Olivia Borlée, joie d’aînesse

Photo Hatim Khagat.

Photo Hatim Khagat.

Pour elle, « ce n’est pas un miracle ». Juste un immense bonheur après des mois – non, des années – de galère. « Je savais que j’avais les capacités d’y arriver ; mes temps à l’entraînement et en compétition ne mentaient pas. Il fallait juste rester calme. Oublier les moments de doute et les peurs. »

Olivia Borlée étouffe ses émotions d’alors. Celles du 26 juin, où elle a enfin affolé ce chronomètre qui la narguait depuis si longtemps. Dix ans, presque jour pour jour, pour réussir le deuxième temps de sa carrière sur 200 m sur la même piste du stade Roi-Baudouin ; 22.98 avant, dans l’aspiration de Kim Gevaert et Hanna Mariën, 23.02 désormais, toute seule comme une grande qu’elle est désormais à 30 ans parce que, oui, la vie file parfois plus vite qu’on le voudrait… Celles de l’ « aftershock », où, tétanisée par une gêne à l’arrière de la cuisse, elle n’a pas défendu ses chances jusqu’au bout à l’Euro d’Amsterdam, début juillet, et abandonné lors de la Nuit de l’athlétisme de Heusden, quelques jours plus tard. « Après tant d’années à me battre, le contrecoup nerveux a sans doute été trop fort. Et tout a lâché en une fois. Mais je reste calme. J’ai du temps devant moi pour me remettre. Je reste une compétitrice. »

Elle réajuste le fin bandeau qui garnit sa longue chevelure bouclée, seule touche de couleur dans sa tenue noir de noir, legging, t-shirt et débardeur siglés 42:54, ligne qu’elle a lancée il y a quelques mois en compagnie d’Elodie Ouedraogo, sa complice de l’époque où elle courait en relais. « J’ai fait des études de stylisme, j’ai toujours été passionnée par la mode. Je savais qu’Elo aimait ça, elle aussi, et elle a directement accroché quand je lui parlé de ce projet de créer ces vêtements différents pour les femmes actives d’aujourd’hui. Des pièces à la fois confortables et chics, qui se portent dans une salle de sport ou dans la vie de tous les jours, avec un hommage évident à l’athlétisme », ajoute-t-elle dans un discours déjà très « corporate » qui laisse présager une suite à l’aventure.

Le nom de la marque est tout un symbole. Elle fait référence au plus beau moment de sa carrière, cette deuxième place aux Jeux de Pékin avec le relais 4 x 100 m dans ce chrono qu’elle a désormais gravé dans le coton. Une période « incroyable », un an après le bronze décroché aux Mondiaux d’Osaka, marquée par « la jeunesse, l’insouciance et la spontanéité ». « A la limite, je ne me rendais pas compte de l’impact. Je profitais, tout simplement. Avec Kim, Hanna et Elo, on était dans un tunnel. Rien ne comptait que nous quatre. C’est fou les liens que ça a créé entre nous. »

Elle avoue avoir eu du mal à digérer l’idée que rien ne serait plus comme avant quand la première, en 2008, puis les deux autres, en 2012, se sont effacées et qu’elle s’est retrouvée à devoir gérer l’héritage. Une sensation « bizarre » d’abandon qu’elle a tenté de compenser avec d’autres, notamment sur 4 x 400 m, avec une inattendue place en finale à l’Euro de Zurich, en 2014, mais forcément sans le même succès. « Quand on a touché à une médaille olympique, il y a plein de questionnements qui viennent par la suite… »

D’autant que, chez Olivia Borlée, cette « petite mort » s’est accompagnée d’une longue période de souffrances physiques qui n’a rien arrangé. Avec, dans le rôle de trouble-fête, des tendons d’Achille perpétuellement en feu qui cisaillaient ses efforts jusqu’à la faire pleurer. Des douleurs apparues dès 2006 mais qui sont lentement devenues ingérables à partir de 2008. « A Pékin, déjà, c’était très fort, mais je m’étais transcendée. Mais, à partir de là, je n’ai plus fait que courir sur la douleur, enfin, quand je pouvais… »

Rassurée par les avis médicaux qui lui disaient que « non, tes tendons ne vont pas péter », elle a tenté tous les subterfuges. Des traitements quotidiens. Des bains de glace. Des exercices de renforcement. Des périodes de repos. Un changement d’alimentation. Des semelles spéciales. Des spikes rembourrées à l’arrière pour amortir les chocs. « En fait, l’inflammation était telle que le tendon ne se régénérait pas. » Et il a donc fallu se résoudre à l’opération, à l’automne 2013, et à sept mois de convalescence avant d’oser recourir.

C’est pendant cette période que son « clan » a été essentiel pour elle, « même inconsciemment ». « Les résultats de mes frères m’ont donné une énergie positive, affirme-t-elle. Souvent, ils m’ont aidé à tenir le coup. »

Après des années de galère, Olivia Borlée s'en est sortie au bon moment. Photo Photonews.

Après des années de galère, Olivia Borlée s’en est sortie au bon moment. Photo Photonews.

Elle se souvient qu’au début de leur carrière, pourtant, rien n’avait été simple avec Kevin et Jonathan. Parce que l’athlétisme, c’était pour elle et pas pour eux, tellement obnubilés par le football quand ils étaient gamins. « Quand ils ont décidé de changer de sport, j’ai eu l’impression qu’ils s’immiscaient dans le truc que je partageais avec papa depuis 2002, quand j’avais vu Kim Gevaert décrocher deux médailles d’argent à l’Euro de Munich. Heureusement, j’ai vite vu le positif de la situation. Et ma crise de jalousie n’a pas duré bien longtemps ! »

Aujourd’hui, son rôle de grande sœur plutôt maternelle, a repris le dessus. « J’ai un côté très protecteur », admet celle qui a hébergé, nourri et blanchi un temps Dylan dans sa coloc’ quand il s’est rappliqué de La Réunion, à 16 ans, pour retrouver ses frangins-frangine. Une qualité développée au cours d’une enfance où un divorce compliqué de leurs parents a soudé les enfants Borlée comme les doigts de la main, avec elle comme cheffe de bande. Celle vers laquelle ses trois frères, qu’elle accompagnera aux JO dans un étonnant voyage en famille, se tournent encore quand ils en ressentent le besoin. « On échange beaucoup, on se conseille l’un l’autre. Moi, je suis très fière d’eux quand je vois tout ce qu’ils endurent pour être là où ils sont. »

Un compliment qu’ils lui ont renvoyé l’an dernier, lors de sa fête de mariage, le premier de la tribu. Des mots forts qui, dit-elle, l’ont touchée au cœur.

Olivia Borlée prétend ne pas très bien savoir de quoi demain sera fait et qu’elle ne fera le point qu’après Rio « où j’espère bien passer un tour et aller chercher mon record personnel, même si je n’en fais une fixation », parce qu’il y a beaucoup d’incertitudes après cet été improbable. « Cela va dépendre de ma motivation. Il y a plein de choses qui m’attendent à côté du sport mais j’ai aussi le sentiment de ne pas avoir exploité tout mon potentiel à un moment où j’ai l’impression d’enfin comprendre mon corps. »

En attendant sa décision, elle avoue avoir un peu peur à l’heure de retrouver les Jeux. « Je ne les ai connus qu’une fois, mais en y gagnant une médaille. Ici, ce sera forcément autre chose. Est-ce que ça va être aussi bien ? »

Difficile de lui mentir : c’est loin d’être sûr…

CARTE D’IDENTITE
Naissance. Woluwe-Saint-Lambert, 10 avril 1986.
Taille, poids. 1,72 m, 56 kg.
Résidence. Uccle.
Sport. Athlétisme (200 m).
Club. Racing Club de Bruxelles.
Entraîneur. Jacques Borlée.
Passé olympique. 2008 (argent).

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