Eline Berings, les raisons d’un retour

Dimanche, sur la piste provisoire érigée devant l'Atomium pour l'Urban Mémorial Van Damme, Eline Berings  a confirmé sa bonne forme du moment. Photo Nicolas Maeterlick/Belga.

Dimanche, sur la piste provisoire érigée devant l’Atomium pour l’Urban Mémorial Van Damme, Eline Berings a confirmé sa bonne forme du moment. Photo Nicolas Maeterlick/Belga.

En sport, tout n’est pas toujours qu’une question de résultat. Parfois, c’est tout autre chose qui fait la différence et qui fait retrouver le sourire. Prenez Eline Berings. A 32 ans, on aurait pu croire que l’athlète gantoise, spécialiste du 100 m haies (60 m haies en hiver), avait sa carrière – plus qu’honnête – définitivement derrière elle. Que deux ruptures successives des ligaments croisés du genou gauche, en 2015 et 2016, et deux sorties sans gloire aux Mondiaux de Londres 2017 et aux Mondiaux indoor de Birmingham 2018, auraient calmé ses ardeurs et tempéré ses espoirs de résurrection. D’autant que, fort de ces malheurs, on lui avait coupé les vivres et refusé un contrat d’athlète de haut niveau. Privée de ces rentrées essentielles, elle aurait logiquement dû lever le pied et s’éteindre à petit feu.

Pourtant, depuis le début de la saison estivale, elle n’en finit pas d’étonner. En 9 courses sur 100 m haies, elle n’a jamais couru moins vite que 13 sec 27, son tout premier chrono réussi début mai, lors des interclubs, avec un vent défavorable de 2,3 m/s qui plus est. Elle est même descendue à trois reprises sous les 13 secondes, dont la dernière, jeudi, à Oslo, où elle a fini en 12.89, à 2 centièmes de son record personnel. Un chrono qui lui vaut d’occuper aujourd’hui le 6e rang continental, le seul qui compte en cette année de championnats d’Europe (à Berlin, du 7 au 12 août) et lui ouvre des perspectives dont elle avait rarement pu rêver jusqu’ici.

« C’est vrai que je n’ai jamais vraiment pu exprimer mon potentiel en plein air, admet celle qui, en raison de son explosivité, est surtout considérée comme une spécialiste de l’indoor, où elle a d’ailleurs été sacrée championne d’Europe en 2009. Alors qu’en salle, je parviens à me sublimer parce que je trouve toujours un couloir dans des meetings de premier plan, où l’ambiance est incroyable, en plein air, c’est beaucoup plus compliqué pour moi de trouver des compétitions intéressantes, ce qui se répercute sur mes résultats. Je suis pourtant persuadée que je vaux mieux que ce que j’ai atteint jusqu’ici. J’ai un chrono en tête ; je sais que je peux le réaliser un jour. »

Le retour au premier plan d’Eline Berings, on l’a dit, est d’autant plus méritoire qu’elle ne bénéficie plus de contrat d’élite de la part de sa communauté depuis janvier 2017. « Pour l’instant, je vis du chômage », admet-elle, en espérant que ses derniers résultats vont inverser la tendance. Et si sa fédération continue de l’aider pour financer certains de ses stages et que deux petits sponsors de son club, le RC Gand, sont également à ses côtés, plus aucun équipementier ne la fournit en matériel. « Je suis obligée d’acheter mes spikes et mes vêtements, avoue-t-elle. Quand tu as été habituée à ne pas devoir te soucier de ça pendant une quinzaine d’années, cela te remet les idées en place et bouscule toutes tes certitudes… J’avoue qu’il y a eu des moments où j’ai eu envie de tout arrêter ; mais généralement, j’étais sur la piste le lendemain ! »

Psychologue du sport de formation, elle dit s’être appliquée les principes appris pendant ses études universitaires. “Je me suis efforcée de ne pas me focaliser sur ce que j’avais du mal à réaliser mais plutôt sur ce que je savais faire.”

L'été dernier, aux Mondiaux de Londres, Eline Berings n'avait pas survécu aux séries du 100 m haies.  Photo Philippe Crochet/Photo News.

L’été dernier, aux Mondiaux de Londres, Eline Berings n’avait pas survécu aux séries du 100 m haies. Photo Philippe Crochet/Photo News.

Dans sa remontée vers les sommets, elle a trouvé une complice de premier choix. Depuis qu’elle a fait connaissance avec la Biélorusse Alina Talay, la n° 1 européenne actuelle sur 100 m haies (12.41), lors d’un stage à Ténérife en 2014, Eline Berings a pris l’habitude de partager certaines séquences d’entraînement avec elle. C’était le cas en avril, lors du stage fédéral à Belek, en Turquie, « où, avec notre entraîneur respectif, on a aussi beaucoup discuté », et c’est le cas depuis ce lundi, puisque la Gantoise s’est envolée pour Minsk, où elle travaillera avec sa nouvelle « sparring partner » pendant une bonne dizaine de jours. « Nous nous complétons très bien. Je lui suis d’une aide précieuse dans les départs et elle dans à peu près tout le reste ! »

S’il y a une chose dont Eline Berings est surtout heureuse en cette saison 2018, c’est de sa régularité. « Je sens aussi que je suis en très bonne forme, très affûtée. C’est sans doute dû au fait que je suis plus légère qu’auparavant puisque j’ai perdu 2 kg ; cela fait une sacrée différence. » Un aspect essentiel alors que se profile l’Euro de Berlin, une compétition où elle est persuadée qu’elle peut encore jouer un rôle.

« Si cela n’avait pas marché cette année, j’aurais sans doute arrêté, reconnaît-elle. Mais vu mes résultats, je pense que je peux viser la finale à l’Euro. Mon retour en forme tombe bien ; cela aurait été évidemment beaucoup plus compliqué si on avait été une année de Mondiaux ou de Jeux olympiques… » Pour preuve, elle ne veut pas regarder plus loin que cet été. « On verra si j’ai encore envie de tout ça après Berlin… »

Comme quoi, on peut être dans la meilleure forme de sa vie et rester lucide.

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