Pour la gymnastique belge, après l’exploit, c’est bientôt l’heure des choix

L'équipe féminine belge de gymnastique qui a forcé l'exploit. Derrière de g. à dr.: Laura Waem, Julie Croket, Julie Meyers, Cindy Vandenhole; devant: Nina Derwael, Rune Hermans, Gaëlle Mys, Axelle Klinckaert et Senna Deriks. Photo Peter De Voecht/Photo News.

L’équipe féminine belge de gymnastique qui a forcé l’exploit. Derrière de g. à dr.: Laura Waem, Julie Croket, Julie Meyers, Cindy Vandenhole; devant: Nina Derwael, Rune Hermans, Gaëlle Mys, Axelle Klinckaert et Senna Deriks. Photo Peter De Voecht/Photo News.

On ne le répétera sans doute jamais assez : en se qualifiant, il y a dix jours, pour le concours féminin par équipes des Jeux de Rio lors du « test event » organisé dans la future cité olympique, la formation dirigée par le Français Yves Kieffer a sans doute réussi le plus grand exploit de l’histoire de la gymnastique belge. Arriver à se hisser parmi les 12 nations qui auront le droit de se battre pour l’or des JO, cet été, au détriment, notamment, de l’Australie et d’un « monstre » comme la Roumanie, traditionnel membre du « big four » de ce sport avec les Etats-Unis, la Russie et la Chine, est franchement incroyable si l’on se réfère à la taille du pays, au nombre forcément restreint de gymnastes à la base, et aux moyens déployés en comparaison avec les autres pays traditionnels de cette discipline mondiale.

« Comme le groupe est composé uniquement de gymnastes flamandes, on peut même dire que c’est une équipe régionale qui s’est qualifiée !, soulignait Kieffer, ce jeudi midi, à Gand, à l’heure des bilans… et du début de la préparation finale pour les JO. Cela me rend encore plus fier. Comme on a moins d’athlètes que les autres – qu’il faut aller chercher dans une population de 6 millions de personnes, ce qui est l’équivalent de Paris ! – on doit aussi plus travailler que les autres. Je remercie la Gymfed (NDLR : la Fédération flamande de gymnastique) et le Bloso pour le travail effectué et le soutien qu’ils nous ont apporté. »

Plusieurs obstacles, et non des moindres, s’étaient, qui plus est, glissés en travers de la route de l’entraîneur et de son épouse/adjointe Marjorie Heuls ces derniers mois. A l’automne, ils avaient enregistré avec tristesse la fin de carrière de Lisa Verschueren, l’une des taulières de l’équipe, chez laquelle on avait découvert un problème d’arythmie cardiaque rendant impossible la poursuite d’une carrière de sportive de haut niveau. Puis, à la mi-mars, c’est Nina Derwael, 16 ans, espoir affirmé de la discipline et titulaire quasi assurée, qui s’était fracturé la main droite. Enfin, cerise sur le gâteau, le jour de la compétition, à Rio, une panne électrique survenue peu de temps avant la montée des Belges sur le praticable avait retardé le début des épreuves d’une bonne demi-heure… après que l’on eût même annoncé qu’elle pourrait être reportée au lendemain.

« Sur le moment, j’ai cru que nous étions maudits!, poursuit Yves Kieffer. Comme il y a quatre ans, lorsque nous avions loupé la qualification pour Londres d’1 point au cours de ce même « test event ». Heureusement, les filles ont réussi à se reconcentrer. »

Maintenant que la qualification est dans la poche, il ne compte pas en rester là. Comme il l’a rappelé, « ce n’est pas parce que nous sommes le 11e pays qualifié pour Rio que nous allons nous contenter de cette place. » En trois mois, beaucoup d’eau peut couler sous les ponts. « Nous avons un groupe jeune et exceptionnellement motivé qui a acquis une culture du travail et de la gagne, assure-t-il. A Rio, nous irons pour réaliser un super truc, pas pour faire de la figuration. Nous viserons une place en finale. »

Kieffer et son épouse, qui auront dès ce vendredi une première réunion exploratoire avec la direction de la Gymfed pour une éventuelle prolongation de contrat, ont l’expérience pour eux. En 2003, lorsqu’ils travaillaient encore pour l’équipe de France, ils étaient rentrés des Mondiaux d’Anaheim sans la moindre médaille, avec une 11e place, là-aussi, dans le concours par équipes. Un an plus tard, aux Jeux d’Athènes, leur groupe de filles allait terminer 6e au classement général avant qu’Emilie Le Pennec ne remporte l’or aux barres asymétriques, que Marine Debauve ne termine 7e au concours all-around individuel et Coralie Chacon 8e au saut. Comme quoi…

Yves Kieffer a réalisé un boulot exceptionnel à la tête de l'équipe féminine flamande depuis son arrivée à Gand en 2008. Photo Peter De Voecht/Photo News.

Yves Kieffer a réalisé un boulot exceptionnel à la tête de l’équipe féminine flamande depuis son arrivée à Gand en 2008. Photo Peter De Voecht/Photo News.

Après la préparation finale tombera ce qui sera sans doute le moment le plus cruel pour les 9 filles du groupe : celui de la sélection. Aux Jeux olympiques, en effet, les équipes ne sont composées que de 5 gymnastes (plus une réserviste). Autant dire qu’il y a des dents qui vont grincer et des larmes qui vont couler peu avant la mi-juillet, lorsque les coachs prendront leur décision. Celle-ci tombera à l’issue de deux compétitions de sélection où, selon Marjorie Heuls, « les notes vont parler ».

« Il ne pourra pas y avoir de place pour l’affectif, admet-elle. Ce qui déterminera la sélection, ce sont des critères de points et le meilleur équilibre pour l’équipe. Les filles qui auront le plus d’agrès « forts » auront le plus de chances d’être sélectionnées. On ne peut pas se tromper parce qu’aux Jeux, on ne comptabilise que trois résultats pour quatre filles lors des qualifications et trois résultats… pour trois filles en finale. »

La belle unité qui lie les gymnastes belges ne risque-t-elle pas de se fissurer dans les prochaines semaines ? Après tout, chacune d’entre elles risque de devenir, à terme, la concurrente d’une autre pour l’obtention des précieux sésames…

« Je ne pense pas qu’on en arrivera là, estime Gaëlle Mys, 24 ans, l’aînée du groupe et la plus expérimentée avec ses deux participations olympiques (Pékin 2008 et Londres 2012). Chacune d’entre nous va suivre son programme en essayant d’être la meilleure possible. Il y a une belle entente dans ce groupe, où les plus jeunes apportent une vraie énergie en étant à la fois positives et ambitieuses. Evidemment, le jour où la décision va tomber risque d’être assez dur. Mais bon… »

Les lois du sport de haut niveau, qu’on se le dise, sont impitoyables.

Cette entrée a été publiée dans Gymnastique, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>