militaires, il avait refusé de relayer son compatriote Mario De Clercq à la poursuite de son équipier Richard Groenendaal. L’image de ce dernier, entourant les deux Belges en train de sangloter sur le podium, est toujours bien ancrée dans la mémoire collective des amateurs de cyclo-cross.

« J’ai beaucoup appris de cet épisode et des critiques qu’il a suscitées, a-t-il encore expliqué. Cela a provoqué un déclic dans ma tête. A partir de là, je n’ai plus pensé qu’à moi. »

Pour arriver à dominer son sport comme il l’a fait, Nys n’a, dès cet instant, reculé devant aucun sacrifice, menant une vie monacale axée sur le plaisir du travail bien fait et ne laissant aucune place à l’improvisation. Une vie programmée pour le succès grâce aux plans de travail de son entraîneur « historique », Paul Van den Bosch, qui l’a suivi du début à la fin de son chemin et qui a tranché avec tout ce qui avait été fait jusque-là dans ce sport à la réputation « folklorique ».

Sven Nys sur un parcours de cyclo-cross, une image qui appartient désormais au passé. Photo Belga.

Sven Nys sur un parcours de cyclo-cross, une image qui appartient désormais au passé. Photo Belga.

Là où il a également été grand, c’est en sortant de sa zone de confort à deux reprises pour tenter sa chance en VTT aux Jeux olympiques. Il aurait pu se complaire dans sa vie de roi des labourés qui lui garantissait une vie très agréable sur le plan financier. Au lieu de ça, à partir de 2005, année où il avait tout gagné en cyclo-cross, il s’est mis en tête de se lancer un nouveau défi en projetant de participer aux JO de Pékin 2008 dans la seule discipline qui lui semblait accessible. Il voulait absolument connaître l’aventure olympique mais aussi – surtout ? – gagner en crédibilité auprès du public du sud du pays qui ne le connaissait que par ouï-dire. L’onction des cinq anneaux devait, pensait-il, l’aider à franchir le cap populaire qui, pour lui, s’arrêtait à la frontière linguistique.

Pour l’avoir vu se tester, à l’époque, en conditions extrêmes de chaleur et d’humidité dans la chambre hypoxique de l’Université de Louvain, on peut vous garantir que la longue préparation à laquelle il allait s’astreindre fut loin d’être une sinécure. Les premiers tests n’avaient pas été très concluants et on crut même qu’il allait jeter l’éponge. Mais après sa 16e place aux Mondiaux de VTT 2007, synonyme de qualification pour Pékin, il allait repartir de plus belle en travaillant de manière plus systématique et en adaptant son régime alimentaire en solides et en liquides pour ne plus s’effondrer en fin de séance. Un pari réussi puisqu’il allait terminer 9e sur le circuit olympique de cross-country.

Ce résultat allait lui permettre, en fin d’année, d’être sacré Sportif de l’année aux côtés de Tia Hellebaut. Un couronnement mérité après ses deuxièmes places de 2005 et 2007 et sa troisième place de 2006 (il allait encore finir deuxième en 2013) qu’il a sans doute apprécié comme personne tant il signifiait pour lui la reconnaissance ultime. Jamais on n’avait vu quelqu’un d’aussi ému sur le podium de ce prix.

En 2012, à 36 ans, il allait tenter une nouvelle fois l’aventure olympique, à Londres cette fois, après avoir dû batailler jusqu’à la mi-juin pour gagner sa place en terminant 9e des championnats d’Europe. Une surdose d’efforts qu’il allait payer en étant contraint à un abandon qu’il ne méritait pas.

« Une journée sans exercice physique est, pour moi, une journée de perdue, nous avait-il dit quand nous l’avions interrogé sur la rigueur de son régime quotidien. C’est presque devenu un esclavage… »

Désormais, il va lui falloir apprendre le sevrage. Et, pour ses fans, à vivre sans ce « cannibale » né, comme par hasard, le même jour que celui qui a popularisé cette dénomination, Eddy Merckx. En attendant, on ne peut lui dire que merci.

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Une réponse à Sven Nys, ce géant

  1. Mr Wang dit :

    Ces championnats du monde de St-Michielsgestel en 2000 furent un véritable scandale. Les commentaires télévisés de Michel Wuyts ne laissent place à aucune équivoque. L’embarras très clair d’Eric De Vlaeminck, sélectionneur national, ne font que rajouter à l’ambiance générale détestable qui règne alors au sein de l’équipe belge. L’équipe Rabobank qui rafle quasi toutes les courses du calendrier à cette époque avec Groenendaal, Van der Poel et… Nys avait permis de fouler aux pieds la logique sportive de cette course. Hein Verbruggen et les supporters hollandais ont évidemment feint d’ignorer le rôle joué par l’encadrement de cette équipe toute-puissante et on sait que le jeune Sven n’a pas eu le choix. Toutefois, s’il avait refusé de suivre les consignes de Rabobank et suivi la logique d’équipe nationale (qui prévaut évidemment lors de championnats d’Europe et du Monde), personne n’aurait pu lui faire le moindre reproche, malgré les accords interlopes qui règnent au sein du cyclisme en général.
    Un mot encore: on ne peut bien entendu s’empêcher d’éprouver de la sympathie pour Mario De Clercq, le dindon de la farce, bien qu’il ait été incapable de revenir seul sur Groenendaal et impuissant devant le démarrage du Batave. Mais n’ayons pas la mémoire courte non plus: De Clercq, 12 mois plus tôt, lors des championnats du Monde de Poprad en Slovaquie, s’était permis de revenir sur son équipier belge Erwin Vervecken, pourtant seul devant, négligeant ainsi les consignes d’équipe. Lorsque l’on a un équipier seul devant, on ne “roule” pas derrière lui. A St-Michielsgestel, 12 mois plus tard, retour de manivelle: De Clercq apprit à ses dépens les conséquences du non respect de ces mêmes consignes. L’ironie de l’histoire…

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