Thomas Pieters, bleu des greens

Photo Bruno D'Alimonte.

Photo Bruno D’Alimonte.

D’habitude, sa casquette est là pour les étouffer. Mais ici, sous l’œil bienveillant de Lieselotte, sa grande sœur et manager, Thomas Pieters se bat avec ses cheveux « pour qu’ils ressemblent à quelque chose ». Une séance d’apprivoisement impromptue de sa tignasse bouclée mise à nu au cours de cette journée qu’il consacre aux médias, comme souvent quand il rentre au pays, « parce que ça fait partie du job ».

Il reçoit comme un pro dans le club-house du Ternesse Golf & Country Club, à Wommelgem, dans la banlieue anversoise, sur les bords de cette assourdissante autoroute E313 qui fait un peu désordre dans le paysage. Il n’y est pas membre, mais le coin où il a grandi et où il réside est à proximité. « Je ne me plains pas de ma vie, concède-t-il. C’est celle dont j’ai toujours rêvé. En quelques heures, je me retrouve au soleil, à arpenter les meilleurs parcours de golf du monde en étant traité comme un roi. Mais, de temps en temps, j’aime aussi retrouver les miens, ma famille, mes amis. »

Il ne parle plus des frites, qu’il allait invariablement chercher au « Vijfhoek », à Nijlen, quand il avait une petite faim. Fini, en effet, sa madeleine de Proust… « J’ai arrêté depuis que je suis passé à un régime sans gluten ; depuis quelque temps, j’avais des problèmes d’estomac. Je me suis dit, en voyant Novak Djokovic, l’un des adeptes les plus célèbres de ce type d’alimentation, que ça ne pouvait pas me faire de tort. »

Sans jurer qu’il y ait eu une relation de cause à effet, sa carrière a, en tout cas, pris de l’ampleur depuis quelques mois et une saison 2015 exemplaire parsemée de deux victoires en République Tchèque (Czech Masters) et aux Pays-Bas (KLM Open) et d’une montée en ascenseur express au classement mondial, de la 240e à la 88e place. Une progression qui s’est poursuivie au cours de ces trois premiers mois de 2016 puisque, à la faveur – notamment – d’une 2e place à Abu Dhabi en janvier et d’une 3e en mars en Thaïlande, il est aujourd’hui le 59e golfeur de la planète. Un costaud aux drives de 300 mètres à l’ambition sans cesse réaffirmée d’en devenir un jour le n° 1, « même si ce n’est que pour une semaine ». « Ce serait bête de faire tous les sacrifices que je fais, de vivre 24 heures sur 24 pour mon sport sans avoir ce projet. Et tant pis si on me trouve arrogant… »

Le golf, qu’il maîtrise avec maestria au milieu d’une petite équipe à sa dévotion que Lieselotte fait tourner comme une PME, s’est invité dans sa vie dès ses 5 ans lors d’une première sortie en famille à Olen, dans sa Campine natale, « un 13 trous très relax, où on ne se prenait pas trop au sérieux. Quand on avait fini, on allait jouer avec ma sœur et mon frère dans les bois qui le bordaient ». Et ce sport « qui me plaisait aussi parce qu’il était différent de ceux que pratiquaient mes amis » a fini par avoir raison du football et du basket qu’il pratiquait pourtant en club quand il a commencé à manier les clubs au moindre moment de temps libre. « A 10 ans déjà, je savais que je voulais devenir golfeur professionnel. »

A partir de là, Thomas Pieters a appris à grandir – jusqu’à culminer à 1,95 m – et à progresser. D’abord à la « topsportschool » de l’Association flamande de golf, à Hasselt, rejointe à 12 ans. Une période dorée « où, entre les 5 heures de cours quotidiennes et le reste du temps passé sur le terrain, on faisait les 400 coups avec les autres internes. On était une dizaine, ce sont toujours mes meilleurs amis. » Puis, en s’exilant aux Etats-Unis, fort d’une bourse d’études, à l’Université d’Illinois, préférée à celles du Texas et de Florida State, en raison d’un premier contact convaincant avec le coach Mike Small, « un homme qui a pris part à 15 Majors et que tu crois forcément quand il t’explique quelque chose… » Un séjour de trois ans au lieu des quatre prévus initialement, le temps, notamment, de devenir champion en D1 universitaire, dans conditions plus qu’idéales. « Regardez, dit-il en ouvrant l’album photos de son smartphone. Ils viennent de construire de nouvelles installations pour un montant de 8 millions de dollars. Pour 10 étudiants ! Vous comprenez comment, après une première année difficile, j’ai vécu là-bas quelques-uns des plus beaux moments de ma vie… »

Désormais 59e au classement mondial, Thomas Pieters ne peut plus passer à côté d'une sélection pour Rio, où on fêtera le grand retour du golf au programme olympique. Photo D.R.

Désormais 59e au classement mondial, Thomas Pieters ne peut plus passer à côté d’une sélection pour Rio, où on fêtera le grand retour du golf au programme olympique. Photo D.R.

Depuis la mi-2013, la vie estudiantine a cédé la place à celle de pro. Et « Young Pieters » comme on l’appelle sur le circuit s’y est installé avec l’enthousiasme de son jeune âge (24 ans désormais), dans l’aspiration de Nicolas Colsaerts, l’un de ses modèles, qu’il a supplanté aujourd’hui comme n° 1 belge. Un crime de lèse-majesté dont ne s’est toutefois pas formalisé le Bruxellois, devenu au fil du temps « un grand frère » pour l’Anversois. « Avec Nicolas, on s’entend super bien, dit Thomas. On a pas mal de points d’intérêts en commun comme le sport, la musique ou la mode. Il m’a filé quelques bons tuyaux. Quand on se retrouve, on parle de tout, sauf de golf ! »

Les sujets autour de son sport, pourtant, ne manquent pas en cette année 2016. Les compétitions alléchantes non plus. Fin mars, il a commencé par s’offrir une première participation sur le PGA Tour, à l’Arnold Palmer Invitational, à Orlando. Il aura aussi la possibilité de jouer la Ryder Cup, « une probabilité réaliste à 50 % mais sur laquelle je ne me focalise pas ». Et puis, d’aller aux JO, en août à Rio, pour le grand retour du golf dans le giron olympique après 112 ans d’absence, une perspective, elle, pratiquement coulée dans le bronze après ses derniers résultats.

« Les Jeux, quand j’ai rejoint le circuit, je n’y pensais évidemment pas. Cela a commencé à germer dans ma tête quand, en 12 mois, je suis passé de la 1.500e à la 300e place. Et aujourd’hui, je ne peux plus les rater… Je vais devenir un « olympien » ! »

S’il dit attendre « beaucoup » de cette expérience, il a encore du mal à en cerner l’importance pour son sport, où les références sont ailleurs. « Ce sera nouveau pour tout le monde… Il faudra sans doute attendre quelques années pour que le golf s’installe aux Jeux et y soit considéré par les joueurs comme la compétition suprême. Mais je sais aussi que si j’y gagne une médaille, le retentissement médiatique en Belgique sera plus grand que si j’obtenais le même résultat dans un Major ». Comme aux Jeux, le golf doit encore grandir dans ce pays… »

CARTE D’IDENTITE
Naissance. Geel, 27 janvier 1992.
Taille, poids. 1,95 m, 88 kg.
Résidence. Anvers.
Disicipline. Golf.
Entraîneur. Pete Cowen.
Passé olympique. /

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