« On ne mesure pas quel incroyable athlète était Ashton Eaton »

Hans Van Alphen n'a affronté Ashton Eaton qu'une seule fois, lors des Jeux olympiques de Londres. Photo Belga.

Hans Van Alphen n’a affronté Ashton Eaton qu’une seule fois, lors des Jeux olympiques de Londres. Photo Belga.

Avec l’annonce de la retraite d’Ashton Eaton, ce mercredi 4 janvier, le décathlon a perdu un incroyable leader et l’athlétisme un vrai champion qu’il faudra sans doute du temps pour remplacer. Recordman du monde, double champion olympique, double champion du monde, triple champion du monde en salle (en heptathlon) : voilà un palmarès à donner le tournis ! Assez curieusement, Hans Van Alphen, qui a, lui aussi, mis un terme à sa carrière il y a un peu plus de deux mois, ne l’avait affronté qu’à une seule reprise, lors des Jeux de Londres, en 2012, où il avait fini 4e pendant que l’Américain décrochait le premier de ses deux titres olympiques. Le colosse campinois a cependant largement eu le temps de se faire une idée sur le bonhomme et son avis vaut le détour.

Hans, avez-vous été surpris par l’annonce de la fin de carrière d’Ashton Eaton ?
Au contraire de celle de son épouse, Brianne Theisen, pas vraiment, non. S’il ne l’a pas faite plus tôt, c’est sans doute parce qu’il avait des obligations contractuelles qui couraient jusqu’à la fin de l’année 2016, mais je me doutais qu’après sa victoire à Rio, les chances qu’il poursuive étaient très minces. Quand, comme lui, on a tout gagné, il est vraiment très difficile de se motiver. Les Jeux de Tokyo, c’est tout de même dans quatre ans… En revanche, je pensais qu’il allait peut-être s’essayer dans une autre discipline (NDLR : il l’avait déjà fait durant la saison 2014 en privilégiant… le 400 m haies) mais d’après ce que j’ai compris, pour lui, l’athlétisme, c’est bel et bien terminé.

Vous ne l’avez affronté qu’une seule fois pendant toutes ces années, lors des JO de Londres. Quelle impression vous avait-il laissée ?
J’avais été très impressionné par son assurance et son calme, comme s’il était sûr de son fait avant même que la compétition ne commence. Il était aussi très avenant avec tout le monde – mais c’est très « américain » comme attitude. Il m’avait félicité pour ma 4e place à l’arrivée du 1.500 m. On aurait encore dû s’affronter au meeting de Götzis, en 2015, mais il avait finalement dû renoncer en dernière minute en raison d’une petite blessure.

En quoi était-il unique ?
S’il n’avait pas forcément le profil que l’on attend d’un décathlonien et qu’il n’était pas le plus complet, il avait l’art de compenser ses relatives « faiblesses » avec des résultats hors du commun dans ses épreuves les plus fortes grâce à sa vitesse et son explosivité. Il avait visiblement des muscles et des fibres très efficaces ! Cela lui permettait d’être pratiquement au top mondial dans certaines disciplines comme le sprint, les haies ou le saut en longueur, ce qui est assez exceptionnel. Quand on court un 100 m en 10.21, un 400 m en 45.00, un 110 m haies en 13.35 (et un 60 m haies en 7.51) et que l’on saute 8,23 m en longueur et 5,40 m à la perche, on peut se permettre des lancers moyens au poids et au disque ! Pour moi, c’est une évidence : c’est le plus grand décathlonien de tous les temps.

Le départ à la retraite de Brianne Theisen a plus surpris Hans Van Alphen que celui de son époux, Ashton Eaton. Photo Belgaimages.

Le départ à la retraite de Brianne Theisen a plus surpris Hans Van Alphen que celui de son époux, Ashton Eaton. Photo Belgaimages.

Un décathlonien qui est le seul à avoir dépassé deux fois la barre des 9.000 points…
C’est vrai et ce n’est pas mince. A part Roman Sebrle, qui n’y est arrivé qu’une fois, personne n’a jamais atteint ce total. Selon moi, Tomas Dvorak et Dan O’Brien avaient le talent pour le faire, mais ils n’y sont pas arrivés, ce qui prouve la difficulté de la tâche.

Pensez-vous que son record de 9.045 points puisse être battu bientôt ? Et par qui ?
Un record, par essence, est fait pour être battu et je pense qu’il le sera… mais pas demain. Dans la génération actuelle, celui qui me semble le plus près d’y arriver est le Canadien Damian Warner, le médaillé de bronze des Jeux de Rio, qui a le même gabarit que lui. Mais son record n’est « que » de 8.695 points et il a donc encore du boulot. Il y a aussi le Français Kevin Mayer qui est plus grand et plus costaud qu’Ashton et qui a certainement les qualités pour réussir un gros truc après sa médaille d’argent des derniers JO où il avait atteint 8.834 points. Mais maintenant, il va falloir confirmer !

Bref, si on résume votre pensée, Ashton Eaton risque de manquer très fort à l’athlétisme en général et au décathlon en particulier…
C’est vrai. Je me demande toutefois si le grand public mesure quel incroyable athlète il était. Alors qu’il avait, selon moi, autant de talent qu’Usain Bolt, ses performances n’ont jamais eu le retentissement qu’elles méritaient, surtout dans son pays, les Etats-Unis, où l’athlétisme reste un sport peu suivi. Quand je vois qu’il n’a qu’un peu plus de 87.000 personnes qui sont abonnées à son compte Twitter là où Sven Nys, avec tout le respect que je lui dois, a 214.000 fans, il y a de quoi se poser des questions !

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