Lianne Tan, “bad” girl

Photo Bruno D'Alimonte.

Photo Bruno D’Alimonte.

Aujourd’hui, c’est relâche. Une petite journée de détente au domicile familial de Bilzen, au sud-est du Limbourg, loin de son quotidien habituel, là-bas, aux Pays-Bas, où ses études universitaires lui mangent l’essentiel de son temps. La veille, elle a remporté son septième titre national, à la fois une obligation quand on est la n° 1 incontestable du pays dans son sport, le badminton, et « une belle tradition » qu’elle tient à perpétuer. « Comme je ne joue pas souvent en Belgique, c’est toujours agréable. Généralement, il y a pas mal d’enfants – des jeunes pratiquants – qui sont présents ; c’est le jour de l’année où je distribue le plus d’autographes !»

Lianne Tan s’en va de son plissement d’yeux et de son sourire perpétuels. Malgré son patronyme à l’assonance martiale – « En fait, mon prénom est, à une lettre près, l’anagramme de celui de ma sœur aînée, Annelie… » -, elle dégage une sérénité maîtrisée en cette année de toutes les attentes. Avec son gabarit minimaliste et cette fragilité de façade qui confond tout le monde sur son âge – 25 ans -, elle a, en 2015, retrouvé une confiance bienvenue au bon moment sous la forme d’une médaille d’argent conquise, en juin, aux Jeux européens de Bakou. Et si cet exploit ne lui a rien rapporté en termes de points dans la course à la sélection pour Rio qu’elle doit encore assurer, il l’a convaincue qu’elle était de retour sur le bon chemin.

« Même si je m’étais mis en tête de prendre part à cette compétition depuis longtemps, ce résultat est un peu tombé de nulle part, avoue-t-elle. J’avais eu un tirage au sort extrêmement compliqué qui ne présageait rien de bon. Mais je suis arrivée à me mettre « dedans » mentalement dès le départ, je suis sortie de ma poule et j’ai réussi à passer les huitièmes, les quarts et les demis, sans doute grâce à une absence totale de stress. Cela m’a définitivement convaincue que, quand je me bats, je peux figurer parmi les meilleures. »

Si, jusque-là, elle en était moyennement consciente, c’est parce que depuis 2012, elle avait dû mettre le frein sur ses heures passées sur les courts. A la place, elle avait dû déplacer son assiduité de manière intensive vers les auditoires et les cabinets de la section dentisterie de l’Université Radboud de Nimègue avec le risque – avéré – de plonger au classement mondial. « Je m’entraînais encore de temps en temps à Arnhem, avec les élites des Pays-Bas, ou en salle de musculation, mais cela n’avait rien à voir avec le régime d’une sportive de haut niveau, surtout lors de ma première année, où je suis descendue aux environs de la 130e place au ranking. Je me suis dit : « On verra ». Mes études avaient clairement la priorité, d’autant que je les avais interrompues pendant quatre ans, après mes humanités, à la fois pour progresser et pour forcer ma sélection pour les Jeux de Londres. En clair, je n’avais pas droit à l’erreur… »

Chez les Tan, famille de scientifiques confirmés, cette option n’en est effectivement pas une. Future spécialiste des bridges et des détartrages, Lianne est dans la droite lignée de son père, Henky, dont elle rêve, à terme, de reprendre le cabinet. Sa mère, Maria, elle, est pédiatre. Quant à sa sœur et son frère, ils ont opté pour l’ophtalmologie pour l’une et, à terme, pour l’orthopédie pour l’autre, toujours aux études comme elle.

Même si ses contraintes scolaires ont diminué au fil des ans, la combinaison avec son sport lui impose encore parfois d’étonnantes séances de jonglage horaire aux allures schizophréniques, qui la font s’interroger sur le bon sens de son emploi du temps. « En janvier dernier, je me suis ainsi retrouvée, en quelques heures, en train de placer un plombage à un patient l’après-midi, à filer vers l’aéroport en soirée, et à disputer (NDLR : et remporter) l’Open d’Estonie le lendemain ! »

Cette passion familiale commune pour le bien-être de l’autre en a été précédée d’une autre, pour le badminton, discipline reine en Indonésie, pays d’origine du paternel, à laquelle il était difficile d’échapper. « On y allait en vacances tous les étés, on voyait que tout le monde y jouait. » Et si elle a été plus lente à la détente que ses aînés, après avoir eu prioritairement des envies de gymnaste, elle a malgré tout fini « comme les autres », raquette en main.

Une « consanguinité sportive » qui ne présente, selon elle, « que des avantages ». Quand elle rentre le week-end, elle fait de son frère son sparring-partner privilégié. Et quand il n’est pas là, c’est son père qu’elle sollicite. « Il ne court plus beaucoup mais il renvoie encore très bien ! »

Elle se souvient de son premier titre national, « chez les moins de 11 ans ». Le premier d’une longue série, tous gagnés sous les couleurs de son club de toujours, le BC Grâce (Hollogne), tout juste derrière la frontière linguistique « à une demi-heure d’ici ». « Il y avait un excellent entraîneur de jeunes, Daniel Gosset, pas mal de bons joueurs, cela m’a incitée à rester. »

Lianne Tan était déjà aux JO de Londres avec son frère Yuhan. Elle compte bien remettre ça à Rio. Photo AFP.

Lianne Tan était déjà aux JO de Londres avec son frère Yuhan. Elle compte bien remettre ça à Rio. Photo AFP.

Si elle a arrêté de grandir avant les autres, Lianne Tan a appris, au fil des ans, à faire de ce désavantage une force. « C’est sûr que j’aurais aimé avoir quelques centimètres de plus, mais je compense mon manque de puissance par ma vitesse, ma condition physique et mon mental. » « Elle a beaucoup travaillé son jeu de jambes, insiste Frédéric Mawet, son entraîneur. Elle couvre très bien le terrain, est explosive et a développé un jeu atypique qui en embête plus d’une ! » Des particularités qui ont convaincu l’AUCB, le club d’Aix-en-Provence, de s’attacher ses services pour les interclubs, les playoffs et la Coupe d’Europe à raison d’une bonne dizaine de matchs par saison.

Il y a quatre ans, à Londres, son opiniâtreté lui avait valu de se qualifier in extremis pour son premier tournoi olympique de « bad » en compagnie de son frère, Yuhan. Une aventure commune qu’elle avait savourée en faisant mieux que se défendre (une victoire, deux défaites en poule). « Lui comme moi, on savait ce qu’on avait sacrifié pour être là. Si l’un des deux avait loupé sa sélection, cela aurait été très dur. Au bout du compte, on a savouré. »

A leur retour au pays, toute la rue était sur le pas de sa porte pour les accueillir en héros avec un flambeau olympique qui garnit désormais leur avancée de jardin. « L’été dernier, quelques voisins lui ont ajouté une couche de peinture argentée après mon résultat de Bakou ! »

L’histoire ne dit pas (encore) s’ils ont (déjà) acheté des pots d’une autre couleur.

CARTE D’IDENTITE
Naissance. Bilzen, 20 novembre 1990.
Taille, poids. 1,58 m, 54 kg.
Résidence. Bilzen.
Discipline. Badminton.
Club. BC Grâce.
Entraîneur. Frédéric Mawet.
Passé olympique. 2012.

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