Chloé Leurquin, golf clair

Photo Bruno D'Alimonte.

Photo Bruno D’Alimonte.

Dans les salons cosy du Royal Waterloo Golf Club, Chloé Leurquin a l’impatience incontrôlée. Chemisier en jean et pantalon crème, elle s’agite entre deux coups d’œil à son smartphone avec une exaltation bavarde. On la sent pressée d’en être. Avide de cette première expérience olympique à laquelle elle n’a commencé à penser « vaguement » qu’il y a deux ans quand les premiers rankings qualificatifs de sa fédération internationale sont sortis avec une bonne nouvelle la concernant. Avant que la température dans sa tête ne se mette à grimper ces derniers mois en même temps que son maintien au-dessus du « cut », ce qui lui permettra d’être la première golfeuse belge à tenter l’aventure des JO.

« J’ai récemment joué un pro-am en compagnie des frères Saive et de (l’entraîneur de natation) Ronald Gaastra, raconte-t-elle. Ils m’ont un peu expliqué ce qu’étaient les Jeux, l’atmosphère, le village, le resto des athlètes où on peut voir côte à côte une minuscule gymnaste et un énorme lanceur de poids. Je me suis déjà fait plein d’images… J’ai aussi demandé au COIB de pouvoir prendre part à la cérémonie d’ouverture. Comme mon tournoi ne commence que le 17 août, douze jours plus tard, ça a du sens !»

A l’heure où bon nombre de ses homologues masculins regimbent et se retirent sous des prétextes moustico-spécieux, son enthousiasme a quelque chose de rassérénant. Avec elle et la plupart des participantes au tournoi féminin, le golf va trouver de vraies pasionarias des cinq anneaux à Rio. « Même si je ne sais pas trop qu’attendre de cette compétition, je veux tout faire pour briller. Et je ferai le maximum pour y arriver. Avec mon copain, Sébastien, qui me servira de caddie. »

A près de 26 ans et trois saisons de professionnalisme dans les bras, elle est encore une « bleue » dans cette discipline « très aléatoire » découverte à l’adolescence au détour d’un stage d’initiation à Louvain-la- Neuve. « Jusque-là, j’avais privilégié d’autres sports de balle, le tennis et surtout le tennis de table, où je ne me débrouillais pas trop mal puisque j’étais classée C0 à 11 ans. C’est quand mes parents ont déménagé de Bruxelles vers le Brabant wallon que j’ai bifurqué vers le golf après ce premier essai concluant. Je me suis tout de suite prise au jeu. A 12 ans. Je sais, c’est tard… »

Chez les Leurquin, les changements d’horizon ont toujours fait partie de la vie courante. Avec un père consultant chez PWC, Chloé a découvert le monde très jeune, au fil de ses affectations. En naissant, comme un signe du destin, à Rio – « Mais je n’y ai passé que 18 mois, je ne me souviens de rien ! » Puis, en grandissant pendant les cinq années suivantes à Barcelone, autre cité olympique, de laquelle elle a de vagues images qui lui reviennent en flash, « comme cette première expérience en voile, à la Vila Olimpica, où on devait faire semblant parce qu’il n’y avait pas de vent ! »

Ancien bon judoka, champion de Belgique universitaire, c’est son géniteur, pour qui ses trois enfants devaient faire du sport, partout et à toute heure, qui l’a orientée vers la discipline où elle s’est épanouie. Elle admet avoir eu du mal à assumer dans un premier temps. « A l’école, je ne le criais pas sur tous les toits, parce qu’on disait que c’était pour les vieux et les riches ! » Une gêne originelle qui a vite disparu quand, à 14 ans, elle a été détectée par l’Association francophone de golf (AFG) avant d’étrenner sa première sélection en équipe nationale deux ans plus tard. « La plupart des filles avec lesquelles j’ai commencé sont restées mes meilleures copines. »

Elle parle de son sport avec une passion évidente, comme si elle avait un besoin perpétuel de convaincre. « Ce que j’aime, c’est qu’on ne se bat pas contre quelqu’un mais contre soi-même. Et même quand tu connais une mauvaise journée, quand les frustrations se sont accumulées, il y a toujours ce petit coup super qui te fait revenir le lendemain… » Et ne rechigne pas à jouer un rôle d’ambassadrice auprès de celles qui, comme elle, seraient tentées de « casser le moule ». « Le golf ne s’est pas encore assez féminisé mais c’est en train de changer chez les jeunes. Ces dix dernières années, cela a pas mal bougé. »

A la fin de l'année, Chloé Leurquin aimerait bien tenter de décrocher sa carte pour le prestigieux circuit LPGA.

A la fin de l’année, Chloé Leurquin aimerait bien tenter de décrocher sa carte pour le prestigieux circuit LPGA.

Perpétuellement en mouvement, grosse « bouffeuse » de conditionnement physique, de renforcement musculaire et de stretching « par hantise de la blessure », Chloé Leurquin a eu l’idée du professionnalisme vers la fin 2012, après avoir bouclé ses trois années de bac en ingénieur de gestion à la Louvain School of Economics, à l’UCL. « J’allais entamer mon premier master et mon père et mon entraîneur, Arnaud Langenaken, m’ont suggéré de tenter ma chance à la « qualifying school » de Marrakech, le tournoi qui attribuait 20 cartes pour le Tour européen féminin (LET) de l’année suivante. Je n’y croyais pas trop parce que nous étions 600 filles au départ et, au bout du compte, je n’ai loupé ma place que pour un seul coup. Je me suis dit : « Qu’est-ce que tu vas faire ? » Et je me suis lancée dans le « LET access », la division 2 de ce circuit, où j’ai réussi à terminer 4e et ainsi décrocher l’une des cinq cartes promises à celles qui avaient terminé dans le top 5 ».

Depuis, son temps s’étale non seulement en Europe, mais aussi en Afrique, en Asie et en Océanie au fil des tournois. Une vie de nomade, « très solitaire », à raison de 26 semaines par an. Une vie de sacrifices, aussi, dans un sport qui nourrit difficilement sa femme « parce que l’argent, il est surtout sur le circuit LPGA, aux Etats-Unis » et qu’une saison coûte au bas mot, 60.000 euros par an, « sans compter les frais d’entraînement et de caddie, que je loue d’épreuve en épreuve. » « Heureusement, je fais partie du projet BeGold, dont le soutien financier m’aide beaucoup depuis deux ans. J’ai aussi un gros sponsor et mon matériel et mes vêtements me sont fournis par mes équipementiers. »

Cette saison, elle l’a jouée minimaliste avec cinq tournois seulement en prélude aux Jeux, avec une 8e place à la Lalla Meryem Cup, à Dar Es Salam comme point d’orgue. Le premier top 10 de sa carrière pour celle qui pointe à la 28e place du LET… mais à la 404e place des rankings mondiaux. « C’est normal, parce que les points se gagnent surtout sur le Tour LPGA. J’aimerais en faire partie mais pour ça, il faut gagner sa carte, ce qui est très compliqué. Je tenterai le coup à la fin de cette année, ne fût-ce que pour être admise sur le Symetra Tour, son antichambre. Cela me permettrait de plus jouer, parce que j’en ai besoin. Actuellement, j’ai encore de trop gros « trous » dans ma saison. »

Et comme le golf est, paraît-il, le plus addictif des sports, ça ne lui va pas trop !

CARTE D’IDENTITE
Naissance. Rio de Janeiro (Bré), 9 août 1990.
Taille, poids. 1,69 m, 56 kg.
Résidence. Waterloo.
Disicipline. Golf.
Club. Royal Waterloo Golf Club.
Entraîneurs. Arnaud Langenaken, Jérôme Theunis (putting), Thierry Noteboom (conditionnement physique).
Passé olympique. /

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