Wannes Van Laer, l’eau forte

Photo Bruno D'Alimonte.

Photo Bruno D’Alimonte.

Il se pointe en mode décontracté, la gueule avenante et le sourire qui va avec. Avec ses yeux couleur piscine, sa barbe de trois jours et ses cheveux bouclés blonds aussi délavés par les embruns que son jean effiloché – juste ce qu’il faut – aux extrêmes, on aurait bien vu Wannes Van Laer en surfeur californien en quête de « la » vague. Raté ! Il vit – souvent – sur l’eau, certes, mais c’est dans un esquif sans trop d’âme baptisé Laser Standard. Et sa mer à lui, c’est celle du Nord, pas le Pacifique.

A 31 ans, il s’apprête à vivre sa deuxième aventure olympique et sa confiance par rapport à la première a décuplé. « A l’époque, il me manquait l’expérience et l’étincelle…, reconnaît-il en repensant à sa 34e place aux JO 2012. Sur le site de Weymouth, j’ai eu un premier jour correct, où j’ai donné tout ce que j’avais, puis j’ai lentement rétrogradé au classement en essayant simplement de survivre. »

Cette lutte pour sauver sa peau est inscrite dans son ADN depuis ses débuts en voile, presque obligés vu ses antécédents familiaux avec des parents – père flamand, mère wallonne – déjà régatiers avant leur rencontre. « On m’a mis dans un bateau avant que je marche. J’ai encore les photos où on me voit avec un minuscule gilet de sauvetage ! »

Wannes Van Laer a dû s’ériger en roi de la débrouille dès l’instant où il a commencé à voler de ses propres ailes et la description de son parcours vaut son pesant de bourrasques. Débuts en Optimist, le bateau de chaque débutant avec lequel il décroche un titre mondial junior en 1996, passage en classe Europe à l’adolescence, et, après un essai infructueux en 49er lors de « l’hiver le plus froid depuis 1.000 ans ! » suggéré par sa fédération, puis, enfin, transfert logique vers le Laser, dans la foulée de Philippe Bergmans, son prédécesseur sur les eaux olympiques, qui lui a longtemps servi de guide.

« A l’époque, toujours étudiant et à peine majeur, j’utilisais tout ce que je pouvais pour pouvoir aller de régate en régate, évoque-t-il. J’avais récupéré une vieille camionnette toute rouillée, dans laquelle je vivais presque comme un clochard. Je m’y faisais à manger et la nuit, j’occultais les vitres pour y dormir. Pour gagner un peu de sous, je multipliais les petits jobs : chauffeur, vendeur au Salon de l’Auto, distributeur de porte-clés pour les campagnes Bob… »

Affilié à la Ligue flamande « qui n’a jamais ouvert le robinet pour moi », il commence, après avoir décroché son diplôme en gestion d’entreprises, à faire des « petits » résultats chez les seniors. En 2010, à Kiel, il termine 8e, une performance équivalant, les années préolympiques, à une qualification pour les Jeux. Un an trop tôt…

« Là, je me suis dit que la fédération allait enfin pouvoir m’aider mais au lieu de cela, on m’a dit qu’on ne pouvait rien faire, qu’il n’y avait pas de budget. J’ai même dû rendre la camionnette au bénéfice d’un planchiste… »

Face à cette impasse, sa mère lui suggère d’aller voir « de l’autre côté », se rappelant à bon escient que son père à elle a été en son temps président de la Ligue francophone. « Ils ont accepté que je suive le même programme que Lander Balcaen, qui était déjà chez eux et bénéficiait de leur aide. Mais de partenaires d’entraînement, on est vite devenu concurrents et cela s’est mal fini quand j’ai commencé à faire de meilleurs résultats que lui… »

Aujourd’hui, le natif d’Ostende, élevé à Tournai et désormais résident de Laeken est l’homme de pointe de la FFYB, qui l’entoure du mieux qu’elle peut, comme la Fédération Wallonie-Bruxelles à laquelle il émarge. Il y a quatre ans, pour aller aux Jeux, il avait dû aller plaider sa cause devant la commission de sélection du COIB, qui ne l’avait « délibéré » qu’en toute dernière minute. Cette fois, avec l’assouplissement des critères, il a été l’un des premiers à assurer sa place pour Rio, lors des Mondiaux 2014, à Santander, même si celle-ci n’était pas nominative.

« J’ai beaucoup évolué durant cette olympiade, explique-t-il, fort de sa place de 23e mondial dans sa classe. Maintenant, je sais ce que je fais et pourquoi je le fais. Après Londres, je me suis d’abord installé durant l’hiver à Palma pour dénicher un coach qui pouvait me faire progresser. Celui que j’avais eu durant la période avant les JO 2012 coachait d’autres régatiers et je n’étais pas sa priorité. Il me fallait professionnaliser mon encadrement. J’ai pris contact avec le Portugais Gonçalo Pereira de Carvalho, que j’appelle Xavi, et nous avons conclu que nous étions “compatibles” ! Je le “partage” avec deux collègues espagnol et portugais pour réduire les frais, mais c’est moi qui suis sa priorité quand nos agendas se correspondent pas. J’ai aussi constitué un groupe d’entraînement de six autres personnes autour de moi avec le préparateur physique Grégoire Litt à la manœuvre. Une équipe où les compétences de chacun s’imbriquent bien. On n’a pas de budget illimité, mais on fait le maximum avec ce qu’on a ! »

Trente-quatrième aux JO de Londres, Wannes Van Laer espère atteindre la "medal race" à Rio. Photo EPA.

Trente-quatrième aux JO de Londres, Wannes Van Laer espère atteindre la “medal race” à Rio. Photo EPA.

Les systèmes D restent de mise pour gérer sa préparation en bon père de famille. Wannes Van Laer s’est ainsi lié d’amitié avec l’ex-n° 1 mondial, l’Australien Tom Burton qui l’accueille chez lui quand les compétitions ont lieu aux Antipodes et avec lequel il partage certains autres frais comme la location d’un Zodiac « qui peut coûter jusqu’à 250 euros par jour ». Des services qu’il réciproque quand c’est vers l’Europe qu’oscille le calendrier.

Mais à côté de ça, dans un sport aussi coûteux que la voile, il y a des frais incompressibles, notamment pour son matériel, pour lequel il ne peut pas se permettre de se tromper « parce que j’ai 0 euro sur mon compte ! » « C’est déjà mieux qu’avant, où je vivais constamment en négatif avec ma carte de crédit, mais c’est parfois flippant. Même si je me dis que j’ai une belle vie, je me rends compte que si je me casse une jambe, je risque de me retrouver sans rien… C’est quelque chose qu’il faudra changer en vue des quatre prochaines années. Je n’envisage pas d’être dans la même situation financière qu’aujourd’hui quand j’aurai 35 ans…»

Des années qui seront en partie déterminées par son résultat à Rio, dans cette baie qui a déjà tant fait parler d’elle avec ce qu’elle charrie comme déchets et ce qu’elle dégage comme odeurs, « les pires que j’ai connues dans ma carrière ». Boosté par une saison plus qu’encourageante, Wannes Van Laer rêve d’y atteindre la « medal race », marqué par l’exemple d’Evi Van Acker, la référence belge.

« Evi est tellement forte qu’elle se retrouve immédiatement en tête et en doit se battre que face à 7 ou 8 rivales là où moi, qui suis plus lent à la détente, je me retrouve face à 40 concurrents ! Etre devant tout de suite, c’est la clé de tout. Parce qu’en voile, la vitesse te rend plus intelligent. »

CARTE D’IDENTITE
Naissance. Ostende, 5 mars 1985.
Taille, poids. 1,81 m, 81 kg.
Résidence. Laeken.
Discipline. Voile (Laser Standard).
Club. Bruxelles Royal Yacht Club.
Entraîneurs. Gonçalo Pereira de Carvalho et Grégoire Litt.
Passé olympique. 2012.

Cette entrée a été publiée dans Portraits Rio 2016, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>