Louis Croenen, deux minutes, papillon !

Photo Bruno D'Alimonte.

Photo Bruno D’Alimonte.

Il débarque, les cheveux en éventail, après la séance du matin dans cette piscine de Wachtebeke que lui et les autres nageurs de sa bande viennent d’abandonner à des groupes scolaires qui, en mode basse-cour, ont fait grimper les décibels ambiants. « S’entraîner de 7 à 9 h, c’est toujours mieux que de 6 à 8 h, comme je le faisais quand j’étais plus jeune, au centre fédéral d’Anvers, (se) rassure-t-il . Surtout pour quelqu’un comme moi qui ne suis pas du matin… »

On lit une fatigue contrôlée sur ce visage où les taches de rousseur jouent à saute-mouton. Louis Croenen est en « préparation finale » pour ses deuxièmes Jeux et l’heure n’est pas à l’économie d’énergie. Encagé dans son couloir, en moulineur stakhanoviste, il vient d’engloutir les longueurs sans états d’âme, seule recette vers un succès espéré.

« J’ai toujours eu cette discipline, ajoute-t-il. Plus l’échéance approche, plus c’est facile, en fait. Je me dis que j’aurai le temps de me reposer quand les Jeux seront finis. Là, je prendrai deux à trois mois ! »

Comme ses équipiers, il a tout misé sur cette compétition quitte, cette année, à reporter à septembre quelques examens de sa deuxième année prolongée en éducation physique à la VUB, à Bruxelles, privilégiée à une autre université pour les facilités qu’elle lui octroie en termes de présence aux cours – « Je dois y être allé une quinzaine de fois cette année… » – et de choix de sport – « J’ai envisagé un moment d’aller à Gand, mais j’aurais dû en pratiquer plusieurs ; ici, ce que je fais en natation est comptabilisé. » « L’eau, c’est en quelque sorte ma deuxième maison ; il y a des jours où je m’y sens bien et d’autres où j’aimerais être ailleurs, répond-il quand on lui demande si la lassitude ne le gagne jamais. Le plaisir arrive avec les résultats. Heureusement, ceux-ci sont de plus en plus présents. »

Il a des attentes XXL pour ce rendez-vous de Rio où il veut livrer « la meilleure prestation de (sa) carrière ». La faute à une montée en puissance qui, durant cette olympiade, a culminé l’été dernier, aux Mondiaux de Kazan, avec une place de finaliste, la première pour un nageur belge à ce niveau depuis 1998, sur 200 m papillon, où il a fini 7e en 1.55.39, chrono de tout premier calibre, puis une autre en relais 4 x 200 m libre où, avec ses équipiers, il a terminé 6e. Des résultats dont la saveur n’a pas été trop tempérée, en mai, à l’Euro de Londres, où sa sortie individuelle – 6e – a moins répondu à l’attente. Sans doute parce que la médaille d’argent sur 4 x 200 m libre et celle de bronze sur 4 x 100 m libre – où il n’a disputé que les séries – ont compensé tout ça.

Nageur sans arrogance, bon ouvrier spécialisé de sa discipline, Croenen a vite été considéré comme une promesse assurée dans son milieu. Un vrai doué. Avec un premier podium senior à 17 ans, à l’Euro 25 m de Szczecin, en 2011, et une première participation aux Jeux de Londres, en relais, six mois plus tard, il avait, il est vrai, marqué des points très tôt. « C’est chouette que l’on pense ça de moi, mais parfois je me demande si c’est bien vrai. Et puis, je ne suis pas seul … »

Né en Campine, d’un père enseignant en néerlandais-anglais et d’une mère employée dans une grosse entreprise américaine d’énergie, « qui prônaient une éducation dure mais juste et qui ont très bien fait ça », il a pourtant mis du temps à faire son choix entre la natation et le football, pratiqués à passion égale et à temps partagé jusqu’à ses 12 ans. Une double occupation qui mangeait ses week-ends, surtout à partir du moment où le Verbroedering Geel, qu’il avait rejoint à 10 ans après des débuts à Lichtaart, a été promu en D2 et s’est vu imposer des championnats nationaux à ses équipes de jeunes footballeurs « avec parfois des déplacements jusqu’à Virton… » « Quand, après, il fallait encore disputer un meeting de natation, c’était assez rock’n roll. Surtout pour mes parents qui me suivaient et me véhiculaient partout !»

Louis Croenen était finaliste aux Mondiaux de Kazan sur 200 m papillon, l'été dernier. Il veut reproduire cette performance à Rio. Photo Photonews.

Louis Croenen était finaliste aux Mondiaux de Kazan sur 200 m papillon, l’été dernier. Il veut reproduire cette performance à Rio. Photo Photonews.

Entre la terre et l’eau, il a fini par opter pour le deuxième élément « parce que j’étais meilleur nageur que footballeur ; je courais vite mais j’étais limité techniquement. Ce qui ne m’a pas empêché un jour, alors que je jouais en défense, de marquer un but à Anderlecht, ce qui reste mon petit bonheur ».

Il était arrivé au Shark, le club de Nijlen, dans la foulée de sa grande sœur Eva, à 6 ans, sans véritable attente, sinon celle d’enfin vaincre sa peur de l’eau. « C’est peut-être cette crainte qui, instinctivement, m’a fait aller vite », explique-t-il avec un bon sens rétrospectif.

Il se souvient de ses débuts « où j’étais plutôt dossiste » et de sa lente spécialisation vers le crawl et, en bout de course, le papillon. « Il n’y a que la brasse que je n’ai jamais trop aimée parce que je n’arrivais pas à en maîtriser la technique… »

C’est à son arrivée dans la grande banlieue gantoise, après être resté 6 ans à la Topsportschool d’Anvers d’où il n’a gardé que de bons souvenirs d’ado… « malgré quelques entraînements punitifs quand on faisait des conneries avec les potes », qu’il s’est orienté vers sa nage de prédilection actuelle, « qui est à la fois la plus dure et la plus élégante ». Une nage qui lui a déjà valu, sous la direction de ses entraîneurs Rik Valcke et Wauter Derycke, une 4e place à l’Euro de Berlin 2014. Une nage où sa taille relativement moyenne ne le handicape pas trop parce que « en pap’, plus on est grand, plus difficile est la coordination ». Avec, malgré tout, le contre-exemple phénoménal que représente Michael Phelps, dont il avait le poster à son mur quand il était plus jeune.

« Je regardais toutes ses courses, c’était le modèle ultime ! J’ai pu nager pour la première fois dans la même course que lui l’an dernier, lors d’un meeting à Mesa, en Arizona. Je ne l’ai pas beaucoup vu parce que j’étais au couloir 1 et lui au 4, mais il m’a bien battu ! »

Louis Croenen le retrouvera dans quelques jours à Rio sur 200 m papillon et la présence de l’Américain constituera un sérieux test pour lui dans sa course à la finale. « Il n’était pas là l’an dernier à Kazan, il sera inévitablement dans le dernier « huit » aux JO, c’est donc une place en plus qu’il me faudra grappiller », concède-t-il.

Il veut tout miser sur ce pari malgré un horaire défavorable qui lui imposera, le même jour de cette finale tant espérée, les séries et la finale du 4 x 200 m libre. Une collision d’intérêts qui risque de faire mal même si « avec l’adrénaline, cela peut donner des résultats inattendus ! »

CARTE D’IDENTITE
Naissance. Turnhout, 4 janvier 1994.
Taille, poids. 1,86 m, 79 kg.
Résidence. Kasterlee.
Discipline. Natation (200 m papillon, 4 x 100 m et 4 x 200 m libre).
Club. Shark.
Entraîneurs. Rik Valcke et Wauter Derycke.
Passé olympique. 2012.

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