Tom Goegebuer, nouvelle attente, nouveau supplice

Tom Goegebuer va-t-il disputer ses troisièmes Jeux consécutifs à 41 ans? Il aimerait le savoir le plus vite possible! Photo Belga.

Tom Goegebuer va-t-il disputer ses troisièmes Jeux consécutifs à 41 ans? Il aimerait le savoir le plus vite possible! Photo Belga.

Il avait déjà connu la même expérience avant les Jeux de Pékin et ceux de Londres. Jusqu’au bout, il avait dû attendre le bon-vouloir de sa fédération internationale pour savoir s’il bénéficierait d’une des wild cards disponibles avec les conséquences qui allaient avec cette décision tardive : continuer à s’entraîner et entamer un régime draconien avec le risque de souffrir pour rien ce qui, quand on pèse 62 kg en étant déjà très « sec » et que l’on doit arriver à en afficher 56 le jour de la compétition n’est pas une mince affaire…

A 41 ans, Tom Goegebuer est reparti pour un tour. L’haltérophile de Heusden est une nouvelle fois sur liste d’attente pour Rio. La raison, cette fois, c’est la redistribution probable d’un grand nombre de places en raison des sanctions à venir pour ses « collègues » qui ont été contrôlés positifs lors des réanalyses des échantillons de Pékin (10) et de Londres (10) commandées par le CIO, sans compter ceux qui s’étaient fait coincer lors des Mondiaux 2015.

« Il y a eu 24 positifs, rappelle-t-il, mais la Fédération internationale (IWF) a pris pas mal de retard. Jusqu’ici, il n’y en a eu que 4 de confirmés, les 20 autres devraient tomber avant la fin juin. C’est très important parce que cela aura des retombées sur les Jeux ; nos règlements prévoient qu’un pays perd une place de quota s’il a 4 athlètes dopés, deux places s’il en 6, et ainsi de suite. Si je suis bien informé, il devrait y avoir 12 places à redistribuer. Et cela pourrait avoir une influence sur ma qualification. Je crois qu’ils auront besoin d’athlètes propres à Rio… »

L’image que traîne son sport continue de désoler Goegebuer. A plusieurs reprises déjà, l’haltérophilie a senti passer le vent du boulet sur la scène olympique. La possibilité d’une exclusion du programme des Jeux a été maintes fois évoquée ; si elle devait être effective, cela pourrait signifier la mort de la discipline tant les fédérations internationales sont financièrement tributaires de la redistribution des revenus générés par les JO, surtout grâce aux droits de télévision.

« C’est vrai que l’on peut avoir peur du futur, surtout si on ne fait rien, indique-t-il. Nous ne sommes pas la seule discipline touchée par le dopage, on l’a vu, mais cela fait des années que nous traînons cette image négative. Il y a problème de mentalité chez nous, surtout dans certains pays de l’ex-bloc de l’Est, où les cas se multiplient, année après année. Quand il y a un suspendu, c’est une autre qui prend sa place… et se fait coincer. Dans ma catégorie, il y a un haltérophile qui a déjà été contrôlé positif à trois reprises alors qu’il n’a que 22 ans… Peut-être que l’idée que l’on puisse être convaincu de dopage jusqu’à 8 ans après un contrôle (NDLR : 10 en fait) en fera réfléchir plus d’un. Mais ce qu’il faudrait surtout, c’est confier les contrôles et les sanctions à un organisme indépendant. »

Tom Goegebuer entend bien ne pas rester les bras croisés. En avril dernier, il s’est présenté et a été élu à la commission technique et scientifique de l’IWF en obtenant le plus de voix de tous les candidats – « Cela fait un bout de temps que je suis sur le circuit, ça a dû aider ! » Il embrassera cette nouvelle fonction après l’été. « Mon objectif est d’aider mon sport, dit-il. En joignant cette commission, je ne serai pas seul. »

Tom Goegebuer continue de s'entraîner comme si... Photo Belga.

Tom Goegebuer continue de s’entraîner comme si… Photo Belga.

En attendant, « même si mentalement, c’est dur de ne pas savoir », il continue à s’entraîner comme s’il allait aux Jeux, fort d’une année où il a fini 4e de l’Euro de Forde, en Norvège, en réussissant 114 kg à l’arraché, à 2 petits kilos de son record, et un moins bon 127 kg à l’épaulé-jeté, où il a déjà réussi 140 kg « mais une seule fois. La plupart du temps, je tourne autour des 135 kg ». Il est, en effet, obligé de rester à la fois en mouvement et, surtout, de surveiller son poids. Il lui faut trouver le bon équilibre entre ne pas être trop maigre pour pouvoir s’entraîner le plus efficacement possible et ne pas être trop lourd pour ne pas devoir trop perdre de poids en une fois s’il devait être qualifié.

« Depuis l’Euro, j’essaie de contrôler, explique-t-il. Je me maintiens à 62 kg en faisant très attention. Moins de graisses, plus de desserts… Mais si je suis repris, il faudra en remettre une couche en juillet. Généralement, dans les deux ou trois semaines qui précèdent une compétition, je ne mange presque plus pour arriver à mon poids de compétition, en moins de 56 kg. »

Tom Goegebeur avoue toutefois que louper les Jeux de Rio ne constituerait pas une catastrophe. « Ce serait une belle manière de terminer ma carrière, je pense que je le mérite après avoir bossé dur pendant quatre ans et avoir eu quelques blessures qui m’ont handicapé, mais les Jeux, j’y ai déjà été à deux reprises. Franchement, je ne virerais pas dépressif si je manquais ce rendez-vous. »

Celui qui est unanimement apprécié dans le Team Belgium (il avait également obtenu le plus grand nombre de voix lors de la dernière élection de la commission des athlètes du COIB) tirera sa révérence en novembre, aux championnats de Belgique. « Ce seront mes adieux officiels, mais je continuerai certainement à m’entraîner et à disputer quelques petites compétitions sans pression, juste pour le plaisir. Et en moins de 62 kg ! »

Pas fou, l’haltéro !

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