Vincent Vanasch, Lion en cage

Photo Bruno D'Alimonte.

Photo Bruno D’Alimonte.

On devinerait presque son sourire à travers son casque. Enorme. Perpétuel. Et contagieux. « J’ai toujours préféré la vie comme ça. Je vois le positif partout. C’est plus sympa. »

Vincent Vanasch aurait pourtant des raisons de se plaindre à son poste cible. Gardien de hockey, position de cinglé, c’est l’exposition assurée aux canardages en règle et à ces mauvais coups qui vous abîment les membres malgré les protections. Chez lui, ces sont les pieds qui ont beaucoup encaissé, parfois jusqu’à la lapidation. « J’ai déjà perdu quelques ongles et je ne sais pas si j’ai encore des nerfs dans mes orteils ! » Et son visage l’a échappé belle juste avant l’Euro, il y a quelques semaines, quand une balle un peu trop puissante est venue se loger sous son œil en pliant le grillage censé le protéger. « Cela m’a un peu secoué, mais je suis directement reparti, un peu comme un cavalier remonte sur son cheval après une chute. »

Il s’amuse de son effet. Et le justifie par une volonté inébranlable d’être chaque jour « meilleur que la veille » parce que c’est « la place la plus facile à pointer du doigt ». Avec un penchant avéré pour le stakhanovisme, principe de vie qu’il s’inflige presque avec plaisir, avec jusque ce qu’il faut de masochisme – « A mon poste, tous se joue sur les détails, alors je bosse… » – et de sadisme – « J’essaie de gagner chaque match à l’entraînement et de dégoûter les avants adverses pour qu’ils mangent leur stick ! »

Bruxellois jusqu’au trognon, quatrième d’une fratrie de cinq, il est tombé dedans tout petit, entraîné dans une sarabande familiale dirigée par son père, Jean, fondateur de l’école de jeunes du White Star, le club d’Evere qu’il voit – presque – de son balcon. Un père phénomène qui, moustache au vent, est toujours là aux premières loges quand son fils défend les filets des Red Lions. Un père ancien prof de sciences, aujourd’hui pensionné, passionné de génétique et « super impliqué », qui, à l’école où il enseignait, entretenait une véritable ménagerie dans son laboratoire. « Pendant les vacances, avec mes frères et sœurs, on allait aller nourrir les serpents, les mygales, les lapins, les rats, les varans et les piranhas qu’il utilisait pour ses cours, raconte Vincent. Ca l’amusait et nous aussi. Si je n’ai pas trop peur des animaux, c’est sans doute à lui que je le dois ! »

Vincent Vanasch prétend qu’il a joué au hockey dès qu’il a su marcher, partout et tout le temps, à commencer dans les couloirs de la maison familiale où ses frères s’amusaient – déjà – à lui tirer dessus. « Je n’étais pas en reste. Un jour, j’ai envoyé violemment une balle sur le pied d’une copine de ma mère qui était en visite ; je crois qu’elle s’en souvient encore… »

Au White Star, où il aime raconter qu’il montait tout gamin sur le terrain aux mi-temps pour déjà s’exercer, il lui a fallu du temps avant de se diriger exclusivement vers le poste de gardien. « En équipes de jeunes, je jouais plutôt “dans le jeu”. J’aimais ça, je marquais assez facilement; sans doute que j’y retournerai une fois que ma carrière internationale sera derrière moi. Ce n’est que quand je suis arrivé en première que j’ai fait le choix de passer dans cette cage, qui me fascinait et où je me suis vraiment épanoui quand j’ai été transféré au Pingouin en 2007. On était en bas de classement, je touchais une trentaine de balles par match, ça m’a permis de me mettre en évidence. »

Aujourd’hui, il ne se verrait pas ailleurs. Au fil des ans et des changements de club, Vanasch, malgré un gabarit moyen, très loin de ceux que l’on retrouve désormais en foot, par exemple, s’est installé à ce poste de gardien où il fait l’unanimité, même s’il génère un stress permanent. « Tout va tellement vite qu’il faut être très fort mentalement pour rester attentif et concentré pendant toute une rencontre. Généralement, j’en ressors essoré. » Pour devenir encore meilleur, il s’inflige régulièrement des exercices de visualisation et de jonglage pour améliorer ses réflexes, lui qui dit détester jouer l’anticipation. « J’aime jouer sur ma ligne. J’ai une assez bonne lecture du jeu, sans doute à cause de mon passé de joueur de champ. »

Pour s'imposer en équipe nationale, Vincent Vanasch a bossé dur. Désormais, il est incontestable. Photo News.

Pour s’imposer en équipe nationale, Vincent Vanasch a bossé dur. Désormais, il est incontestable. Photo News.

Après un passage éclair et peu satisfaisant à Louvain, « où ça n’a pas marché parce qu’on estimait que je devais arrêter toutes les balles ! », il a retrouvé de la confiance et pris de l’ampleur au Watducks, à Waterloo, où, pendant quatre saisons parsemées de trois titres, de 2010 à 2014, il s’est « réhabilité » puis érigé en international confirmé, avant de filer du côté d’Eindhoven et du club d’Oranje Zwart. Un transfert qui, lui, l’a rendu « plus sûr (de lui) » parce qu’ « aux Pays-Bas, il y a cette culture de la gagne, cette grinta, cette arrogance. Là-bas, si tu peux planter 10 buts, tu le fais, tu assures le spectacle. En Belgique, on veille surtout à ne pas encaisser. »

« Là-bas », comme il dit, il a conquis deux titres nationaux et l’EHL, la Coupe d’Europe version hockey. Un bilan presque parfait qui lui a fait acquérir une autre dimension. Mais qui ne l’empêchera pas de revenir au pays la saison prochaine, pour une nouvelle expérience au « Wat », histoire de retrouver un peu de qualité de vie qu’il avait perdue, à force de multiplier les trajets énergivores entre la Belgique et les Pays-Bas, et de boucler ses études supérieurs de kiné avant, si possible, d’y ajouter une formation en thérapie manuelle ou en osthéopatie.

« Ils m’avaient contacté dès le mois de février, ajoute-t-il. Ce n’était pas mon option de départ, d’autant qu’ils avaient déjà un bon gardien. Je ne me suis laissé convaincre que quand ils m’ont certifié qu’ils ne continueraient pas avec lui. De toute façon, je ne me serais pas vu revenir en Belgique dans un autre club, cela m’aurait fait trop mal de devoir jouer contre eux… »

Avant ce retour programmé, qui lui permettra aussi de faire ses débuts comme entraîneur-adjoint de l’équipe féminine du White Star à ses heures perdues, il y aura Rio et cette envie de « réussir un truc » aux Jeux. Vincent Vanasch a dû se battre pour arriver à s’imposer dans la cage des Red Lions. Il rappelle qu’il a loupé de peu Pékin 2008 et qu’il a pris congé de l’équipe nationale pendant quelques mois en 2010, traumatisé par son expérience louvaniste, « ce qui m’a fait du bien ». Et qu’il n’est vraiment revenu dans la course qu’en 2012 en vue de Londres. Une route loin d’être un long fleuve tranquille.

« On a bossé dur pour faire mieux qu’il y a quatre ans, où on avait raté notre demi-finale. On a mis tous les atouts de notre côté. Notre attente, c’est d’office une médaille. Cela génère une pression, mais elle est bien gérée par tout le groupe et tout le staff. »

Une breloque, qui pour lui, tomberait à pic à quelques jours du 3 septembre et de sa fête de mariage, repoussée pour les besoins de la cause olympique, avec Alexandra, épousée civilement le 24 décembre. Neuf mois d’attente, c’est quoi, finalement, en regard d’un podium aux JO ?

CARTE D’IDENTITE
Naissance. Evere, 21 décembre 1987.
Taille, poids. 1,79 m, 77 kg.
Résidence. Evere.
Discipline. Hockey sur gazon.
Club. Oranje Zwart (PBs).
Passé olympique. 2012.

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