Le football n’est plus un sport collectif

Pour Romelu Lukaku et beaucoup d'autres, c'est "clauses toujours" ! Photo Reuters.

Pour Romelu Lukaku et beaucoup d’autres, c’est “clauses toujours” ! Photo Reuters.

Jusqu’à ce week-end, dans notre grande naïveté, nous pensions que le football était un sport d’équipe. Un sport où la force du collectif est censée être supérieure à la somme des onze individualités qui sont sur le terrain. Un sport où les joueurs et les entraîneurs aiment à dire, avec la belle unanimité qui sied à un discours « corporate », que l’ « on gagne ensemble » et que l’ « on perd ensemble ».

Et puis, samedi, nous avons compris que tout cela n’était qu’un leurre. Dans le cadre des « Football Leaks », formidable révélateur auquel participe Le Soir depuis plus d’un an, nous avons appris que le très coquet montant que gagnera Romelu Lukaku cette saison à Manchester United – et que nous ne lui contestons nullement, que du contraire, car c’est la loi du marché – sera constitué à la fois d’un salaire, de primes de victoires et de qualifications diverses et… de bonus individuels.

C’est ce dernier volet qui a attiré notre attention. Le contrat de « Big Rom » fait, paraît-il 23 pages parce qu’il est parsemé de clauses. L’une d’entre elles précise ainsi qu’il aura une prime de fidélité annuelle s’il ne quitte pas le club avant le terme de son contrat, ce qui ne manque pas de sel. Une deuxième indique que s’il devait remporter le Ballon d’or, son compte en banque serait sérieusement alimenté, comme si cette récompense hypothétique pouvait être un incitant. Une autre, plus étonnante encore, indique qu’il bénéficiera de bonus en fonction du nombre de buts qu’il aura marqués et du nombre d’assists (comprenez de passes décisives) qu’il aura délivrés. Si leur total cumulé dépasse les 50, il pourrait encaisser plus d’1 million d’euros. Un montant qui, si on y pense, lui sera versé pour avoir effectué le boulot pour lequel il a été engagé et est déjà grassement payé !

Neymar et Cavani qui se disputent le droit de tirer un penalty, drôle de spectacle... Photo AFP.

Neymar et Cavani qui se disputent le droit de tirer un penalty, drôle de spectacle… Photo AFP.

Lukaku n’est évidemment pas le seul footballeur au monde à bénéficier de ces largesses. Mais celles-ci, qu’on se le dise, constituent la négation même du football puisqu’elles incitent les joueurs à plus penser à leur gueule qu’au collectif. Involontairement souvent, ostensiblement parfois. On l’a vu il y a quelques mois au Paris Saint-Germain, lorsque Neymar et Edinson Cavani, à l’occasion d’un spectacle grand-guignolesque, se sont disputés pour savoir lequel des deux allait tirer un penalty. Il y avait sans doute une prime à la clé.

On ne comprend pas où se situe l’intérêt d’un club comme Manchester United quand il attribue ce type d’émoluments à son meilleur attaquant. Ne vaut-il pas mieux pour lui que les hommes de José Mourinho remportent un match plutôt que Lukaku ne distille une passe décisive à Marcus Rashford ? Si la direction mancunienne ne sait pas quoi faire de son argent ni comment récompenser ses joueurs, pourquoi ne gonfle-t-elle pas simplement ses primes collectives de victoire ?

A moins, bien sûr, que ce type de contrat ne soit que la confirmation de la puissance de plus en plus grande et de plus en plus toxique des agents dans le monde du football…

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