Gabe Grunewald, une si belle image du courage

Gabe Grunewald portait sur son abdomen les stigmates de sa maladie. Son courage était sans pareil. Photo Andy Lyons/AFP.

Gabe Grunewald portait sur son abdomen les stigmates de sa maladie. Son courage était sans pareil. Photo Andy Lyons/AFP.

Trente-deux ans, ce n’est pas un âge pour mourir. Et pourtant, ce mardi, après dix années de combat, passées de rémissions en rechutes, la coureuse de demi-fond américaine Gabriele « Gabe » Grunewald s’en est allée, vaincue par un carcinome adénoïde kystique, une tumeur maligne se développant à partir des glandes salivaires. Une lutte inégale qu’elle a affrontée avec un courage inouï et en suscitant l’admiration générale. Celle de son entourage, bien sûr, mais aussi celle de toute la communauté athlétique pour laquelle elle était devenue un exemple et qui a multiplié les hommages à n’en plus finir depuis son décès par l’entremise des réseaux sociaux.

La coureuse du Minnesota, qui avait débuté sa carrière sous son nom de jeune fille, Anderson, était considérée comme l’un des plus grands espoirs du demi-fond US jusqu’à la fin des années 2000. Mais en 2009, à l’examen d’un kyste derrière l’oreille, sa vie bascule quand on lui détecte cette forme de cancer rare. « Tellement rare, dira sa première oncologue, que la plupart des cancérologues n’en croisent jamais pendant leur carrière. » Tellement rare qu’elle est incurable.

Loin de se laisser abattre, elle décide d’affronter sa maladie à bras-le-corps, convaincue que le sport peut l’aider à la faire reculer. Elle se fait le porte-voix de ceux et celles qui souffrent du même mal qu’elle, un choix assumé. « Courir m’offre une scène pour parler du cancer, pour dire que je suis une survivante et montrer qu’on peut persévérer et poursuivre ses rêves, explique-t-elle fin 2017 au Magazine L’Equipe. C’est une obligation et un privilège. »

Ses traitements lourds ne l’empêchent pas, dans un premier temps, de continuer à briller. Un an après qu’on lui a détecté un autre cancer, de la thyroïde cette fois, en 2012, lors des sélections olympiques américaines, Gabe loupe d’une place la qualification pour les Jeux de Londres sur 1.500 m avant, l’année suivante, de réussir le meilleur chrono de sa carrière sur la même distance, terminant à la 10e place au ranking mondial 2013. Elle poursuit sur sa lancée en 2014, devenant même la n° 1 américaine sur 3.000 m. Mais en 2016, alors que se profilent les Jeux de Rio, son carcinome refait surface et les chirurgiens lui enlèvent une tumeur de la taille d’une balle de volley, qui a englouti deux tiers de son foie ; six mois plus tard, ce sont 12 autres petite tumeurs qui ont pris le relais au même endroit.

« Mon rêve serait de vivre une vie heureuse, de me qualifier une fois pour les Jeux olympiques, en 2020, et de guérir, dit-elle encore à l’hebdomadaire français, évoquant également son envie de maternité. La lutte contre le cancer progresse tous les jours et il n’y a pas deux personnes qui réagissent de la même manière à un traitement. Alors, j’essaie de rester positive. »

En juin 2017, à la veille des championnats US, Gabe Grunewald se présente en conférence de presse. Ce sera la dernière compétition de sa carrière. Photo Patrick Smith/AFP.

En juin 2017, à la veille des championnats US, Gabe Grunewald se présente en conférence de presse. Ce sera la dernière compétition de sa carrière. Photo Patrick Smith/AFP.

Sans que l’on sache très bien comment, elle parvient encore à revenir sur les pistes en 2017. L’immense cicatrice qui barre son abdomen est un témoin indélébile des traitements qu’elle a subis et de la souffrance qu’elle endure. Elle courra en compétition jusqu’à ses championnats nationaux, à Sacramento, terminant 9e de sa série du 1.500 m, le 22 juin, en guise d’adieu.

Son traitement par chimiothérapie ne faisant plus d’effet, elle passe à l’immunothérapie, des rayons directement appliqués au foie, via l’injection d’un liquide par l’artère fémorale. Cela n’empêche pas, hélas !, sa santé de se détériorer. Mais elle continue à courir régulièrement avec son mari Justin avec lequel elle a initié #BraveLikeGabe, un hashtag devenu une fondation destinée à attirer l’attention sur les cancers rares et à récolter des fonds pour la recherche.

« Je n’ai jamais eu, comme d’autres, une relation transcendantale avec la course à pied, déclare-t-elle au cours de ses derniers mois de vie. Mais aujourd’hui, je l’aime comme je ne l’ai jamais aimée. Elle me permet d’être moi-même. »

Au début du mois de juin, quand elle rejoint l’hôpital pour la dernière fois, Gabe Grunewald sait que la fin est proche et qu’elle a perdu la bataille. En moins de 24 heures, ce sont plus de 5.000 messages de soutien qui lui parviennent. Celle qui a marqué tant de gens, s’éteint paisiblement quelques jours plus tard aux côtés de son époux, celui qui, l’an dernier, avait déclaré au New York Times : « Je veux juste passer chaque minute de ma vie avec cette fille que j’aime plus que tout. »

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Une réponse à Gabe Grunewald, une si belle image du courage

  1. Labbe dit :

    Desole for the familie but one exeptionnel women bye

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