24 août 2014

La Belgique institutionnelle intrigue la francophonie

Catégorie Non classé

Dans les couloirs de l’Organisation internationale de la francophonie, les changements institutionnels de la Belgique ne passent pas inaperçus et l’on perçoit une certaine inquiétude : la Belgique fédérale se détournera-t-elle de l’organisation, dont elle est l’un des membres fondateurs, au profit de la seule Fédération Wallonie Bruxelles et de son exécutif Wallonie Bruxelles International ? Jusqu’à présent en effet, la représentation belge aux sommets de l’organisation avait toujours été double : représentation fédérale d’un côté, incarnée par le Premier Ministre ou le ministre des Affaires étrangères, entité fédérée Wallonie Bruxelles de l’autre, incarnée par son ministre président…
Qu’en sera-t-il demain ? Du côté des Affaires étrangères, on juge cette inquiétude prématurée, puisque le nouveau titulaire du poste ministériel n’est pas encore désigné. Si Didier Reynders demeure en fonction, il n’y aura sans doute que peu de changements. En revanche, si un membre de la NVA devait accéder à la fonction, il est probable qu’il accorderait moins d’intérêt encore à l’institution francophone, se défaussant entièrement sur Wallonie Bruxelles International et sa nouvelle « patronne » Mme Delcominette, qui a remplacé Philippe Swinnen.
Mais pouvait on déjà faire moins que le gouvernement sortant dirigé par Elio di Rupo ? Alors que tous les premiers ministres flamands successifs avaient tenu à être présents lors des sommets de la francophonie, M. Di Rupo, -un francophone- refusa, voici deux ans, de se rendre à Kinshasa, arguant qu’à la veille des élections communales, sa présence était requise dans sa bonne ville de Mons. En outre, l’Etat fédéral n’a jamais contribué au budget de la francophonie : c’est la fédération Wallonie Bruxelles qui, dès la naissance, en 1970, de l’ACCT (Agence pour la Coopération culturelle et technique, devenue Organisation internationale de la francophonie, a payé la totalité d’une cotisation calculée au prorata de la population du pays tout entier.
Roger Dehaybe, qui fut longtemps secrétaire général de l’Agence internationale de la francophonie (chargée de l’exécution des programmes) estime cependant que malgré la non contribution financière (« un vrai scandale ») il était important que la représentation belge soit double : « la présence simultanée, et en bonne entente, du Premier Ministre et du ministre président de la Fédération Wallonie Bruxelles avait un effet didactique, elle permettait d’expliquer à nos interlocuteurs, en bilatéral, comment fonctionnait le système belge et j’espère que cela continuera ainsi… ».
A l’heure où se prépare déjà le prochain sommet bisannuel qui aura lieu en novembre à Dakar, la francophonie se soucie surtout de la succession du président sortant, le Sénégalais Abdou Diouf. Faudra-t-il opérer le choix parmi les anciens présidents sortants, africains de préférence, privilégier une personnalité forte, comme l’Egyptien Boutros Boutros Ghali ou Abdou Diouf, ou désigner un homme de terrain ? Toutes les options sont encore ouvertes : l’ancien gouverneur du Canada Michaëlle Jean, originaire de Haïti, croit en ses chances mais se heurte aux réticences de la France, le nom de plusieurs Africains est cité, l’ancien président du Burundi Pierre Buyoya (bloqué par le Canada et la Suisse) l’ancien ministre du Congo Brazzaville et intellectuel de renom Henri Lopes (qui souffre du handicap de l’âge), l’ancien et éphémère président du Mali Diancounda Traoré…Un outsider risque de représenter l’élément neuf, l’ouverture sur l’Océan Indien : Jean-Claude de l’Estrac, ex ministre des Affaires étrangères de l’île Maurice et ancien journaliste. S’inspirant de l’exemple de son pays, il aurait une vraie vision du rôle que pourrait jouer une francophonie plurielle et démocratique…