Jean-Mi, des adieux au plus-que-parfait

Jean-Michel Saive savait que l'émotion serait au rendez-vous. Il ne s'était pas trompé. PHOTO ERIC LALMAND/BELGA.

Jean-Michel Saive savait que l’émotion serait au rendez-vous. Il ne s’était pas trompé. Photo ERIC LALMAND/BELGA.

Qu’est-ce qui fait un champion ? Le talent, incontestablement. Le palmarès, forcément. L’art de répondre présent quand on l’attend, mais aussi quand on ne l’attend pas. Le respect qu’il force auprès de ses adversaires et des autres. L’admiration qu’il suscite. La classe, un peu quand même, qui est souvent liée au talent. Et aussi l’amour. Celui qu’il donne et celui qu’il reçoit, l’un étant généralement lié à l’autre.

Ce jeudi soir, au centre sportif d’Auderghem, il y avait beaucoup d’amour qui entourait Jean-Michel Saive. Il suintait des murs. Déferlait des tribunes. Sortait des gosiers par volutes. On pouvait presque le palper.

Combien étaient-ils ? Cinq cents ? Mille ? Quinze cents ? Qu’importe. Ils étaient tous venus pour lui, en braillards débonnaires, à clamer des « Jean-Mi » à n’en plus finir. Ils n’auraient raté ce clap de fin pour rien au monde. Celui qui a mis un terme à l’une des plus formidables épopées de l’histoire du sport belge, celle d’un gamin descendu d’Ans pour s’en aller conquérir un monde jusque-là méconnu, celui du tennis de table, sport confidentiel qu’il a porté au sommet, faisant de la Belgique, l’espace de quelques années, un pays de « ping ».

Tous – ou presque – étaient là. Les anciens et les nouveaux. Les fans de la première heure et ceux qui l’ont découvert sur le tard. Les amis. Les ex-équipiers. Et la famille, bien sûr, sans laquelle il ne serait pas devenu pongiste tant elle était déjà liée au tennis de table avant même qu’il ne naisse. L’anecdote de sa maman sacrée championne de Belgique avec lui dans son ventre a été racontée quelques milliers de fois…

Un moment d'hilarité avec Jérôme De Warzée. PHOTO ERIC LALMAND/BELGA.

Un moment d’hilarité avec Jérôme De Warzée. PHOTO ERIC LALMAND/BELGA.

Il y a d’abord eu les hommages. Ceux de son club, le Logis, de la commune qui l’héberge, de la fédération, tous conscients qu’une page était en train de se tourner et que rien ne serait plus comme avant, pour lui comme pour eux. Même si ce n’était pas nécessaire dans cet océan de bonheur, Jérôme De Warzée s’est chargé d’un peu plus détendre l’atmosphère en évoquant à la fois l’âge canonique du champion, dont on parlait déjà dans la Genèse, « à l’époque d’Adam et Saive », et sa retraite, finalement anticipée à 49 ans, « un exploit à l’heure d’un gouvernement libéral » !

Le match, lui, face à l’Etoile Basse-Sambre a forcément été anecdotique même si, l’espace d’une soirée, on s’est cru revenu à l’époque de gloire de celles que l’on vivait du côté de la Garenne ou du Spiroudôme. Avec cette table au milieu d’une salle et un virtuose à son extrémité. C’était la der des ders et tout le monde en a profité, lui comme tous ceux qui n’avaient d’yeux que pour son coup de raquette, certes un peu moins fluide que dans les années 90, mais toujours capable de fulgurances et de défenses « en chandelle » sur lesquelles s’escriment ses adversaires.

Voilà, c'est fini... PHOTO ERIC LALMAND/BELGA.

Voilà, c’est fini… PHOTO ERIC LALMAND/BELGA.

La petite histoire retiendra que ce sont Boris Dobbelstein (17 ans… et même pas né quand Saive dominait le monde de la petite balle blanche) et Julien Meurant qui ont eu l’honneur d’être les derniers adversaires de la légende belge de leur sport, un vrai cadeau dont on se doute qu’ils se souviendront toute leur vie. Tous les deux, en tout cas, ont passé un grand moment face à Jean-Mi et ses supporters, dont les cris d’encouragement n’ont cessé de s’intensifier au fil des points gagnants. Jusqu’à l’apothéose.

Quand au terme d’un échange aussi spectaculaire qu’interminable, Jean-Michel Saive a marqué son ultime point gagnant, tout le monde a compris, lui le premier. Il a levé les bras au ciel avant de s’enfouir le visage dans les mains. Les larmes étaient là et bien là, sortant de ces yeux gonflés par l’émotion. En une seconde, tout venait de définitivement basculer.

Jean-Mi s'adressant au "peuple du ping". PHOTO ERIC LALMAND/BELGA.

Jean-Mi s’adressant au “peuple du ping”. PHOTO ERIC LALMAND/BELGA.

Avant de quitter la salle, il est monté sur une table et, micro à la main, a entamé son ultime discours. La scène avait un côté christique. C’était Jean-Mi s’adressant à son peuple. Le peuple du « ping ». Dans ses remerciements, il n’a oublié personne. Il a dit qu’il était content que ça se termine « comme ça, dans la folie » au terme d’une soirée « parfaite ». « C’est l’apothéose de ce que vous m’avez apporté pendant 40 ans. Que la fête commence ! »

Jeudi soir, à Auderghem, l’amour était réciproque.

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