A Bruxelles, c’était Thomas Bach « l’Européen »

Thomas Bach a plaidé pour la spécificité européenne du sport, lundi, à Bruxelles. Photo AFP.

Thomas Bach a plaidé pour la spécificité européenne du sport, lundi, à Bruxelles. Photo AFP.

Ce n’est pas du beau linge mais carrément une garde-robe complète qui était présente lundi soir au siège surchauffé de la représentation du Land de Baden-Württemberg auprès de l’Union européenne, à un (bon) jet de javelot des institutions !

Lancée à l’initiative des Comités olympiques européens (COE), la 5e Soirée Européenne des Sports avait notamment rameuté quelques (ex-)membres du CIO comme Jacques Rogge, son président d’honneur, les Français Guy Drut et Tony Estanguet, le président du comité de candidature de Paris 2024, la Polonaise Irena Szewinska ou l’Ukrainien Serguei Bubka, bon nombre de dirigeants des comités nationaux olympiques du Vieux continent à commencer par le Belge Pierre-Olivier Beckers, lui-aussi membre du CIO, et Jean-Michel Saive, administrateur du COIB et président de la Commission des athlètes des COE, mais également des représentants des fédérations sportives européennes, des pays membres de l’UE, dont le Hongrois Tibor Navracsics, commissaire en charge de l’Education, la Culture, la Jeunesse et les Sports, et d’autres organisations touchant de près ou de moins près au sport.

Il y avait, il est vrai, un orateur de premier choix comme « vedette » de la soirée… même s’il s’est quelque peu fait attendre. Parti dix heures plus tôt de Lausanne, Thomas Bach, le président du CIO avait, à son corps défendant, fait connaissance avec les embouteillages et retards continentaux, dans les airs comme sur la route. Comme quoi, rassembler les peuples n’est pas toujours une mince affaire…

Pour ce voyage éclair coincé entre une réunion de sa commission exécutive, qui avait approuvé le principe d’attribuer, en septembre prochain tant les Jeux de 2024 que ceux de 2028 à Paris et Los Angeles (dans un ordre encore non établi) et un déplacement aux Etats-Unis pour aller recueillir la signature d’Intel, le nouveau main sponsor du programme TOP annoncé fort à propos après la séparation d’avec McDonald’s, le patron du CIO avait préparé un discours de circonstance pour être distillé dans le centre nerveux de cette UE en pleine tourmente – même s’il a parlé de « temps intéressants » – , entre Brexit, crise des réfugiés et montée des populismes.

« Dans beaucoup de pays, l’establishment est désormais sur la défensive. Partout où vous allez, il y a une défiance vis-à-vis des hommes politiques, du monde des affaires, des experts, des médias ou de tout qui assure la direction d’institutions de premier plan. Le monde du sport n’est pas immunisé par cette tendance ; nous sommes dans le même bateau… »

C’est lors des dernières campagnes de candidature pour les Jeux olympiques, ceux d’hiver de 2022 et d’été de 2024, que le désamour entre le CIO et le grand public est apparu de plus en plus flagrant avant le désengagement successif de bon nombre de villes, le plus souvent sous la pression populaire alors qu’elles étaient largement soutenues sur les plans politique ou financier.

« Aujourd’hui, quand le public constate que des grands projets sont soutenus conjointement par les milieux politiques, des affaires et du sport, il se dit que quelque chose ne tourne pas rond. Qu’elle soit logique ou pas, nous ne pouvons ignorer cette réalité. Nous devons même reconnaître que nous avons suscité ce scepticisme, notamment en ne mettant pas assez rapidement un frein aux candidatures trop onéreuses qui, ces dernières années, ont produit trop de perdants. Nous avons agi en proposant l’Agenda 2020 (NDLR : censé réduire drastiquement les coûts). Nous avons aussi modifié les termes des contrats qui nous lient aux villes hôtes en y adjoignant des références aux respects des Droits de l’Homme et à la lutte contre la corruption, ceci en accord avec de nombreuses ONG, dont Amnesty International, Human Rights Watch et Transparency International. »

"Nous avons parfois donné au public le bâton pour nous battre..." Photo Photo-News.

“Nous avons parfois donné au public le bâton pour nous battre…” Photo Photo-News.

Thomas Bach a également insisté sur la nécessité de renforcer l’autonomie du sport et de la bonne gouvernance « parce qu’avec cette autonomie vient la responsabilité ». Et, puisqu’on était au cœur de l’Europe, n’a pas manqué de vanter le modèle sportif européen pyramidal soucieux de rendre le sport accessible à tous, en partant de la base pour arriver au sommet, « un modèle fondamental pour répondre aux objectifs de l’UE en termes d’inclusion et d’intégration » et de plaider pour une exception sportive.

« Notre crainte, c’est qu’une approche purement commerciale des organisations sportives au bénéfice de quelques-uns, si elle était d’application comme dans d’autres domaines où il existe des lois antitrust, ignorerait la contribution sociale du sport. Ces organisations ne veulent que la crème et profiter du système pour des raisons commerciales sans contribuer au développement du sport et de ses valeurs. Nous redistribuons 90% de nos bénéfices, nous avons des millions de volontaires qui donnent leur temps et leurs compétences pour le bien public, qui investissent dans la jeunesse au travers des clubs et des associations. Ignorer cela serait mépriser la nature spécifique du sport qui est d’aider à atteindre des objectifs en termes d’intégration, d’inclusion, de santé et d’éducation qui peuvent bénéficier à la société. »

Et de conclure par une vibrant « Faisons de l’Europe un monde meilleur par le sport ! » que n’aurait sans doute pas renié Pierre de Coubertin.

Il ne reste plus qu’à agir…

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