Olivia comblée

Olivia Borlée vient de franchir la ligne d'arrivée du 200 m et elle ne croit pas ce qu'elle voit. Pourtant... Photo Belga.

Olivia Borlée vient de franchir la ligne d’arrivée du 200 m et elle ne croit pas ce qu’elle voit. Pourtant… Photo Belga.

Il suffit parfois d’une victoire pour qu’une histoire redevienne belle. Ce dimanche, aux championnats de Belgique d’athlétisme, ils ont été nombreux à avoir les yeux embrumés à la vue de l’indicible bonheur d’Olivia Borlée à l’arrivée victorieuse de son 200 m. Après avoir poussé un cri et s’être pris la tête à la vue du chrono de 23.02, le deuxième de sa carrière et son meilleur depuis 2006, qui lui ouvrait enfin les portes de l’Euro d’Amsterdam et des Jeux de Rio, après s’être effondrée sous le coup de l’émotion puis relevée pour passer dans les bras de ses amis, de ses frères et de son père aussi émus qu’elle, elle savourait comme jamais ce moment de plénitude et il n’y avait personne qui n’était pas ravi pour elle.

Sa trajectoire – admirable – est la parfaite parabole de ce que vivent souvent les sportifs de haut niveau, régulièrement obligés de confirmer après avoir brillé et contraints de se relever après être tombés. C’est l’histoire de n’importe quelle vie, en quelque sorte, même si la sienne, sur les pistes, a été bien plus compliquée que celle de beaucoup d’autres.

Il y a dix ans, tout le monde la voyait partie pour prendre à terme la succession de Kim Gevaert comme reine belge du sprint. Elle avait 20 ans à l’époque et, lors de ces mêmes championnats de Belgique, dans des circonstances jugées par certains comme « inhabituelles » et « extraordinaires » (pour ne pas dire « douteuses »), elle avait terminé deux fois 3e, sur 100 m en 11.51 et sur 200 m en 22.98. Quelques jours plus tard, elle allait atteindre les demi-finales du 200 m à l’Euro de Göteborg et la finale du 4 x 100 m, malheureusement non bouclée après un mauvais passage de témoin.

Lors des deux années suivantes, elle allait connaître, toujours avec le relais, deux moments de gloire absolue, d’abord aux Mondiaux d’Osaka, en 2007, avec une médaille de bronze à la clé, puis, évidemment, aux JO de Pékin, en 2008, avec cette médaille d’argent qui risque bientôt de se transformer en or si les réanalyses de l’époque qui ont permis de coincer une des coureuses russes se confirment.

A l’époque, pourtant, ses premiers soucis étaient déjà prégnants. Quand on visionne à nouveau les images de la finale des Jeux, on ne peut s’empêcher de remarquer la bande de tape bleu recouvrant son tendon d’Achille droit. Elle ne savait pas encore qu’elle n’en était qu’au début de son chemin de croix…

A partir de là, en effet, le parcours d’Olivia Borlée n’a plus jamais cessé d’être chaotique. Ses douleurs lui brûlaient l’arrière des pieds et lui arrachaient des larmes qu’elle cachait tant bien que mal. A peine disparu, le mal revenait, de manière incessante, lancinante. Un jour, à entendre son père, elle « volait » ; le lendemain, elle restait sur la touche pour glacer ses tendons. Un véritable Golgotha. Combien de sessions d’entraînement arrêtées prématurément ? Combien de stages avortés ? Elle, toujours digne, essayait de faire bonne figure, en souffrant en silence alors que le temps et les saisons filaient inexorablement. Son seul bonheur résidait dans l’avènement de ses frères au firmament de l’athlétisme belge, européen puis mondial.

Après sa victoire, Olivia Borlée est tombée en larmes dans les bras de son frère Jonathan. Photo News.

Après sa victoire, Olivia Borlée est tombée en larmes dans les bras de son frère Jonathan. Photo News.

Longtemps aussi, elle a toute tenté pour trouver une solution à ses problèmes, défilant dans les cabinets de spécialistes, multipliant les infiltrations, modifiant son alimentation, essayant du matériel censé l’aider comme ces chaussons high tech ou ces spikes modifiées à l’arrière pour lui conférer un plus grand confort. Une persévérance incroyable et mal récompensée, rendue possible, il faut le dire, par l’assise financière de son « clan », car elle avait logiquement perdu son contrat d’élite à la Fédération Wallonie-Bruxelles, et par le soutien affectif sans faille de celui-ci.

Fin 2013, elle allait se résoudre à l’inéluctable avec une opération de ses deux tendons d’Achille. Une intervention qui, malgré une éthique de travail intacte, n’allait guère porter ses fruits pendant deux ans avec des résultats mitigés qui allaient la miner un peu plus. Ces deux dernières saisons, son visage de madone s’était creusé et elle donnait l’impression, bouffée par le doute, de charrier une infinie tristesse chaque fois qu’elle prenait place dans ses blocs de départ. Comme si elle savait…

Et puis est arrivé 2016. L’année de la dernière chance. Sa préparation s’est bien passée. Et, outre des premiers résultats encourageants, elle a surtout réussi à enchaîner les courses sans plus se plaindre. Jusqu’à ce week-end, donc, et cette performance qu’elle a goulûment digérée avec beaucoup de joie, comme son père, Jacques, que l’on n’avait jamais vu aussi ému.

Quand on lui a demandé, après la course, ce qui l’avait fait tenir pendant toutes ces années, Olivia Borlée n’a pas hésité. « L’amour de mon sport. Même quand j’avais mal, j’essayais de prendre le plaisir là où je le pouvais. Et puis, le succès de mes frères me poussait à ne pas lâcher. »

« Olivia a démontré que la vie, ce n’est pas être premier tout le temps mais accepter les défis qu’elle nous propose pour grandir », a dit, de son côté, sa maman, Edith Demaertelaere.

Pas mieux !

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2 réponses à Olivia comblée

  1. Bernard dit :

    Bravo pour cet exemple de volonté, Olivia!
    Tu es cette déesse capable de montrer à tous et à…cet enfoiré d’Achille qu’il faut toujours y croire, qu’on avance aussi avec la souffrance, ce qui n’est jamais un choix.
    A coté de la “guerre des trois” frangins et leurs relais, je n’ai pas oublié la plus belle estafette belge…médaille d’or dans nos coeurs.
    Merci pour ces moments de bonheurs, partagé avec le Hasard de l’actualité !

    BL

  2. JUSTIN Danielle dit :

    Trop belle cette histoire…et très émouvante! Bonne continuation, Olivia et plein succès à l’Euro et aux J.O. Savoure bien cette victoire sur la douleur et les déceptions grâce à ta belle détermination et ton courage! Bisous et encore beaucoup de succès à toute la famille !

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