Myriam Tschomba : « A Saint-Martin, on était en mode survie… »

Myriam Tschomba a été évacuée vers la Guadeloupe avec son fils Joachim mais elle espère pouvoir retourner bientôt à Saint-Martin. Photo D.R.

Myriam Tschomba a été évacuée vers la Guadeloupe avec son fils Joachim mais elle espère pouvoir retourner bientôt à Saint-Martin. Photo D.R.

Au téléphone, la voix est claire et le soulagement évident. « On a eu beaucoup de chance », dit-elle, depuis la Guadeloupe, où elle a été évacuée en compagnie de son fils Joachim, 3 ans et demi. Mais Myriam Tschomba reconnaît, dans la foulée, que le contrecoup n’est pas loin. « J’ai le corps qui décompresse et qui pleure… »

A 40 ans, l’ancienne athlète, spécialiste du 100 m haies, qui dominait les bilans belges au début des années 2000, vient de connaître l’expérience la plus traumatisante de sa vie dans la nuit du 5 au 6 septembre. Exilée depuis 11 ans à Saint-Martin, dans les Caraïbes, elle a encaissé de plein fouet, comme tous les habitants de l’île franco-néerlandaise, la violence destructrice de l’ouragan Irma, dont les ravages mettront sans doute des années à s’effacer. « Il ne reste presque plus rien, ajoute-t-elle. C’est un peu comme la Syrie, sans les bombes. Ou comme Haïti, après le tremblement de terre… »

Jusqu’au bout, raconte-t-elle, malgré les alertes, elle a cru que l’île ne serait pas touchée « parce qu’on espère toujours ». « On s’était néanmoins préparé à tout. On avait fait des provisions de nourriture et d’eau, un peu comme si on craignait une troisième guerre mondiale. On avait également rempli d’eau de ville une grande benne, histoire de pouvoir faire face aux coupures annoncées, d’autant qu’on avait proposé de recueillir dans notre appartement situé au 3e étage, nos voisins du rez-de-chaussée. »

Mais, vers 5 heures du matin, le pire s’est produit avec l’arrivée effective d’Irma et « cette curieuse sensation de calme quand on se retrouve dans l’œil du cyclone avant que les éléments ne commencent à se déchaîner à une vitesse incroyable ». « Ce que j’ai vu alors, dépasse l’entendement, poursuit Myriam Tschomba. La rue s’est brutalement transformée en une espèce de mer noire de plus d’1 mètre de haut emportant tout sur son passage ; j’ai même aperçu un gros container, comme ceux que l’on voit dans les ports et qui doivent peser des tonnes, flottant comme un bateau de papier… En face de chez nous, j’ai vu deux héros aller secourir un couple qui avait refusé d’évacuer malgré les avertissements de la police. »

Retranchée derrière ses murs dans un bâtiment « balançant comme lors d’un tremblement de terre », elle dit avoir craint le pire quand une de ses fenêtres a cédé, laissant entrer l’eau à grand débit, puis en voyant sa porte en bois « gonfler et s’arrondir » et ses baies vitrées « prêtes à éclater à tout moment ». « Notre immeuble a heureusement résisté, explique-t-elle, sans doute grâce à son toit en béton. Tous ceux qui en avaient un en bois, en contreplaqué ou en tôle, ont été détruits entièrement ou en partie. Nous avons également été relativement épargnés sur le plan matériel ; il n’y a que ma voiture que j’ai perdue… »

L'ouragan Irma n'a laissé que des ruines à Saint-Martin. Photo AFP.

L’ouragan Irma n’a laissé que des ruines à Saint-Martin. Photo AFP.

Myriam Tschomba raconte aussi le chaos qui a suivi les intempéries, le pillage de certains magasins mais aussi de pharmacies pour avoir accès aux médicaments nécessaires presque « compréhensible », selon elle, dont le fils avait de fortes poussées de fièvre, « jusqu’à 39°2 » . « Quand on est en mode survie comme on l’était, on ne réfléchit plus trop, d’autant qu’il y avait zéro communication de la part des autorités et que les numéros d’urgence ne passaient pas. Dans la partie française, c’était la désorganisation totale au contraire de la partie néerlandaise. Moi-même, je n’ai su prévenir ma mère, qui vit aux Pays-Bas, que nous étions sains et saufs que 48 heures après le passage d’Irma. Elle était en morceaux… »

C’est dimanche, un peu par hasard, qu’elle a pu quitter Saint-Martin pour Pointe-à-Pitre avec son enfant. « On était allé jusqu’à l’aéroport et on a vu une file de métropolitains qui attendaient le premier avion pour quitter les lieux. Un militaire, le premier que je voyais depuis l’ouragan, m’a dit que je pouvais partir. Je suis vite rentrée chercher un sac dans lequel j’ai glissé quelques vêtements et nous avons embarqué. Juste avant de décoller, un homme sur le siège derrière le nôtre a fait un malaise cardiaque ; les secouristes ont tenté de le ranimer, mais sans succès. » L’horreur, jusqu’au bout.

Désormais en Guadeloupe, où elle a été hébergée chez des amis, Myriam Tschomba attend le feu vert pour retourner chez elle tandis que son fils, aujourd’hui rétabli, a été envoyé à l’école. Son mari, lui, est resté à Saint-Martin pour aider à la reconstruction parce que « l’entraide entre les habitants est incroyable. Il y a une vraie solidarité ».

Elle ne compte pas revenir en Europe parce que « (sa) vie est ici ». L’hôtel de Grand-Case où elle travaille, qui est situé en bord de mer, a été « bien amoché », lui aussi. Et même si, « avec le réchauffement climatique, les choses risquent, dit-on, de ne pas s’améliorer », Myriam Tschomba se dit prête à faire face. « En prenant jour après jour ».

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