Hans Van Alphen, l’homme qui a mis un visage au décathlon

Hans Van Alphen a annoncé ce que tout le monde pressentait. Désormais, sa vie ne passera plus par le décathlon. Photo Belga.

Hans Van Alphen a annoncé ce que tout le monde pressentait. Désoamis, sa vie ne passera plus par le décathlon. Photo Belga.

La collision des événements est pour le moins particulière. Et la symbolique du passage de témoin plutôt lumineuse. Quelques semaines après le titre européen et la 8e place aux Jeux de Rio du décathlonien Thomas Van der Plaetsen et, surtout, la médaille d’or de l’heptathlonienne Nafissatou Thiam, Hans Van Alphen, autre brillant représentant de l’école belge des épreuves combinées, a choisi, lui, de raccrocher. A 34 ans.

Dire qu’on ne l’avait pas senti venir serait mentir. Depuis mars 2013, après une grave blessure à la cheville lors d’un entraînement de perche, le colosse campinois – 1,92 m pour 90 kg – avait accumulé les pépins physiques et ses moments de désespoir avaient été plus nombreux que ses moments de joie. On n’oubliera pas de sitôt son visage défait, en mai dernier, quand, à la veille du meeting de Götzis, en Autriche, jusqu’où il s’était déplacé plein d’espoir, il avait dû déclarer forfait après un ultime test qui s’était encore une fois avéré négatif. Rien de neuf sous le soleil après avoir loupé tous les décathlons des grands championnats qui s’étaient présentés à lui depuis 2013, à l’exception, cet été, de celui de l’Euro d’Amsterdam… où il avait toutefois dû renoncer, la mort dans l’âme, après la première journée, abandonnant ainsi toute chance de se qualifier pour Rio, où il aurait disputé ses troisièmes JO. Cet échec, en juillet, avait, en fait, sonné le glas de sa carrière ; il lui a simplement fallu un peu de temps pour le digérer et l’accepter avant de l’officialiser.

Si quelqu’un, pourtant, méritait de partir par une autre porte que celle-là, c’est bien lui. Mille fois, depuis le début de ses ennuis, il avait remis le travail sur le métier avec une abnégation et un courage qui forçaient le respect, oubliant son découragement initial pour repartir (presque) de zéro sous la direction de son coach Wim Vandeven. Vandeven, l’homme qui a mené Tia Hellebaut au sommet de l’Olympe, et qui avait convaincu Van Alphen, quand celui-ci l’avait rejoint, qu’il valait mieux travailler à fond les épreuves techniques qui rapportaient un maximum de points quitte à négliger celles qui lui convenaient peut-être mieux mais étaient moins rémunératrices. Une stratégie qui allait s’avérer payante.

Si ces dernières années ont, pour lui, été celles de toutes les frustrations et de quelques larmes, tant il est dur pour un décathlonien qui n’a que deux ou trois occasions par an de se mettre en valeur de les voir ainsi défiler sous ses yeux, il serait évidemment réducteur de ne voir Hans Van Alphen que par ce prisme du « colosse aux pieds d’argile ». En fait, on retiendra surtout de lui qu’il a été l’homme qui, dans la foulée du tandem Frédéric Xhonneux-François Gourmet, a vraiment popularisé sa discipline en Belgique et l’y a fait entrer dans les foyers à la faveur d’une 4e place aux Jeux de Londres qui, à l’époque avait passionné tout le monde. Les épreuves combinées ont ceci de prenant qu’elles constituent une véritable histoire en dix ou sept chapitres et que le suspense y est rarement absent. Une fois qu’on accepte de « rentrer dedans », il est très difficile d’en sortir !

Aux Jeux de Londres, fort de sa 4e place, Van Alphen avait réussi le meilleur résultat belge en athlétisme. Photo Belga.

Aux Jeux de Londres, fort de sa 4e place, Van Alphen avait réussi le meilleur résultat belge en athlétisme. Photo Belga.

A Londres, Van Alphen avait débarqué avec un gros statut d’outsider, deux bons mois après avoir réussi le chef-d’œuvre de sa carrière au meeting de Götzis, la « Mecque » de sa discipline, où il s’était imposé avec le total impressionnant de 8.519 points, un record de Belgique qui constitue aujourd’hui encore la 53e performance de tous les temps. Il allait pourtant y entrevoir le podium à la faveur d’un concours très régulier jusqu’à l’avant-dernière discipline, le javelot, où un petit coup de moins-bien doublé d’un exploit de son principal rival pour le bronze, le Cubain Leonel Suarez, allait lui être fatal et le reléguer à cette 4e place qu’il allait sécuriser avec une merveilleuse flamboyance en remportant le 1.500 m final après avoir fait la course en tête en compagnie de son pote néerlandais Eelco Sintnicolaas.

Cette saison 2012 a sans conteste été la plus brillante de toutes pour « HVA » puisque, outre sa victoire à Götzis et sa 4e place à Londres (le meilleur résultat du Team Belgium en athlétisme lors de ces Jeux), il s’était également imposé au Décastar de Talence, en septembre, ce qui lui avait permis de remporter le Challenge mondial IAAF des épreuves combinées, le consacrant comme le décathlonien le plus régulier de l’année. Mais on se souvient aussi de sa saison 2007, celle de sa percée au plus haut niveau, à une époque où il n’était encore qu’un pur amateur. Sans aucune aide publique, celui qui était encore un étudiant en kiné, était allé décrocher une médaille d’argent à l’Universiade de Bangkok avec un total de 8.047 points, puis sa qualification pour les JO de Pékin lors des Mondiaux d’Osaka en finissant 11e avec 8.034 points. Tout ça en quinze jours de temps !

Aujourd’hui, l’athlétisme belge va devoir apprendre à vivre sans cet athlète « monumental » à bien des égards et charmant en toutes occasions. On ne peut lui souhaiter qu’une chose : bon vent !

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