Elke Vanhoof, la fille au vélo

Photo Bruno D'Alimonte.

Photo Bruno D’Alimonte.

Aujourd’hui est un bon jour. Elle ne se tient pas le genou, la clavicule, la main ou le dos, ces parties de son corps qui ont déjà tant morflé. Elke Vanhoof, teint diaphane, cheveux filasses et gabarit de puce sauteuse, marche droit et esquisse même un sourire dans cette salle de crossfit de Mol où elle vient régulièrement booster son endurance/résistance et muscler ses cuisses. « Dans notre sport, il est rare de ne pas se blesser, avoue-t-elle avec un fatalisme obligé. Je connais ça depuis mes 15 ans. Le plus gênant, c’est de toujours devoir reconstruire après un arrêt forcé. Mais tant que je continuerai à progresser, il sera impossible de me décourager ! »

En janvier encore, en stage à Las Vegas, elle a cru que son ciel s’assombrissait quand son ménisque a rendu l’âme en se déchirant. Du lourd quand on passe sa vie à pédaler. Elle a pris sur elle plutôt que de se diriger vers l’opération qu’on lui prédisait, voire conseillait. « Cela m’aurait mis six mois sur le flanc et, dans une année olympique, ce n’était pas envisageable. »

Elle a lié sa vie à trois lettres, BMX, acronyme vaguement barbare pour synthétiser sa discipline, le « bicycle motocross » ou motocross sans moteur. Une fuite en avant sur un parcours fait de bosses et de fosses de 400 mètres « minimum » que l’on entame à huit de front à 50 km/h du haut d’un tremplin vertigineux de 8 mètres de haut. Une expédition déconseillée aux trouillards, sur une bécane minimaliste qu’on aurait plutôt vue chevauchée par les sept nains. « Il faut être à la fois rapide et technique, dit-elle. J’adore les sensations que ce sport procure, surtout quand je décolle et que j’ai l’impression de voler. »

Elle s’en est entiché très jeune, quand un circuit a vu le jour chez elle, à Dessel, au cœur de la Campine. Toujours un peu risque-tout, elle avait déjà tâté « du judo, de l’athlétisme, du ski et du snowboard en hiver et même du motocross dans les bois du coin ». Alors, quand elle s’y est mise avec sa sœur et ses cousins et que, dans la foulée, elle a reçu son premier vélo, elle n’a plus pu s’en détacher, entraînant toute sa famille dans son sillage dès ses 9 ans, l’année de son premier titre national. Un titre « boys & girls », où elle était la seule fille de la bande et « où certains gamins pleuraient après que je les ai battus » « Comme c’est autorisé dans notre sport, j’ai couru avec les garçons jusqu’à mes 17 ans et cela m’a bien aidé, ajoute-t-elle. A partir d’un certain âge, il faut évidemment pouvoir suivre, mais j’ai progressé en technique et en agressivité à leur contact. »

Pour suivre son évolution de pré-ado, ses parents n’hésitent à acheter une caravane puis un mobilhome pour l’accompagner à travers l’Europe au fil de ses compétitions, une période à laquelle elle pense « avec une douce nostalgie ». Pour lui permettre de s’entraîner aux Pays-Bas, où les possibilités sont plus grandes, elle va jusqu’à s’affilier dans un club francophone, à Habay-la-Neuve, parce que la réglementation en la matière y est moins rigide qu’en Flandre, qui, à l’époque, interdit ce genre de transfert de compétences.

« Moi, tout ce que je voulais, c’était rouler et progresser, assure-t-elle. Tout ce que je peux dire, c’est que ça m’ai aidé à hausser mon niveau. »

Elke Vanhoof n'a pas froid aux yeux, une qualité nécessaire quand on se lance à 50 km/h du haut d'une rampe de 8 mètres... Photo Belga.

Elke Vanhoof n’a pas froid aux yeux, une qualité nécessaire quand on se lance à 50 km/h du haut d’une rampe de 8 mètres… Photo Belga.

La preuve, quatre ans après l’admission du BMX au programme olympique pour les JO de Pékin, qui a donné un incroyable coup de pouce à sa discipline, elle arrive en position idéale pour une sélection pour Londres. Réussit les critères imposés par le COIB. Mais elle loupe la dernière marche aux Mondiaux de Birmingham. « Je devais faire une demi-finale, j’ai été éliminée en quarts… » Un coup de massue à un peu plus de deux mois des Jeux, qui fait encore plus mal quand il se double d’un non-renouvellement de son contrat d’élite avec la Communauté flamande. « J’étais blessée et ils ont arrêté. Pendant deux ans, je me suis retrouvée au chômage. »

Loin de baisser les bras, elle se met en chasse de financement pour continuer à exercer sa passion et se concocte une équipe de fidèles pour l’encadrer. « Je me suis dit qu’attendre 4 ans, ce n’était rien, que j’allais en profiter pour apprendre et me perfectionner, notamment sur le plan du mental, pour mieux appréhender les départs. » Une résolution qui porte ses fruits. Avec son dossard 91 en guise d’éternel étendard, ses résultats suivent. Et, comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, sa fédération lui renseigne l’appel improbable de la Défense, en recherche de sportifs d’élite pour garnir son cadre, où, après avoir convaincu les recruteurs, elle fait son entrée en septembre 2014 avec deux solides mois d’instruction.

« Une situation idéale pour moi, reconnaît-elle. Je suis à la caserne de Bourg-Léopold un demi-jour par semaine et je peux consacrer le reste de mon temps à m’entraîner. En Belgique ou à l’étranger, pour aller rechercher les meilleures conditions. »

La percée définitive se produit en 2015. En juin à Bakou, aux premiers Jeux européens, Elke Vanhoof se qualifie pour la finale après avoir réussi le meilleur temps des qualifications – qui se font de manière individuelle via un contre-la-montre et qui permettent aux meilleurs temps d’avoir le premier choix dans le positionnement pour la course aux médailles– mais, las !, chute en accrochant une adversaire. Mais moins d’un mois plus tard, à Erp, aux Pays-Bas, elle décroche le titre européen, résultat qu’elle chérit encore aujourd’hui parce qu’il lui a permis, en partie, d’oublier la déception des Mondiaux de Zolder, peu de temps après, où elle s’est arrêtée en demi-finale. « Comme il y avait beaucoup de vent, les organisateurs avaient décidé de nous faire partir plus bas que prévu ; cela ne m’a pas réussi. »

A Rio, où elle examiné à deux reprises déjà le parcours qui pourrait lui faire tout oublier, elle rêve d’une finale « où tout pourrait arriver », forte de sa récente 6e place à la manche de Coupe du monde de Papendal qui l’a rassurée sur sa montée en puissance. « L’an dernier, lors du test event dans la ville olympique, j’avais fini 3e du contre-la-montre, puis 6e de la finale alors que le circuit était bien plus dangereux qu’aujourd’hui, après quelques aménagements. »

Elle a le regard dur et déterminé qu’elle décline sans ciller. « Après Rio, je repartirai sans doute pour quatre ans en BMX. On m’a déjà demandé si je n’aimerais pas me réorienter vers la piste. Mais pour tout vous dire, je trouve ça un peu ennuyeux… »

CARTE D’IDENTITE
Naissance. Mol, 16 décembre 1991.
Taille, poids. 1,63 m, 60 kg.
Résidence. Dessel.
Discipline. Cyclisme (BMX).
Equipe. TVE Team et Topsport Défense.
Entraîneur. Eli Piccart.
Passé olympique. /

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