11 mai 2012

Le parc des Virunga menacé par les pétroliers

Catégorie Non classé

Déroulant ses montagnes, ses volcans et ses forêts sur 8.000 kilomètres carrés au nord de Goma, le parc des Virunga, ancien parc Albert, est le plus ancien du continent africain. En 1979, l’Unesco le classe au rang de patrimoine mondial de l’humanité en raison de sa biodiversité exceptionnelle. Quinze ans plus tard, en 1994, son statut est devenu bien plus préoccupant: voilà le parc qualifié de «]site en péril».
Depuis deux décennies en effet, gorilles, okapis, éléphants et hippopotames ont dû partager leur territoire avec des hôtes non désirés<TH>: des réfugiés hutus arrivés du Rwanda après le génocide, des groupes armés rwandais, des militaires congolais en rupture avec leur gouvernement, sans oublier les braconniers et les paysans en quête de bois de feu.
Les rangers (gardes) du parc n’ont cependant jamais déserté. Depuis 1996, 130 d’entre eux ont payé de leur vie la protection de ce site exceptionnel. Dans la partie sud du parc, les années de guerre ont entraîné la disparition d’une grande partie de la faune<TH>: des 29.500 hippopotames, qui fertilisaient le lac et permettaient la multiplication des poissons, il ne reste plus que 400 spécimens. Les autres ont été abattus à la mitrailleuse…
Depuis 2008 cependant, le parc renaît: l’Union européenne assure un financement de 6 à 7 millions de dollars par an, de nouveaux gardes ont été formés – entre autres par d’anciens militaires belges –, la population de gorilles de montagne a augmenté de 50%. Quant aux touristes, ils sont revenus en nombre, et les recettes, près d’un million de dollars par an, ont été ristournées pour 75% au bénéfice des populations locales.
Pour le Belge Emmanuel de Merode, le directeur du parc, «les écoles, les routes, les adductions d’eau, le barrage de Mutwanga, tout cela fait du parc un élément important du développement du Nord Kivu, à l’instar du Rwanda, où le tourisme rapporte 430 millions de dollars par an
L’avenir du parc est cependant menacé: des nappes de pétrole ont été découvertes, et le gouvernement congolais a attribué trois concessions d’exploration pétrolière, qui couvrent 85% de la superficie du parc.
Enrico Pironio, qui gère l’aide européenne aux parcs naturels du Congo, ne se soucie pas seulement de la possible disparition des éléphants d’ici dix ans. Il estime que «]le pétrole est la plus grande des menaces qui pèse sur le parc et sur l’écosystème. En effet, si des forages ont lieu dans le lac Edouard et que le moindre accident se produit, la pollution dans ce milieu clos, d’accès difficile, sera incontrôlable et affectera au moins 40.000 familles de riverains. Mais surtout, au départ des Grands Lacs, le bassin du Nil pourrait être contaminé, jusqu’à la Méditerranée
En principe, le parc des Virunga est protégé par la loi congolaise. Celle-ci interdit catégoriquement toute exploitation pétrolière. Deux des trois pétroliers initialement intéressés, Total et ENI, ont promis de ne pas pénétrer dans le parc. Le patron de Total s’est engagé à ne mener des activités de prospection… qu’en périphérie du parc. Par contre, une troisième société, la Britannique Soco, s’est montrée beaucoup plus intrusive<TH>: «A]plusieurs reprises, les gardes ont surpris des membres de Soco qui pénétraient sans autorisation dans le parc, accompagnés par des militaires<TH>, déplore Emmanuel de Merode.
Pour sa décharge, Soco <TB>invoque des exemptions «pour raisons scientifiques, les autorités congolaises étant désireuses de connaître les réserves pétrolières potentielles – peut-être pour demander d’éventuelles compensations au cas où les réserves ne seraient pas exploités. Pour sa part, Soco affirme n’avoir mené jusqu’à présent que des analyses par voie aérienne, à 300 mètres d’altitude, et sans atterrir dans le parc. Mais d’ici août, des analyses sismiques sont prévues sur le lac, ce que la loi interdit puisqu’il s’agit d’une aire protégée.
Au vu du danger, les défenseurs de l’environnement comme le WWF ou «SOS Virunga» mènent campagne pour que le parc devienne zone interdite aux prospecteurs. En Belgique, le sénateur de Donnea, membre du Comité de gestion de l’Africa Conservation Fund qui gère les Virunga, estime qu’il faut, en amont, «<TH>[TEXTE_ITAL]faire pression sur Soco, société cotée à la bourse de Londres». Il y a urgence, car Soco paraît déterminée à convaincre par tous les moyens des élus du Nord Kivu et à s’assurer la collaboration de certains militaires, afin de pouvoir, quoi qu’il en coûte, prospecter dans le parc