Claire Michel, le triathlon en mode « California girl »

Avant de filer sous le soleil de San Diego, Claire Michel a testé celui de Lanzarote, à la mi-novembre, lors du stage du COIB. Photo Belga.

Avant de filer sous le soleil de San Diego, Claire Michel a testé celui de Lanzarote, à la mi-novembre, lors du stage du COIB. Photo Belga.

Pour elle, c’était le projet d’une vie. Depuis sa plus tendre enfance, Claire Michel rêvait d’aller un jour aux Jeux olympiques, n’hésitant pas, il y a quatre ans, à se muer d’athlète contrariée en triathlète ambitieuse pour arriver à ses fins. Hélas, sa première expérience des cinq anneaux, cet été, à Rio a viré au cauchemar quand, doublée lors de la partie cyclisme de son épreuve après un très mauvais parcours en natation, elle a été disqualifiée.

« Sur le coup, raconte-t-elle, je me suis sentie comme une grosse m… et je me suis effondrée en larmes. J’avais l’impression de ne plus être ni une triathlète ni une olympienne. La frustration était terrible : je me retrouvais tellement loin de mes attentes et de ce dont j’étais capable. Le seul point positif, sur le moment, cela a été la réaction du public qui ceinturait le parcours : il s’est tout de suite mis à m’applaudir. C’était très émouvant. Je l’ai pris comme une sorte de reconnaissance pour tous les efforts et les sacrifices que j’avais consentis… »

Passé ce bref moment de réconfort, la Bruxelloise a bu le calice jusqu’à la lie quand, dans la foulée de sa mise hors-course, son coach, Reinout Van Schuylenbergh, lui a annoncé qu’il mettait un terme à leur collaboration. « Il m’a dit qu’il ne voulait pas être associé à “ça”, dit-elle. C’est comme si on me plantait un couteau dans le dos au moment le plus délicat de ma carrière… » Et rien ne s’est arrangé trois semaines plus tard quand, lors des Mondiaux de Cozumel, elle a vécu la même mésaventure qu’aux JO. « Alors que je n’avais jamais été doublée jusque-là, cela m’est arrivé deux fois en moins d’un mois… »

A 28 ans, Claire Michel aurait pu ne pas se relever de cette double humiliation. Et décider de ranger maillot, vélo et chaussures de course pour passer à autre chose. Devant tous ces efforts réduits à néant, on aurait compris après avoir compati. Mais, comme elle l’avoue, « l’idée de prendre sa retraite est compliquée en sport ». Surtout quand on a la sensation, comme elle, d’avoir encore « une marge de progression » qui fustige sa motivation. « Malgré tout ce qui s’est passé, je ne suis pas encore dégoûtée du triathlon ! Mais cette mésaventure m’a bien remis les pieds sur terre. Et m’a fait prendre conscience des décisions qu’il fallait que je prenne pour rebondir. »

Persuadée depuis longtemps qu’il lui faudrait tôt ou tard rejoindre un groupe d’entraînement pour rester compétitive, elle a donc décidé de passer à l’acte cet automne. Dès mardi, elle quittera son domicile de Woluwe Saint-Pierre et prendra la direction de San Diego, en Californie, pour rejoindre « The Triathlon Squad », une équipe professionnelle dirigée par le coach portugais Paulo Sousa. Un retour aux sources, en quelque sorte, pour celle qui a grandi en Oregon et possède la double nationalité belge et américaine.

« Avant d’effectuer mon choix, j’avais trois prérequis : je voulais faire partie d’un groupe pour ne plus me retrouver seule trop souvent, je voulais un entraîneur dont la présence aux entraînements était assurée pour pouvoir bénéficier de son feedback et je voulais un cadre d’entraînement unique ou à tout le moins avec des sites très proches pour ne pas perdre de temps et de l’énergie en déplacements incessants, insiste-t-elle. Ma volonté était également de pouvoir m’entraîner avec d’autres triathlètes ayant les JO comme objectif. J’ai étudié plusieurs options, aux Pays-Bas, en Australie et en Europe – l’équipe de Marten Van Riel – et j’en ai conclu que la solution San Diego était la meilleure après avoir rencontré Paulo Sousa en septembre dans la foulée de mes vacances aux Etats-Unis. »

Dans un premier temps, Claire Michel et son nouveau coach vont mettre l'accent sur la natation. Photo Photonews.

Dans un premier temps, Claire Michel et son nouveau coach vont mettre l’accent sur la natation. Photo Photonews.

Si elle ne s’est pour l’instant engagée que pour un an, Claire Michel espère bien passer toute l’olympiade dans le sud de la Californie. Ce sera le signe qu’elle a vraiment fait le bon choix. Il a déjà été prévu, dans un premier temps, avec son nouvel encadrement, de mettre l’accent sur la natation, cette épreuve où elle perd encore trop de temps et anéantit ainsi régulièrement ses chances de bons résultats. « Mon point fort reste la course à pied mais cela ne m’avance pas à grand-chose si je ne peux pas l’exploiter parce que j’ai pris trop de retard dans les deux premières parties de l’épreuve…, explique-t-elle. L’objectif sera donc d’arriver à sortir de l’eau à 30 ou 40 secondes au maximum des leaders plutôt qu’à 1… ou 2 minutes. On va mettre l’accent sur la qualité. L’idée, c’est de pouvoir partir vite et terminer vite. Ce qui est intéressant, c’est que je vais pouvoir m’entraîner une fois par semaine en eau libre ; en Belgique, je ne nageais qu’en piscine et on s’est rendu compte que je n’arrivais pas à convertir les temps que j’y réalisais une fois qu’il fallait nager en mer ou sur un plan d’eau. »

Cet exil dans une structure privée aura forcément un coût. Claire Michel, qui ne bénéficiait jusqu’ici que d’un contrat à mi-temps de la Région bruxelloise, espère bien que celui-ci passera à un temps plein, même si elle n’a, pour l’instant, reçu aucune assurance en la matière. « J’ai fait mes comptes. Si la situation reste en l’état, il me manquera entre 9.000 et 10.000 euros pour boucler mon budget cette saison. J’espère encore décrocher l’un ou l’autre sponsor, mais si je n’y arrive pas, mon objectif sera de boucher le trou avec les primes que je compte bien remporter en compétition. J’ai calculé que j’y arriverai si je termine deux fois sur le podium en Coupe du monde ou trois fois dans le top 8 en World Series. »

Un pari audacieux qui, pour elle, commencera début mars 2017 à Abou Dhabi. Une sacrée chasse au pétrole…

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3 réponses à Claire Michel, le triathlon en mode « California girl »

  1. Planus dit :

    Go Claire !!!! Go go go ……

  2. Valentin dit :

    Vas y à fond Claire, tu parviendras à atteindre ton objectif, j’en suis sûr, tu as la volonté et le talent pour.
    J.Pierre

  3. Fissiaux dit :

    C’mon claire
    Avec ton talent et ta persévérance la roue va tourner du bon côté cette fois ci
    Te souhaite une expérience riche ‘ Californian girl ‘ et sans bobo’s
    Enjoy
    David

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